5 min de lecture L'Heure du Jazz

Becca Stevens, nouvelle égérie de la scène jazz

Dans le sillage de son album "Perfect Animal", Becca Stevens a fait escale sur la scène du New Morning à Paris avec son Becca Stevens Band. Une aventure musicale riche, hybride, lancée voilà une dizaine d'années. Interview exclusive pour L'Heure du Jazz.

Becca Stevens
Becca Stevens
Serge Mariani
Serge Mariani

Fin de week-end rythmée le dimanche sur RTL. C’est un voyage à la rencontre du jazz que Jean-Yves Chaperon nous propose. De ses racines à l’électro, en passant par le blues, le funk ou les sonorités brésiliennes, on découvre le jazz dans tous ses états, de 23h à minuit.

Becca Stevens sur scène - crédit Emile Holba
Becca Stevens sur scène - crédit Emile Holba

Si l'album de Becca Stevens est intitulé Perfect Animal, la chanson qui le porte est elle intitulée Imperfect Animals. Dans un documentaire de présentation de son travail sur cet album, Becca Stevens a développé cette idée de lutte obsessionnelle pour la perfection. Un combat louable, peut-être, mais vain. Que ce soit dans le domaine de la vie quotidienne ou celui de la création artistique. Pourtant, l'écoute de sa musique pourrait laisser penser tout le contraire. L'écriture, le songwriting de Becca Stevens, ne semble pas laisser grand'chose au hasard ou à l'approximation. Comment parvenir à marier tant d'inspiration et d'influences dans un style si personnel désormais, sans se soucier de perfection ? Nous lui avons posé la question.

L'interview

Visuel de l'album Perfect Animal de Becca Stevens
Visuel de l'album Perfect Animal de Becca Stevens

L'heure du jazz : Est-ce que l'on peut dire que vous êtes perfectionniste et même obsédée par la perfection ?


Becca Stevens : Chacun a sa vision de la perfection, si une chanson est achevée, si on a fait de son mieux et voilà, le résulta est là. Pour moi, c'est davantage une question de sens et de valeur de l'effort. Et qu'au terme de cet effort tout soit aussi bien que cela pouvait être à ce moment-là.

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HDJ : Votre album est intitulé Perfect Animal et l'un des titres en est Imperfect Animal. Sommes-nous l'un plutôt que l'autre ? Et le petit singe qui vous accompagne dans la vidéo de ce titre ?

BS : Nous sommes les deux, et le petit singe aussi oui, absolument ! (rires)

HDJ : Il y a toujours avec vous sur scène, fixé au pied de micro, une petite peluche, que vous appelez Toothie. C'est une mascotte ?

BS : Oh oui, c'est devenu la mascotte du groupe ! C'est notre porte-bonheur depuis 6 ans. On me l'a donné un jour de Noël. Je pensais que c'était un chien mais quelqu'un a dit qu'il ressemblait à une dent, alors je l'ai baptisée comme ça, Toothie.

HDJ : On peut lire souvent que vous êtes fan et influencée par Joni Mitchell par exemple. Vous avez joué avec David Crosby. Tout compte pour vous sans doute mais est-ce que cela ne signifie pas d'abord que vous accordez une plus grande importance à la voix, au chant ?
 
BS : Je n'ai pas vraiment grandi avec cette musique, je veux dire celle de Crosby, Stills, Nash & Young. Même chose en ce qui concerne Joni Mitchell. Je pouvais les entendre à la radio ou au lycée. Je me suis mise alors à écouter du folk. De Joni Mitchell, j'ai spécialement écouté ses albums des années 60 et 70. Je n'ai écouté que plus tard ses albums les plus récents. C'est une musicienne totale, une des plus importantes. Sa voix est remarquable, elle compose, écrit, joue de la guitare et elle est aussi un excellent artiste peintre. Alors oui, on peut dire que je suis une grande fan, une grande admiratrice.
  
HDJ : Comment composez-vous votre musique, vos chansons ?

BS : Après 20 ans déjà de pratique, je ne peux plus dire que c'est d'abord la musique, ou d'abord le texte. Cela dépend de ce qui va m'inspirer, un thème, un passage de musique, un rythme.

HDJ : Vous avez un certain nombre de "covers" à votre actif. Vous reprenez assez souvent des chansons d'autres artistes, comme Usher, Seal, Joni Mitchell, The Smiths. Quel est le lien entre ces chansons et les vôtres ? L'amour ? Car ce sont généralement des chansons d'amour.
 
BS : Je crois que le thème le plus fréquent dans les chansons, c'est quand même l'amour, vous ne trouvez pas (rires) ? Les moments heureux, les malheureux, la perte, le romantisme, c'est le genre de sentiments qui vous guide dans la vie, quand même.

HDJ : Il y peut-être un lien plus intime encore entre ces deux chansons : You make me wanna, de Usher, et la vôtre, intitulée I asked, où vous dites "J'ai demandé à mon amour : qu'est-ce qui peut faire battre ton cœur sauvage ?"...

BS : Oui, en effet, il y a un lien. Il y est question du côté sombre de nos relations amoureuses. La question de savoir ce qui fait vraiment battre un cœur est en effet très importante, sentimentalement je veux dire ! Et c'est un thème majeur des chansons que l'on peut entendre ou écrire sur l'amour.

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Guilhem Flouzat - Portraits "Where We Should Go"

HDJ : Est-ce la même chose entre la chanson des Smiths There is a light et celle que vous interprétez sur l'album Portraits de Guilhem Flouzat, Where we should go.

BS : Oui, c'est un rapprochement intéressant, en effet. Le mood est très proche, oui, nocturne peut-on dire.

HDJ : Where we should go est une magnifique chanson et donc une collaboration avec Guilhem Flouzat. Vous avez collaboré avec le groupe Snarky Puppy, avec Ambrose Akinmusire, Gretchen Parlato et Rebecca Martin sont vos partenaires pour le projet Tillery. Vous aimez voyager ainsi entre différentes façons de faire de la musique ?

BS : Oh oui, c'est vraiment très important pour moi. Si je ne laissais pas les différentes parties de ma personnalité trouver de quoi les satisfaire artistiquement, je ne me sentirais pas bien du tout.

HDJ : Vous avez joué récemment au New Morning, à Paris, avec vos musiciens du Becca Stevens Band. Vous tournez beaucoup de par le monde. Vous aimez forcément beaucoup la scène, alors ?

BS : Oui, j'aime beaucoup les concerts, le public. Sur scène, je me sens très très bien. Surtout quand je joue de la musique, juste de la musique, sans paroles. Mes parents avaient un genre de troupe musicale où je figurais déjà, toute petite. Je me souviens d'une fois où j'ai été comme hypnotisée, émerveillée par les applaudissements, je ne bougeais plus de la scène et ma mère a dû venir me chercher ! Quand je joue, je me sens comme chez moi. Voilà 10 ans que je joue et tourne avec mon groupe. C'est vraiment une partie essentielle de ma vie.
 
HDJ : Les projets ?

BS : Continuer de jouer et enregistrer avec mon groupe, même chose avec Tillery, un prochain album sur le quel je travaille déjà, des commandes de la Jazz Gallery de New-York... Beaucoup de choses !

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Tillery (Rebecca Martin, Gretchen Parlato, Becca Stevens)

Parution du n°43 du magazine Jazz News : mai 2015.

Jazz News 48
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