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"Des bateaux très volages" : abandons, chavirages... Pourquoi y a-t-il autant de casse sur cette Route du Rhum ?

Depuis le départ de la Route du Rhum 2026, 14 skippers ont abandonné, dont Armel Le Cléac'h et Francis Joyon. Les navigateurs Thomas Coville et Basile Bourgnon, ainsi que Philippe Eliès, journaliste voile du "Télégramme", expliquent à RTL les difficultés de cette course mythique.

L'édition 2026 de la Route du Rhum a été marquée par de nombreux abandons, dont plusieurs favoris

Crédit : Jean-Louis CARLI / Route du Rhum 2026 / FACTSTORY

Marie-Lys de Fremond

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Hécatombe sur la Route du Rhum. Depuis le départ de l'édition 2026 de la course en solitaire le 1er novembre, pas moins de 14 skippers dont de nombreux favoris, ont dû abandonner. Sur 115 participants, de grands noms ont dû quitter l'épreuve transatlantique, comme Armel Le Cléac'h, Charles Caudrelier ou Anthony Marchand... La Route du Rhum a été marquée de par de multiples incidents, comme la collision entre les bateaux de Violette Dorange et Romain Pilliard, ou le chavirage de Françis Joyon.

Entre les avaries [terme nautique qui désigne tout dommage, cassure ou panne sur un bateau], les chavirages et les raisons médicales, la mythique course ne ménage pas les skippers. 

Le journaliste voile du Télégramme Philippe Eliès décrypte pour RTL.fr les particularités de cette 13e édition : "Ce n'est pas exceptionnel d'avoir des conditions météo musclées à cette époque-ci de l'année, explique-t-il. Là en l'occurrence, la météo est plutôt clémente, le départ s'est fait sous le soleil. Les navigateurs n'ont pas eu de conditions musclées. C'est étonnant, parce qu'en cas de perturbations on s'attend à qu'il y ait de la casse et que les bateaux chavirent. Cette année, c'est moins évident pour le grand public de comprendre." 

Ls contrastes météo facilitent les chavirages

S'il n'y a pas de conditions dantesques au large des Açores, les skippers font face à des contrastes brutaux entre les zones anticycloniques et dépressionnaires. Le vent se renforce parfois soudainement, comme l'a confirmé Thomas Coville au micro de Nicolas Gergereau pour RTL : "Il y a une variation de vent en quelques secondes. Quand tu es en solitaire sur des bateaux comme les nôtres, une seconde doit suffire pour réagir".

Mercredi matin, c'est Armel Le Cléac'h (Banque Populaire) qui a dû renoncer à la reine des transatlantiques. Il occupait la deuxième place du classement en catégorie Ultim lorsqu'il a chaviré aux alentours de 5 heures du matin ce mercredi. "Il n'est pas blessé" et "a pu déclencher la balise de détresse", a précisé l'organisation sur son site internet. Le favori des sondages RTL naviguait à 550 milles nautiques [environ 1.000 km] dans le nord-ouest des Açores". La même nuit a compté deux chavirages, puisque le skipper en catégorie Ocean Fifty Matthieu Perraut (Elvest) a lui aussi été secouru, à 400 milles au nord des Açores. 

Le journaliste du Télégramme donne plusieurs explications aux nombreux chavirages : "L'ultime d'Armel Le Cléac'h, l'Océan Fifty de Mathieu Perraut et le trimaran Orma de Francis Joyon sont des multicoques. Tous les marins savent que ce sont des voiliers qui peuvent chavirer sans qu'il y ait des conditions dantesques. Ce sont des bateaux très volages, donc je dirais que ce sont des incidents habituels. Le grand public trouve qu'il y a une accumulation, ce qui impressionne. Mais comparé aux autres éditions de la course, se sont des statistiques normales". En 2022 par exemple, plus d'une trentaine de bateaux n'avaient pas rallié l'arrivée, soit un quart de la flotte.

Il ne faut pas oublier que la voile est un sport mécanique

Philippe Eliès, journaliste voile du "Télégramme"

La Route du Rhum est-elle une exception parmi les autres courses de voiliers ? "Lors du Vendée Globe, les skippers naviguent en monocoques Imoca. Ce sont des voiliers qui ne chavirent pas, ils peuvent pencher, éventuellement être chahutés, mais ils se remettent à l'endroit, explique le journaliste. Au contraire, une fois que les ultimes sont à l'envers, ils y restent, donc la course s'arrête. Tant qu'on peut récupérer les marins, ce n'est que de la casse matérielle. Il ne faut pas oublier que la voile est un sport mécanique, les bateaux qui participent ont été mis à l'eau en début d'année et sont fragiles. Il faut compter à peu près deux ans pour les mettre au point, donc ce n'est pas surprenant qu'ils aient des avaries." 

