5 min de lecture Cinéma

8 preuves que le thriller érotique peut être féministe

MASTERS OF SEX - Linda Belhadj est l'auteure de "Thriller érotique", un ouvrage qui rend ses lettres de noblesse à un genre sous-estimé et peu considéré. Explications.

Sharone Stone dans "Basic Instinct", l'un des thrillers érotiques les plus connus du grand public
Sharone Stone dans "Basic Instinct", l'un des thrillers érotiques les plus connus du grand public Crédit : Carolco Pictures ; Le Studio Canal +
Arièle Bonte
Arièle Bonte
Journaliste

C'est après avoir participé à l'écriture d'un livre sur le cinéma de Paul Verhoeven (Robocop, Total Recall, et plus récemment Elle), que Linda Belhadj a eu l'idée d'écrire un autre ouvrage entièrement dédié au genre du thriller érotique.

"Au début, j'avais plus l'envie de définir le genre", explique-t-elle à RTL Girls. Rapidement, cette passionnée de cinéma, et notamment de thriller, se rend compte que ces films ont très mauvaise réputation. Taclés de misogynie et ce, "de façon irrémédiable", souligne l'auteure. 

Linda Belhadj se souvient alors de l'ouvrage de la professeure américaine Carole J. Clover intitulé Men, Women and Chain Saws. L'universitaire montre dans ce livre, publié en 1992, que les films d'horreur sont loin d'être tous sexistes.

"J’avais trouvé cela intéressant que l’on puisse regarder les films d’horreur sous cet angle là. En regardant les thrillers érotiques, c’était évident pour moi qu'ils n'étaient pas toujours misogynes", martèle Linda Belhadj en insistant presque sur la nature "profonde" de certaines de ces œuvres produites à Hollywood entre les années 80 et 90.

Willem Dafoe et Madonna dans "Body of Evidence", sorti en 1993
Willem Dafoe et Madonna dans "Body of Evidence", sorti en 1993 Crédit : Dino De Laurentiis Communications ; Neue Constantin Films
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De Basic Instinct avec Sharone Stone et Michael Douglas à Body of Evidence avec Madonna et Willem Dafoe, en passant par Sliver et Excès de confiance, Linda Belhadj prouve par A + B que ces films sont loin d'être réductibles à du cinéma créé pour satisfaire le regard des hommes. Ils en disent beaucoup de la société de l'époque et montrent des personnages féminins comme on en croisait rarement au cinéma. 

1. Des thèmes ancrés dans l'actualité

"Aux États-Unis, les débats féministes assez musclés se passent dans les années 70 avant d'exploser dans les années 80", rappelle Linda Belhdaj, soulignant que les films appartenant au genre du thriller érotique s'inscrivent dans un monde où les "femmes entrent dans le milieu de l'entreprise". C'est aussi l'explosion du sida, les années Reagan, les premiers combats de la communauté homosexuelle.

De nombreux thriller érotiques abordent de fait le sujet de l'avortement, de la pilule contraceptive, du viol mais aussi de l'essor des nouvelles technologies, de la difficulté de rencontrer quelqu'un et de la solitude de l'homme dans l'espace urbain.

Ces thèmes sont réactualisés aujourd'hui avec les applications de rencontre par exemple, un outil que certains et certaines utilisent comme les petites annonces des années 80 : pour satisfaire leurs pulsions sexuelles. 

2. L'exploration de la sexualité féminine

Linda Belhadj l'assure, les thrillers érotiques osent monter la sexualité féminine comme les comédies romantiques ne le faisaient pas durant cette décennie. "Ces films explorent ses parts sombres", précise la spécialiste avant d'ajouter qu'on y montre l'orgasme et la masturbation du point de vue des personnages féminins.

Ces scènes de sexe ne sont pas vaines dans le thriller érotique. Elles n'existent pas seulement pour satisfaire le voyeurisme cinématographique des téléspectateurs et téléspectatrices mais apportent des éléments de narration ou d'explication à l'histoire, détaille Linda Belhadj dans son ouvrage. 

3. Un regard pas exclusivement masculin

Le concept du male gaze (le "regard masculin"), théorisé par la critique de cinéma féministe Laura Mulvey en 1975, est critiqué dans le livre de Linda Belhadj. "Quand je regarde un film, surtout s’il est sexiste, je ne vais pas forcément partager les opinions et réflexions du personnage masculin", explique Linda Belhadj, qui ne se prive pas non plus de laisser son regard s'attarder sur les corps masculins plutôt que féminins.

