5 min de lecture Fantasy

"Shadow and Bone" (Netflix) : une saison 1 qui enchante... avant de décevoir

NOUS L'AVONS VU - La nouvelle série de fantasy de Netflix nous plonge dans un monde qui brille par son originalité. Les arcs narratifs, eux, sont inégaux...

Le Général Aleksander Kirigan (Ben Barnes) et Alina (Jessie Mei Li)
Le Général Aleksander Kirigan (Ben Barnes) et Alina (Jessie Mei Li) Crédit : Netflix
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Parmi les prétendants au trône de la meilleure série de fantasy après Game of Thrones, Shadow and Bone faisait office de challenger. Cette adaptation de la saga littéraire de Leigh Bardugo, qui mêle "young adult" et fantasy, a de sérieux atouts pour plaire au grand public.  Mais après avoir digéré les 8 épisodes de la saison 1, il faut bien reconnaître qu'elle est en-deça des Game of Thrones, His Dark Materials ou encore The Witcher

L'un des grands points positifs de Shadow and Bone réside dans l'univers que la saga dépeint. L'intrigue nous plonge dans un monde imaginaire mais clairement inspiré par la Russie des tsars. Les chapkas, un alphabet presque cyrillique et des paysages très russes sont légion. Ce monde en pleine révolution industrielle nous change des dragons et des épées qui pullulent dans les mondes médiévaux d'inspiration strictement européenne qui sont encore majoritairement représentés. 

La série se concentre sur le Fold, une calamité surnaturelle - sorte de nuage noir gigantesque peuplé de créatures cauchemardesques - qui divise cette "Russie" et pose de nombreux problèmes géopolitiques. Certains veulent faire disparaitre cette malédiction et unir le pays et d'autres trouvent un intérêt certain (commercial ou politique) à maintenir ce Fold en place. Pour voyager en sécurité, les habitants se tournent vers des passeurs ou les Grishas des individus capables de manipuler certains éléments. 

L'héroïne de cette histoire se nomme Alina, elle est l'élue. C'est une tradition dans les livres de fantasy et ce destin hors du commun ne surprendra personne... Quand les autres Grishas peuvent contrôler le feu, l'eau ou l'air, Alina peut manipuler et créer de la lumière, une arme rare pour affronter les ténèbres dont est fait le Fold.

Pauvre Alina...

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L'intrigue de cette saison 1 est divisée en trois morceaux. Le public est invité à suivre, tout d'abord, les aventures d'Alina qui se retrouve mêlée à une lutte d'influence qui manque clairement de sel et doit gérer son nouveau pouvoir tout en affrontant une sorte de triangle amoureux. Outre le fait que le spectateur peut deviner les rares rebondissements de l'intrigue, le destin d'Alina nous a laissés de marbre. 

Entre le premier épisode où la jeune cartographe découvre ses pouvoirs en pleine attaque de monstres et le dernier épisode, l'héroïne n'évolue pas. Alina découvre ses pouvoirs sur un bateau dans le Fold et la séquence finale se déroule... sur un bateau dans le Fold. On tourne en rond. 

Si l'actrice Jessie Mei Li fait de son mieux pour donner un peu d'épaisseur à Alina avec un regard effronté et combattif, Alina reste une héroïne souvent passive et naïve. Sa très forte amitié avec Mal, un ami d'enfance qu'elle connaît depuis l'orphelinat, n'existe que par des flash-back répétés ad nauseam. Un jeune homme qu'elle oublie rapidement lorsque ce dernier, soldat au front, ne répond pas à ses lettres alors qu'elle vit désormais dans le luxe de son école de magie (bonjour la loyauté et l'empathie). Il faut dire que les scénaristes voulaient absolument caser une histoire d'amour naissante entre Alina et le Généra Aleksander Kirigan, incarné par le toujours sournois et ténébreux Ben Barnes. Une romance clichée digne de La Chronique des Bridgerton...

