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Pour l'Assomption, C8 crée la surprise et la polémique avec des programmes religieux

Film anti-avortement, messes, série sur Jean-Paul II ou Mère Teresa... La chaîne du groupe Bolloré fait un virage à 180° et concurrence KTO.

Vincent Bolloré, le 19 avril 2018
Vincent Bolloré, le 19 avril 2018
Crédit : ERIC PIERMONT / AFP
Aymeric Parthonnaud & Laurent Marsick & AFP

Lorsque les catholiques veulent vivre leur foi depuis le confort de leur salon, ils ont deux choix : Le Jour du Seigneur sur France 2 les dimanches depuis des décennies (il s'agit de la plus vieille émission de la télévision française) et la chaîne privée thématique KTO.

Désormais, ils pourront compter sur C8, chaîne secondaire du groupe Canal dont les programmes étaient pourtant peu religieux. M comme Maison pour la déco, Les Animaux de la 8, Gym Direct et bien sûr la myriade de programmes lancés par Cyril Hanouna étaient les marques de fabrique de la chaîne. Pour l'Assomption : virage à 180°.

La chaîne du milliardaire Vincent Bolloré provoque le débat en consacrant l'essentiel de son antenne dimanche 15 août 2021 à des contenus catholiques. Elle diffusera lundi soir un film américain anti-avortement. Avec plus de 12 heures d'affilée de programmes catholiques, C8 innove, marquant une première pour une chaîne généraliste privée en France (sans compter KTO).

Une grille polémique

Que pourra-t-on voir sur C8 ? En ouverture et en direct, une messe célébrée depuis le sanctuaire de Cotignac (Var) par Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon. Figure conservatrice de l'épiscopat, le prélat avait suscité l'émoi dans les rangs chrétiens en 2015 en invitant Marion Maréchal-Le Pen à une université d'été catholique.

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Après cette célébration, la mini-série Jean-Paul II, les films Mère Teresa et Saint Philippe Néri s'enchaîneront jusqu'à la fin de soirée. Le lendemain, la chaîne diffusera en prime time Unplanned, une fiction américaine relatant le revirement d'une ancienne cadre du planning familial devenue militante anti-avortement. Produite par un studio chrétien évangélique, la fiction avait rencontré un succès inattendu lors de sa sortie aux États-Unis au printemps 2019 mais suscité aussi de vives critiques quant à sa véracité, particulièrement d'une scène d'avortement montrant un fœtus se débattre.

Trois avertissements et des scènes coupées

La direction de C8 n'était pas joignable pour réagir. La chaîne précise néanmoins que trois avertissements seront diffusés avant la fiction.

Le premier rappelle la loi ("Toute femme en France a le droit de disposer de son corps comme elle l'entend", le second avertissement insiste sur le fait que "le film relate exclusivement l'opinion de son auteur". Enfin, le dernier avertissement concerne certaines scènes qui pourraient heurter la sensibilité du public. Unplanned est déconseillé aux moins de 10 ans. C8 précise enfin que plusieurs scènes choquantes ont été coupées. 

Le Planning familial dénonce un film "terrifiant"

"C'est un choix politique que de programmer ce film contraire au droit à l'avortement, dans un contexte où les femmes ont très peu d'informations sur les questions d'avortement et où les anti-choix sont très présents sur les réseaux sociaux", s'insurge auprès de l'Agence France Presse Sarah Durocher, co-présidente du réseau associatif Planning familial.

Le film "est assez terrifiant sur la culpabilisation des femmes, sur l'avortement", qu'il décrit comme une "entreprise" juteuse pour les plannings familiaux américains, explique la militante féministe. C'est "manipulateur" et "n'a rien à voir" avec le fonctionnement des associations en France qui "dénoncent au quotidien des difficultés d'accès à l'avortement".

Pétition, CSA,...

L'indignation s'est matérialisée sur la toile par une pétition, lancée par la fondatrice du site "Grossesse imprévue", qui a recueilli plus de 15.000 signatures. Elle demande au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) d'obliger C8 à instaurer "une contextualisation de ce programme", en rappelant notamment "que le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est ancré dans la loi française".

Le régulateur de l'audiovisuel a rappelé sur Twitter que "les chaînes déterminent librement le choix de leurs programmes" et qu'à ce titre "il n'intervient pas dans la programmation des chaînes". "Après diffusion, il est possible d'alerter le CSA au sujet d'un éventuel manquement à la loi ou à une obligation", ajoute-t-il.

Face à la polémique et aux interrogations quant à un possible virage catholique de C8, la direction de la chaîne reste injoignable. Le groupe Canal+ de Vincent Bolloré, catholique pratiquant affirmé, n'en est pas à son coup d'essai en termes de contenus catholiques. Depuis mai 2020, sa chaîne d'info CNews propose l'émission dominicale En quête d'Esprit qui aborde l'actualité d'un point de vue religieux et philosophique. Elle est présentée par Aymeric Pourbaix, ancien responsable de Famille chrétienne et directeur de publication de l'hebdomadaire France catholique, racheté par le groupe Bolloré en 2018.

Un buzz catholique "plutôt malin"

Et ce 15 août, CNews, qui avait déjà diffusé la messe du Jeudi Saint le 1er avril dernier en direct de Notre-Dame-de-Paris, sera aussi au diapason de C8 avec la retransmission en direct de la messe du 15 août célébrée à Lourdes. "C'est probablement un signal envoyé à un courant plus pratiquant", plus lié au "catholicisme conservateur, qui jusqu'à présent, n'a jamais trouvé son débouché ni politique, ni culturel", analyse le directeur du développement éditorial au sein du groupe Bayard, Jean-Pierre Denis. Il se distingue du "christianisme identitaire", "un autre courant, parfois cultivé" par CNews - notamment par son polémiste vedette Eric Zemmour, pourfendeur de l'Eglise du pape François.

C8 et CNews peuvent-ils faire la jonction entre ces courants ? "La télévision a peut-être des capacités à créer des débouchés à ceux qui, jusqu'à présent, ne se trouvaient pas", s'interroge-t-il. Une certitude : "Faire ce pari du buzz médiatique autour du catholicisme" lors d'une période creuse d'audience, c'est "plutôt malin". "C'est se servir du catholicisme et de la polémique sur les réseaux sociaux pour une formidable opération de publicité".

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