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Qu'est-ce que NewsGuard, l'évaluateur des sites d'info qui débarque en France ?

ÉCLAIRAGE - La société américaine NewsGuard a passé au crible une soixantaine de sites d'actualité pour lancer en France son extension de navigateur permettant de distinguer les médias fiables et non fiables.

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Photo d'illustration Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

La lutte contre la désinformation compte un nouvel acteur en France. L'entreprise américaine NewsGuard a lancé son service d'évaluation des sites d'actualité ce mercredi 22 mai dans l'Hexagone.

Déjà présent aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie, la société attribue des notes aux médias en fonction de la fiabilité des articles, du respect des règles déontologiques et de leur transparence. Au lancement du service, ce mercredi, une soixantaine de médias français ont été analysés. Cela représente 70% des sites d'info français, explique l'entreprise qui espère dépasser les 90% dès le mois prochain.

Pour accéder à ces évaluations, les internautes doivent installer une extension disponible pour les principaux navigateurs (ici pour Chromelà pour Firefoxici sur Edge et là pour Safari). Il est installé par défaut sur le navigateur Qwant. Les utilisateurs verront ensuite s'afficher des pictogrammes en forme de bouclier à côté des articles des sites d'actualités qu'ils visitent. Vert, pour les sites jugés fiables, comme Le MondeLe Figaro ou RTL.fr. Rouge, pour ceux qui enfreignent les règles de crédibilité et de transparence fixées par l'entreprise, comme les sites français de Sputnik et de Russia Today. Les sites satiriques sont classés en jaune. 

Ces pastilles permettent de distinguer les médias jugés fiables ou non par NewsGuard sur des agrégateurs de références comme Google Actualités. Elles sont accompagnées par des étiquettes nutritionnelles donnant accès aux évaluations détaillées à la manière de l'application Yuka pour la consommation alimentaire. Un site doit obtenir un score de 60 points sur 100 pour être coté vert. Neuf critères journalistiques et de transparence sont pris en compte, selon un processus décrit sur le site de l'entreprise

NewsGuard note les sites d'information selon neuf critères journalistiques et de transparence
NewsGuard note les sites d'information selon neuf critères journalistiques et de transparence Crédit : Capture d'écran

Cinq critères de déontologie et quatre de transparence

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Les sites passés au crible sont d'abord notés sur leur capacité à ne pas diffuser régulièrement de contenu erroné (22 points) et à rassembler et présenter les informations de façon responsable (18 points). Ils sont ensuite jugés sur leur propension à corriger ou clarifier régulièrement les erreurs (12,5 points), à faire la distinction entre informations et opinions (12,5 points) et à éviter les titres fallacieux (10 points).

Les analystes de NewsGuard vérifient aussi si la mention du propriétaire et des sources de financement figure sur le site Web (7,5 points), si la publicité est clairement signalée (7,5 points), si le site contient des renseignements sur ses dirigeants et liste les possibles conflits d'intérêts (5 points) et s'il indique le nom des créateurs de contenu et leurs coordonnées (5 points). Ils entrent ensuite en contact avec les sites Web pour recueillir leurs commentaires.

Peut-on poursuivre l'ambition de labelliser les médias sans tomber dans la distribution de bons et mauvais points ? "Nos neuf critères reflètent les critères fondamentaux et apolitiques de la pratique journalistique et notre processus est entièrement transparent", se défend auprès de RTL.fr Gordon Crovitz*, cofondateur de NewsGuard et ancien éditeur du Wall Street Journal. Les sites d'information savent ce qu'ils peuvent faire pour améliorer leurs évaluations", souligne-t-il.

Une fois l"évaluation rendue publique, les sites ont la possibilité d'améliorer leur note en modifiant leurs pratiques. Selon Gordon Crovitz, un quart des sites Web étudiés ont changé leurs pratiques journalistiques, sur un ou plusieurs critères, afin d'améliorer leur note après l'évaluation. "Par exemple, le site Internet d'Al-Jazeera English a révélé pour la première fois sur son site qu'il appartenait au gouvernement du Qatar après avoir consulté notre analyste".

* Mise à jour : il s'agit bien de Gordon Crovitz, et non de Gordon Crawitz comme écrit à deux reprises dans la première version de cet article.

La difficile évaluation des sites d'information

À l'heure où le travail des algorithmes a montré ses limites dans la lutte des plateformes contre la désinformation, NewsGuard met en avant sa notation manuelle des sites d'information. Mais l'évaluation de la crédibilité d'un média est un sujet sensible qui pose nécessairement la question de l'objectivité. Les sites classés en rouge n'ont pas attendu le lancement du service dans l'Hexagone pour dénoncer des partis pris. 

Le site français de RT est classé rouge par NewsGuard
Le site français de RT est classé rouge par NewsGuard Crédit : NewsGuard

La version française de Russia Today, dont le site est affublé d'un bouclier incitant les internautes à la vigilance car "ce site enfreint gravement les principes de base de crédibilité et de transparence", a publié plusieurs articles dénonçant un organe de propagande à la solde des médias établis et du pouvoir américain. Le site pose notamment la question de l'impartialité du conseil consultatif de l'entreprise qui accueille des personnalités comme Jimmy Wales (cofondateur de Wikipédia), l'ancien chef de l'OTAN Anders Fogh Rasmussen et un ancien directeur de la CIA, Michael Hayden.

"Le rôle des membres de notre conseil consultatif est de fournir des conseils stratégiques à NewsGuard. Ils ne jouent aucun rôle dans la détermination des cotes et des labels, à l'exception des journalistes conseillers comme Alice Antheaume en France", rétorque Gordon Crovitz. 

Fondé en mars 2018 par l'entrepreneur Steven Brill et Gordon Crovitz, NewsGuard emploie 35 personnes et est cofinancé par le groupe français Publicis. L'équipe française est composée de six personnes et pilotée par la directrice de l'école de journalisme de Sciences Po, Alice Antheaume. En janvier, la société a signé un partenariat avec Microsoft pour installer son service par défaut sur la version mobile du navigateur Edge.

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2019-05-22 21:02:00
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