6 min de lecture L'Heure du Jazz

La scène jazz en 2016 dans L'Heure du Jazz avec Jazz News

INTERVIEW - Le magazine JAZZ NEWS est le partenaire de L'Heure du Jazz. A l'occasion de la parution de son numéro 48, dernier de l'année 2015, nous avons posé quelques questions à son Directeur de la Rédaction, Thomas Boudrant. Où il est question de jazz, évidemment, mais aussi de silence.

Jazz News 48
Jazz News 48
Jean-Yves Chaperon et Serge Mariani

Fin de week-end rythmée le dimanche sur RTL. C’est un voyage à la rencontre du jazz que Jean-Yves Chaperon nous propose. De ses racines à l’électro, en passant par le blues, le funk ou les sonorités brésiliennes, on découvre le jazz dans tous ses états, de 23h à minuit.

Apprivoiser le silence - extrait de Jazz News N° 48
Apprivoiser le silence - extrait de Jazz News N° 48

Thomas Boudrant répond aux questions de L'Heure du Jazz

L'Heure du jazz : Jazz News numéro 48 est paru voilà quelques jours avec en couverture non pas des musiciens mais... Le silence ! Vous consacrez à ce thème une large partie des pages du magazine. Comment cette idée est-elle née ?

Jazz News : Ça faisait longtemps que cette idée nous trottait dans la tête. Il est vrai que pour un magazine qui traite de l’actualité du jazz, faire une couverture sur le silence peut paraître paradoxal. Mais il n’en est rien. Surtout quand on connaît l’importance d’un label comme ECM dans l’histoire du jazz. Ou bien l’art du silence de Miles Davis, Ahmad Jamal ou Keith Jarrett. Le silence tient un rôle essentiel dans la musique en général, et dans le jazz en particulier. La première chose que l’on apprend aux élèves dans les écoles de jazz ou dans les écoles de comédie est de savoir marquer des pauses, utiliser le silence, pour qu’ensuite les notes jouées ou les mots prononcés prennent toute leur force. L’idée de ce numéro sur le silence était donc une évidence pour nous. Restait à savoir quand le faire. Après cette année difficile, cette pause de fin d’année nous semblait être le bon moment pour réfléchir sur ce thème. Il peut intriguer et faire réfléchir à la fois les fans de jazz mais aussi ceux qui pensent ne rien y connaître. Ceux qui veulent plus en savoir. Ceux qui cherchent à écouter « autre chose » que ce qu’on écoute dans les supermarchés et à la télévision.

HDJ : Dans la discographie consacrée spécialement au silence, le premier album sélectionné est celui de Miles Davis enregistré entre 1954 et 1956 et intitulé Miles Davis and the Modern Jazz Giants. Thelonious Monk s’y manifeste comme un "Géant du silence". C’est la rencontre exceptionnelle de ces deux artistes et de leur conception du travail du son que vous avez voulu rappeler ici ?

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JN :On a surtout cherché à faire la discographie la plus inattendue possible. Nous nous sommes tous concertés pour chercher à trouver un alliage de 25 disques qui traitent chacun à leur manière du silence. L’idée, c’était de lier le passé au présent. D’où l’importance qu’il y ait à la fois Miles Davis et Theolonious Monk et Stephan Oliva ou Mélanie De Biasio. Mais c’est vrai que Miles et Monk symbolisent deux fortes conceptions du silence. Lyrique pour le premier, labyrinthique pour le second. Et puis ce disque contient le fameux « trou de Monk » : sur The Man I Love, le pianiste s’arrête de jouer sur huit mesures en plein solo… Inutile de dire que Miles Davis n’était pas ravi de ce silence…

HDJ : Certains articles de ce numéro mettent donc en avant l’importance du travail sur la qualité du son, et le soin qui doit être consacré aux silences, particulièrement pour le jazz. Les enregistrements disponibles aujourd’hui ou ceux qui sont conçus en studio sont-ils satisfaisants tant sur le plan technique que sur le plan artistique ?

JN : Nous recevons à la rédaction de Jazz News plus de 2000 disques chaque année. Parmi ces sorties, si on exclue les rééditions et les compilations, il doit rester un bon millier de sorties d’albums. Les qualités techniques des productions actuelles sont globalement bonnes. Après, tout est une question de budget de production : quand un artiste peut s’adjoindre les services d’un ingénieur du son talentueux et d’un studio d’enregistrement réputé, les qualités sonores de l’album s’en ressentiront forcement, mais les améliorations techniques des "Home Studio" permettent maintenant à chaque musicien d’enregistrer dans de très bonnes conditions. Quant aux qualités artistiques des productions, il nous arrive d’avoir des désaccords au sein de la rédaction, mais un grand et bon disque arrive souvent à mettre tout le monde d’accord. Ça a été le cas du Mechanics de Sylvain Rifflet cette année ou de The Epic de Kamasi Washington.

