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George Russel, le 5 octobre 2025, lors du GP de Singapore.
Crédit : MOHD RASFAN / AFP
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Des virages à ne plus en savoir où donner de la tête, des lumières artificielles, de la transpiration qui dégouline dans le casque... Le Grand Prix de Singapour n'est pas pour les faibles. La 17e manche de la saison de F1 se tient ce week-end, avec un sprint (une première dans la cité-État) samedi 10 octobre à 11 heures et la traditionnelle course de 62 tours le dimanche dès 14 heures.
Ce circuit citadin en bord de mer, à Marina Bay, un quartier d'affaires de Singapour, est connu pour être l'un des plus exigeants physiquement du calendrier. Le taux d'humidité flirte avec les 90%, les températures sont souvent supérieures à 31°C et ce même si la course se passe en soirée (à 20h heure locale). La Fédération internationale de l'automobile (FIA) a d'ailleurs enclenché le "risque lié à la chaleur" pour ce GP, comme c'était déjà le cas le week-end dernier en Malaisie.
Ce statut spécial a été créé en 2025 après un GP particulièrement compliqué au Qatar deux ans auparavant, qui avait notamment vu le Français Esteban Ocon vomir dans son casque et l'Américain Logan Sargeant abandonner pour cause de déshydratation. Le dispositif est mis en place quand les températures vont dépasser les 31°C pendant la course. Il permet aux pilotes d'avoir un système de refroidissement dans leur monoplace et de porter une veste rafraîchissante s'ils le souhaitent.
Car être dans la monoplace, habillé de la tête aux pieds pendant près de 2 heures de course est éprouvant. Auprès de la BBC en 2013, le septuple champion du monde Lewis Hamilton tentait d'expliquer ce que les pilotes ressentent : "C’est difficile de décrire ce que l’on ressent lorsqu’on pilote pendant deux heures dans ces conditions, mais essayez d’imaginer ce que ce serait d’être assis dans un sauna, vêtu d’une combinaison de course et d’un casque."
"C’est la seule course de la saison où l’on entrouvre sa visière pour laisser entrer un peu d’air frais et où l’on regrette aussitôt de l’avoir fait, car il fait encore plus chaud dehors (...) Dès le tour de chauffe, votre bouteille de boisson fraîche a la même température qu’une tasse de thé qui vient d’être servie…", racontait de son côté l'Australien Daniel Ricciardo.
La situation n'a pas vraiment changé avec les années, Pierre Gasly a mentionné auprès de l'AFP jeudi que Singapour était "la course la plus dure de l'année", un véritable "défi physique". "On sent vraiment cette humidité même en marchant et j'essaie de passer plus de temps dehors, en extérieur, pour habituer mon corps à gérer tout ce qui est hydratation. La nuit, il fait toujours extrêmement chaud (...) J'ai fait des boissons pour moi avec des électrolytes, des vitamines, des minéraux et on essaie de se booster parce que la réalité est qu'on va perdre entre trois et quatre litres pendant la course", a assuré le Français.
Les pilotes peuvent perdre jusqu'à 3 kilos le temps d'une course à Singapour, arrivant au bout de leurs forces une fois le drapeau à damiers passé. C'est ce qui est arrivé aux deux pilotes Mercedes de 2024, qui avaient fait l'impasse sur les interviews d'après course pourtant obligatoires. "Ils souffraient tous les deux d'un coup de chaud, mais ils vont bien maintenant. Ils se sont mis dans des bains de glace et je pense que ça les a un peu aidés", expliquait leur patron Toto Wolff.
Lors de l'épisode 7 de la septième saison de Drive To Survive, la série-documentaire Netflix sur le monde de la F1, George Russell était vu en train de faire une crise de panique après la course. "Je pense que ma température corporelle était de 42°C. Et quand vous pensez qu'une fièvre c'est 40°C, 42°C dans une voiture de course, c'est exceptionnel", avait-il ensuite expliqué. Même le vainqueur de la course cette année-là, Lando Norris, avait admis avoir la tête qui tournait en sortant de sa voiture.
Mais l'humidité et la chaleur ne sont pas les seuls responsables de l'état des pilotes après la course : le circuit est particulièrement ardu. Long de 4,927 kilomètres, il passe dans les rues du quartier Marina Bay et enchaîne les virages, 19 en tout. Les murs sont très proches et la surface bosselée, forçant à une concentration extrême, au risque de voir sa monoplace finir dans les barrières. Surtout qu'il fait nuit au moment de la course.
"Marina Bay est un circuit long et complexe, mais aussi très exigeant - un peu comme Monaco - avec de nombreuses bosses. Tout repose sur la conduite à basse vitesse et sur la capacité à aborder correctement les virages sans perdre l'arrière ni subir de survirages brusques", explique l'ancien pilote et consultant Jolyon Palmer à F1TV.
Lewis Hamilton, vainqueur à quatre reprises sur ce tracé, mentionnait auprès de la BBC un tour "très mouvementé" : "Vous êtes ballotté dans la voiture, secoué dans tous les sens. Votre colonne vertébrale subit des compressions. Vos jambes ne cessent de bouger. Vous vibrez sans arrêt, en espérant ne pas bloquer les freins. C’est de la folie."
Dernier point crucial à Singapour : le timing. La course se tient en soirée, avec un départ à 20 heures, forçant les pilotes à décaler leur rythme de vie pour être sûr d'avoir de l'énergie aussi tard. Beaucoup choisissent de rester sur les fuseaux horaires européens pour éviter de s'ajouter une source de fatigue supplémentaire : se réveiller en début d'après-midi, un petit-déjeuner vers 14 heures et finir sa journée et aller se coucher vers 3 heures du matin. L'organisme a donc l'impression de disputer une course l'après-midi, comme cela est le cas en Europe, alors qu'il est bien plus tard à Singapour.
Pour survivre à Singapour, la préparation est clé. Les pilotes ont l'habitude de faire des séances d'entraînement dans l'humidité pour s'habituer à l'inconfort, espérant rester assez lucide jusqu'à la fin. Comme l'a dit le pilote espagnol Carlos Sainz, "si on arrive à s'en sortir à Singapour, on est prêt à affronter n'importe quel autre circuit de Formule 1".
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