Ces multicoques ultra-performants mais parfois instables laissent peu de répit quand tout s'emballe. Basile Bourgnon a atteint une vitesse de 43 nœuds, soit près de 80 km/h sur son trimaran en classe Ocean Fifty. "On se parle par texto entre nous, parfois on se demande si on ne flirte pas un peu avec la limite. Mais il n'y a pas le choix pour créer l'écart, il faut jouer", a confié le navigateur sur RTL.

Des avaries et des problèmes de santé à l'origine des abandons

Lundi 2 novembre, Francis Joyon a chaviré à bord de son Orma alors qu'il était leader de la catégorie Vintage Multi et a dû lui aussi déclarer forfait. Même cas de figure pour Quentin Le Nabour, qui a démâté lundi et exprime sa déception en vidéo : "Même pas 24 heures de course, je ne sais plus quoi dire". Armel Tripon (Les P'tits doudous) a subi une avarie de safran sur son Imoca, et a lui aussi abandonné la course mardi 3 novembre, face à la dégradation de la météo annoncée aux environs des Açores. 

Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild) a subi une avarie sur son foil bâbord tandis qu'il occupait le top 5 du classement Ultim. Il a déclaré forfait mardi 3 novembre vers 5 heures du matin. Anthony Marchand a déclaré forfait mercredi soir après un problème technique sur son safran à bord de son Actual Ultim 4. "La situation est difficile, mais elle s'impose", a-t-il déclaré dans un communiqué. Le dernier abandon en date est celui de Vincent Riou. Le vainqueur du Vendée Globe 2004/2005 a connu une grave avarie de gréement mardi sur son Class 40 et déclaré forfait jeudi soir.  

Le favori Jérémie Beyou (Charal), en deuxième position de la catégorie Imoca, a déclaré forfait mardi après-midi car son état de santé ne lui permettait "pas de continuer à naviguer en condition de course", a expliqué l'organisation. Fabien Delahaye (Legallais) s'est blessé à la cheville le même jour "alors qu'il affalait son spinnaker [grande voile avant] sur la plage avant de son Class40", précise le communiqué de la Route du Rhum. Ambroglio Beccaria s'est dérouté vendredi vers les Açores après des problèmes de dos, et Erwan Le Draoulec a mis le cap vers Horta jeudi après s'être luxé l'épaule. 

La "grande déception" de Violette Dorange

Alexis Thomas en Class 40 (AfterData-Elcia) a été contraint d'effectuer une escale technique après avoir constaté une avarie sur son safran. Il a déclaré une escale technique mardi soir vers 20 heures avant de se diriger vers les côtes espagnoles afin "d'évaluer les dégâts et entamer les réparations". 

Après sa collision avec le Vintage de Romain Pilliard quelques heures après le départ de la Route du Rhum dimanche, Violette Dorange a officialisé son abandon vendredi 6 novembre. Les dégâts sur son Imoca ont été jugés trop importants malgré quatre jours de travaux et d'expertise à Lorient. "C'est évidemment une grande déception, a déclaré le navigatrice dans un communiqué. Je suis triste de devoir m'arrêter ici, mais l'état du bateau ne nous laisse pas le choix." 

La plus jeune navigatrice à boucler le Vendée Globe a ajouté : "J'ai déjà hâte de retrouver la compétition. J'ai aussi une grosse pensée pour Romain Pilliard et son équipe, comme pour les autres projets qui ont subi des avaries sur cette Route du Rhum".

"Beaucoup de choses peuvent encore arriver"

Interrogé sur la suite de cette édition de la Route du Rhum, Philippe Eliès a partagé ses prévisions à RTL.fr : "Certes Armel Le Cléac'h faisait partie des favoris, mais Tom Laperche qui mène actuellement la course était aussi bien placé dans les prévisions. La course peut se jouer entre lui, Thomas Coville, et peut-être Louis Burton, qui dispute sa première Route du Rhum en Ultime et qui fait une très belle édition. Les favoris sont aux avant-postes dans à peu près toutes les catégories. Corentin Horeau en classe Imoca est la surprise de l'édition, c'était un outsider et il a réussi un très joli coup", remarque-t-il. 

Il ajoute : "Beaucoup de choses peuvent encore arriver. En l'absence de vents alizés au sud, il n'y aura plus beaucoup de vent avant d'arriver dans l'arc antillais, ce qui peut changer l'issue de la course".

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