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Kamasi Washington's 'The Epic' in Concert

HDJ : Le studio, les albums, c’est important bien sûr, mais les concerts, le live, au moins autant, sinon davantage. Où en est la scène jazz selon vous, et la scène jazz française en particulier ? Les clubs, les salles, les festivals sont-ils les lieux privilégiés de la découverte et de l’avenir du jazz ?

JN : Malgré des difficultés de plus en plus nombreuses, la scène jazz est très active en France comparé à beaucoup d’autres pays. Les clubs restent LE lieu de la vie du jazz. D’où l’importance de notre portfolio sur « le silence des clubs » dans notre nouveau numéro. C’est là que le musicien va faire son apprentissage, va rencontrer d’autres musiciens, va se faire connaître, va maintenir le lien avec son public. Les clubs sont très actifs en France, à Paris mais aussi en Province. La France est aussi le pays des festivals avec plus de 500 événements dédiés au jazz chaque année. Il y a des grands noms comme Juan Les Pins, Jazz In Marciac, Jazz à Vienne, mais aussi de très nombreux petits festivals à la programmation très intéressante. Et si les festivals d’été se déroulent principalement dans la moitié sud de l’Hexagone, les festivals sont présents sur tout le territoire : dans l’Est le festival Jazzdor à Strasbourg ou le Nancy Jazz Festival, dans l’Ouest : Jazz sous les Pommiers à Coutances ou Jazz en Baie dans la baie du Mont St Michel, dans le Nord, avec Jazz En Nord ou le Tourcoing Jazz festival, etc. Les festivals permettent à un public moins spécialisé, moins habitué des clubs de découvrir les artistes du moment. L’autre force de la scène française, ce sont ses collectifs : de l’historique ARFI à Coax ou le Tricollectif, l’art de l’improvisation s’imagine à plusieurs. C’est bien connu, plus on est de fous, plus on crie.

HDJ : Pour terminer cette interview avant de revenir à un certain silence, qu’attendez-vous de l’année 2016 pour le jazz ? Que les femmes soient de plus en plus présentes, à l’instar de la jeune saxophoniste norvégienne Mette Henriette, nouvelle artiste du label ECM ? Dont la devise est en effet "Le plus beau son après le silence"...

JN : Pour revenir à votre question précédente sur la scène française, la tendance majeure en 2015 a été le désengagement de certaines collectivités (municipalité, département, région) dans leur soutien aux festivals. Beaucoup se sont d’ailleurs arrêtés. Un festival est d’abord un lieu d’échange et de découverte artistique, mais c’est aussi souvent un acteur économique pour une ville ou une région. Qui connaîtrait  Marciac si le festival n’existait pas ? Le festival est aussi créateur de lien social, avec souvent de nombreux bénévoles, un public local qui se mêle à un public plus touristique, etc. Les festivals sont des acteurs importants de la vie de notre pays. Notre souhait est donc qu’ils puissent continuer sereinement à remplir ce rôle.
En ce qui concerne les musiciens, notre envie, c’est de continuer à être surpris. Et de voir débarquer des artistes qu’on n’attendait pas comme Mette Henriette effectivement ou Kamasi Washington cette année. Quand on suit de près la scène contemporaine, on sait que les femmes sont déjà présentes : la harpiste Laura Perrudin, la saxophoniste Géraldine Laurent, la contrebassiste Joëlle Léandre, la batteuse Anne Paceo, le trompettiste Airelle Besson... Ce qu’on peut souhaiter ce qu’elles continuent à gagner en notoriété. Quand on voit le succès de Jeanne Added dans le monde de la pop après avoir arpenté pendant des années l’Atelier du Plateau, le Triton ou le Studio de l’Ermitage, on sait que le jazz contemporain peut continuer à être l’antichambre de la musique de demain. Enfin notre souhait pour 2016 est que le public continue à sortir dans les clubs, à se déplacer dans les festivals. La curiosité est la plus belle (et saine) des armes contre l’obscurantisme et les tentations de replis sur soi.

Avec notre partenaire Jazz News

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