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​Shadow and Bone | Official Trailer | Netflix

Alina est perdue. Alina est confuse. Alina ne sait pas utiliser ses pouvoirs (et ça n'évolue pas beaucoup). Alina se méfie de tout le monde sauf du beau jeune homme qui maitrise les Ténèbres, Alina trébuche, Alina gémit d'impuissance... Son évolution aurait pu être nettement plus réaliste et efficace. De nombreux thèmes pourtant très intéressants sont évoqués sans que la série ne prenne vraiment le temps de les faire murir. On aurait aimé en savoir plus sur l'amitié entre Mal et Alina, voir sa culpabilité grandir et la ronger après avoir été entraîné la totalité de ses jeunes collègues cartographes vers la mort, la voir critiquer et résister à la vie de cour, tenir tête aux nobles qui n'hésitent pas à lui faire quelques réflexions racistes... Mais non. On aurait aussi beaucoup aimé voir Alina embrasser enfin son statut de Sainte puisqu'elle est l'élue de ce monde, mais à aucun moment cette soudaine célébrité ou révérence qui pourrait lui permettre d'avoir plus de stature n'est exploitée. 

Ce traitement narratif suit celui des romans et l'adaptation en série a obligé les scénaristes à compresser plus que de raison de développement des personnages et c'est sans doute l'un des problèmes majeurs de la série. 

Trop court pour être subtil

Les deux autres arcs narratifs s'intéressent à un petit gang de voleurs qui souhaitent enlever Alina pour se faire de l'argent. Bien plus colorés et joyeux, on suit ce petit groupe de héros avec plaisir. Les personnalités sont archétypales mais les acteurs sont attachants. L'ambiance Peaky Blinders aide à rendre le tout très plaisant. Ils permettent d'intégrer une bonne dose d'action, d'humour (merci la petite chèvre) et de suspense. Seul problème : jamais ce groupe ne semble avoir un lien avec Alina. Sitôt ils se rencontrent qu'ils s'abandonnent. Il faudra manifestement attendre la saison 2 pour qu'une alliance concrète se noue. Les histoires sont tellement parallèles qu'on a parfois l'impression de regarder deux séries différentes. 

Le dernier arc s'intéresse à une Grisha, Nina Zenik, qui a le pouvoir de manipuler les corps et les esprits, une espionne pour le compte du Général sombre. Outre le fait qu'on ne sache jamais exactement pourquoi on suit ses aventures, cet arc narratif ressemble à une mauvaise version de l'histoire d'amour entre Jon Snow et Ygritte dans Game of Thrones.  L'intrigue est superflue, artificielle et les sentiments des personnages qui se haïssent avant de s'aimer tendrement entre deux peaux de bêtes évoluent bien trop rapidement pour être honnêtes. Une fois encore, Shadow and Bone souffre de ne pas avoir plus de temps pour développer la psychologie de ses personnages et son intrigue sans avoir à accélérer la cadence avec des lignes de dialogues lourdes et malvenues. 

En revanche, Shadow and Bone brille par sa réalisation. Certains la trouveront un peu trop sombre, mais depuis Game of Thrones, nous avons appris à fermer nos volets et nos rideaux avant de nous plonger dans ces univers fantastiques. Le jeu des acteurs en enthousiaste, personne ne semble s'ennuyer. Les costumes et les décors sont de vraies réussites, on sent que de l'argent a été bien dépensé. Quant aux effets spéciaux, ils sont d'une bonne qualité, à l'exception peut être des pouvoirs d'Alina qui aurait mérité d'être mieux travaillés. Dommage pour un élément aussi central...

En 8 épisodes, on passe malgré tout un assez bon moment et chaque épisode nous donnent envie de découvrir la suite. Ce talent pour créer un peu de suspense est cependant une lame à double tranchant. Si le scénario n'arrive pas à vous surprendre... vous aurez peut-être l'impression de perdre votre temps. On espère que les prochaines saisons abandonneront clairement les clichés liés au genre "young adult" (triangles amoureux stériles, hommes torses nus pour faire monter le mercure et personnages principaux désespérément tous dans la même classe d'âge...) pour s'essayer à plus de subtilité. Cet univers riche et ses fans le méritent.

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