2 min de lecture Isabelle Morini-Bosc

Isabelle Morini-Bosc : "Et si on faisait confiance au public ?"

ÉDITO - La chroniqueuse regrette que le public des émissions de télévision soit autant guidé par les chauffeurs de salle.

Muriel Robin en septembre 2015 dans l'émission "Vivement Dimanche"
Muriel Robin en septembre 2015 dans l'émission "Vivement Dimanche"
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

Dites-moi, et si on faisait confiance au public ? Si, dans toutes les émissions de plateau qui comportent des spectateurs, on leur laissait leur libre arbitre, à ces participants, et donc la liberté d'applaudir ou pas, de rire ou pas, de crier ou pas. En d'autres termes, si on les laissait réapprendre à écouter plutôt que de les inciter à s'époumoner sur tout et n'importe quoi, de préférence n'importe quoi.

Entendons-nous bien, il n'est nullement question de remettre en cause l'utilité des chauffeurs de salle, seulement l'utilisation qui en est faite par les producteurs. Le stimulateur de salle est en effet aussi nécessaire aux émissions de plateau que le mode d'emploi est vital au montage d'un meuble Ikea (et même comme ça...). Seulement voilà, lorsqu'il devient un chef d'orchestre exigeant, qu'on le suive à la baguette, existe un véritable danger que l'on ne voit plus que la baguette au détriment de la musique.

Un public avec l'oeil vif et l'air éveillé

Il est évidemment indispensable qu'un chauffeur sachant chauffer explique aux personnes installées sur les gradins qu'un talk show est une grosse machine, que la télé est une loupe grossissant chaque effet, chaque geste, et qu'il faut en revanche en faire beaucoup pour que le téléspectateur ressente un peu l'ambiance autour du présentateur. Il n'est pas non plus inutile de préciser aux personnes présentes qu'elles doivent avoir l’œil vif et l'air éveillé.

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Rien de pire, à une époque de buzz, qu'un gros plan sur un individu endormi, boudeur, ou se curant le nez en n'en ayant justement cure! Non, c'est sûr, on n'imagine pas plus un programme sans coach qu'on imagine des gares sans aiguillages ou un poulailler sans poules. Là où il y a dérive ou à tout le moins gêne, c'est lorsque le public n'est plus sollicité pour réagir, mais pour obéir. Oh, ce n'est évidemment pas conscient ni voulu par personne, mais lorsque ce même guide fait un signe pré-convenu pour que le public gesticule, rigole, hue, hulule, ou applaudisse sur commande, on change de registre et le chauffeur qui les chauffe à de quoi échauffer.

Jouer une fausse joie, une fausse colère

Il peut "déclencher" 150 "bénévoles" d'un seul geste, et c'est d'autant plus regrettable que lui-même, qui doit être attentif à tout, n'est plus vraiment à l'écoute de rien... L'ensemble devient dès lors à peu près aussi naturel que le physique de Kim Kardashian. Avec un effet pervers, celui de déplacer l'attention d'un public qui, soucieux de ne pas démériter, se concentre dès lors quasi exclusivement sur le "Monsieur Sémaphore" lui faisant des signaux...

D'où des dizaines de visages attachants balayés par la caméra et qui, brusquement, s'enflamment, jouent une fausse joie ou une fausse colère sans qu'on sache trop pourquoi. Ils suivent en fait simplement, on l'a compris, le souffleur d'ambiance officiel. Et, répétons-le, il n'y a pas de coupables. C'est juste l'épique époque qui veut ça, qui réclame du bruit, avec même parfois un petit côté jeux du cirque. Alors dites-moi, si les présentateurs d'émissions politique comme de divertissements, tentaient - j'y reviens - un truc complètement fou : laisser au chauffeur de salle sa mission dans l'émission, et laisser en revanche les "figurants" libres. Libres d'écouter vraiment. De s'intéresser. Avec bien sûr une petite stimulation nécessaire de temps à autre, mais de la stimulation à la simulation, il y a une marge, non ?

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ÉDITO - La chroniqueuse regrette que le public des émissions de télévision soit autant guidé par les chauffeurs de salle.
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2016-09-30 21:29:18
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