Devant la caméra, les corps des actrices comme ceux des acteurs sont également traités à égalité. L’œil du réalisateur s'attardent peut-être un peu plus sur les seins de Kim Basinger dans Sang chaud pour meurtre de sang-froid avec Richard Gere, mais ce dernier n'est pas non plus épargné par le voyeurisme de la caméra. "Le thriller érotique filme les hommes tout aussi nus", souligne Linda Belhadj avant de résumer : "Quand on regarde un thriller érotique, il y en a pour tout le monde."

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Final Analysis - Trailer #1 Date :

4. La condamnation du sexisme

S'il arrive au thriller érotique de montrer des scènes sexistes, c'est parfois pour mieux les condamner. Dans Harcèlement, film sorti en 1994 avec Michael Douglas et Demi Moore dans les deux rôles principaux, Linda Belhadj explique à RTL Girls que le personnage masculin "se prend une claque à cause de ses comportements anormaux", comme les mains aux fesses imposées à ses collègues de travail.  

5. Une image de la femme qui travaille

Dans Harcèlement justement, Demi Moore incarne la patronne de Michael Douglas tandis que dans Liaison fatale, Glenn Close joue le rôle d'une éditrice. Les personnages féminins du thriller érotique ont investi le monde de l'entreprise, prenant parfois "la place" des hommes.

Ce motif de la "femme carriériste" met alors en scène, selon Linda Belhadj "la panique phallique" qui sévit dans les années 80 et 90 aux États-Unis. Les mouvements féministes s'emparent en effet des débats et émasculent symboliquement les hommes. Les thrillers poussent ce phénomène dans ses plus sombres recoins, faisant des hommes des êtres inférieurs, en danger, face à ces femmes cultivées, puissantes, et installées dans la hiérarchie du monde de l'entreprise. 

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Official Trailer: Disclosure (1994) Date :

6. Les femmes prennent le pouvoir

Les femmes ne prennent pas uniquement le pouvoir dans le monde de l'entreprise mais aussi dans la relation sexuelle. Linda Belhadj a remarqué que ce sont elles "qui prennent l’initiative de la relation". Le héros masculin serait en quelque sorte "soumis au pouvoir décisionnel de la femme".

Certaines des héroïnes du thriller érotique consomment puis jettent les hommes. Parfois, elles ne vont pas jusqu'au rapport charnel, illustrant ainsi un principe essentiel de la sexualité : le consentement. 

Rebecca De Mornay et Antonio Banderas dans "Excès de confiance"
Rebecca De Mornay et Antonio Banderas dans "Excès de confiance" Crédit : Alliance Atlantis

7. Des rôles-parenthèses pour reprendre le contrôle de sa carrière

Or caméra, ces rôles n'ont pas toujours marqué la carrière de certains acteurs ou certaines actrices (Richard Gere, Glenn Close, Al Pacino...). Cependant, beaucoup ont eu une influence directe sur la suite de leurs parcours.

Avec Basic Instinct, Sharon Stone a prouvé au monde du cinéma que sa carrière d'actrice n’approchait pas de sa date de péremption. Elle avait 34 ans au moment de la sortie du film. Glenn Close, de son côté a montré avec Liaison fatale qu'elle pouvait elle-aussi "être sexy", explique Linda Belhadj. "Un an après ce film, elle est à l'affiche des Liaisons dangereuses dans le rôle de la Marquise de Merteuil". 

Glenn Close dans "Liaison fatale"
Glenn Close dans "Liaison fatale" Crédit : Paramount Pictures

Les hommes aussi se servent de ce genre cinématographique pour redonner un coup de fouet à leur carrière. Grâce à Mélodie pour un meurtre, Al Pacino se voit propulsé au rang d'homme virile tandis que "le rôle de Richard Gere dans American Gigolo permet aux acteurs d'être à leur tour considérés comme des objets sexuels", souligne la spécialiste. 

8. Un renouveau du thriller afro-féministe ?

Si Linda Belhadj restreint l'appellation "thriller érotique" aux années 80 et 90, elle observe un renouveau du genre notamment destiné à un public afro-américain. Exemples avec Obsessed, sorti en 2009 avec Beyoncé et Unforgettable (2017), avec Katherine Heigl et Rosario Dawson.

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Obsessed (2009) (VF) - Bande Annonce

Ces films reprennent les codes du genre mais les actualisent avec les problématiques de l'époque en les destinant à un nouveau public, de la même manière qu'on peut l'observation avec les comédies. Le néo-thriller érotique, un (nouveau) genre afro-féministe ? 

Le thriller érotique, de Linda Belhadj, édition Aedon Septieme Obsession, novembre 2017, 210 page, 

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