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"'Lupin' est l'antithèse de la série 'Emily in Paris'" : les fictions qui se déroulent en France sont-elles condamnées à être clichées pour s'exporter ?

Entre Paris carte postale et personnages plus nuancés, les séries françaises qui s'exportent jouent souvent avec les clichés. Avec le retour de "Lupin" sur Netflix, la question se pose à nouveau : faut-il forcément romancer la France pour séduire l'international ?

La France dans les séries doit-elle forcément être clichée pour s'exporter à l'étranger ?

Crédit : Netflix

Alexian Giron

Une France romancée, un Paris carte postale, des intrigues qui sentent le croissant... Telles sont la plupart des séries dont les histoires se déroulent sur le sol tricolore et qui s'exportent le plus à l'international. Et la série Lupin, portée par l'acteur Omar Sy, ne déroge pas à la règle. Trois ans après la Partie 3, les aventures d'Assane Diop reviennent à l'écran pour la quatrième saison de Lupin sur Netflix ce vendredi 23 octobre 2026.

Depuis 2021, l'acteur de 48 ans, reprend son rôle de gentleman cambrioleur qui s'inspire du personnage de Maurice Leblanc, paru pour la première fois en 1905 au sein d'un ouvrage littéraire. 

Dans cette production Netflix, le personnage arpente les rues de la Ville Lumière, du musée du Louvre jusqu'à la Tour Eiffel. Porté par un acteur, connu à l'international et notamment aux États-Unis, la série doit également son succès à l'étranger au visuel de la fiction. Même si la série est visuellement clichée avec un Paris mis en valeur, il est important de nuancer ce propos.

"Lupin est presque l'antithèse de la série Emily in Paris, tempère Benoît Lagane, journaliste spécialiste des séries dans l'émission Télématin, à RTL.fr. Lupin n'est pas tant dans les clichés. Le personnage d'Assane Diop ne représente pas ce que peut imaginer le public international de quelqu'un qui habite à Paris." Ce qui fait tout le sel de cette fiction et qui peut être perçu comme cliché vient davantage du décor que des personnages. "Il y a une différence à faire entre la façon dont on va concevoir un personnage et le décor dans lequel on va le faire évoluer", ajoute-t-il.

Il faut donner aux spectateurs internationaux ce qu'ils ont envie de voir

Une fiction dont l'intrigue se déroule en France peut-elle s'importer sans aucun cliché ? "C'est assez rare", lance Benoît Lagane. Cela s'explique pour plusieurs raisons. D'abord, le public américain n'a pas besoin de nos séries françaises. Tandis qu'en France, notre rapport à la fiction est davantage différent. "On a toujours été très ouverts aux productions étrangères, certaines nous ont même influencé", explique-t-il. 

Ils veulent y retrouver la France telle qu'elle est dans ce qu'elle véhicule sur le plan touristique

Benoît Lagane à RTL.fr

Lorsqu'une série française s'exporte aux États-Unis, il faut forcément donner aux spectateurs américains ce qu'ils ont envie de voir. "Ils veulent y retrouver la France telle qu'elle est dans ce qu'elle véhicule sur le plan touristique", poursuit le spécialiste. Les scénaristes accentuent donc le trait du glamour, de la mode ou encore de la gastronomie. Benoît Lagane tient toutefois à rappeler que dans le sens inverse les clichés sont tout aussi présents. "Lorsque dans une série française, il y a un personnage d'Américain, on est également sur les clichés de ce que les Français attendent des États-Unis", dit-il. 

Cela participe au soft power de notre pays mais aussi à notre économie. En 2025, les ventes de programmes audiovisuels français à l'international ont atteint 164,3 millions d'euros, selon le CNC et Unifrance. Malgré une baisse de 21,6% sur un an, la fiction française se maintient comme premier genre à l'export pour la quatrième année consécutive (54,9 millions d'euros de ventes).

66 séries en 2025 : Paris, capitale des tournages

Paris fait rêver. Alors, Paris fait "vendre". Selon la municipalité, la capitale a accueilli 6.570 jours de tournages en 2025, soit une hausse de près de 15% par rapport à 2024. L'an dernier, 92 longs métrages et 66 séries ont été tournés à Paris. 

La série doit s'adapter au diffuseur et au public qu'elle vise

Benoît Lagane à RTL.fr

Les producteurs de fictions donnent ainsi aux spectateurs ce qu'ils ont envie de voir. "Une série, c'est comment un artiste va s'accaparer un produit qui doit trouver son public, explique le journaliste. C'est une œuvre d'art qu'on va essayer de vendre. La série doit s'adapter au diffuseur et au public qu'elle vise."

Cat's Eyes, une série pourtant française diffusée sur TF1, en est le parfait exemple. "On prend une marque d'un animé japonais et on va jouer dans la capitale française en se disant que cela va plaire à l'étranger et se vendre dans le monde entier", analyse-t-il. 

Certaines villes attirent davantage les diffuseurs

Globalement, lorsqu'une série est vendue à un diffuseur, elle doit prendre en compte un cahier des charges. "Avec un tournage à Paris, un producteur a plus de chance que son projet soit choisi par rapport à un autre", explique-t-il. 
Les décideurs recherchent des visuels marquants et Paris en fait partie. La ville est reconnaissable parmi mille. Cela attire les plateformes comme Netflix ou Prime Video qui savent que la série est immédiatement identifiable par les abonnés. Marseille, la première fiction française Netflix portée par Gérard Depardieu, est l'exemple que d'autres endroits en France peuvent être vendeurs à l'international. "L'intrigue parle de grand banditisme et de politique dans la cité phocéenne avec en fond le soleil, le sud, les accents...", affirme le journaliste. Une nouvelle fois, la série montre au public ce qu'elle imagine de Marseille. 

D'autres séries jouent plus ou moins subtilement avec les clichés. Tandis qu'Emily in Paris a même été moquée pour avoir trop glamourisé la capitale, Dix pour cent le fait avec davantage de finesse. D'abord diffusée sur France 2, puis sur Netflix, la fiction imaginée par Dominique Besnehard a été adaptée dans de nombreux pays à l'international. Pourquoi un tel succès à travers le monde ? "Parce que l'univers glamour du cinéma collait bien à l'idée de la France", affirme Benoît Lagane. 

L'émergence des plateformes a accentué ce phénomène

L'arrivée des plateformes de streaming a accentué la présence de clichés dans les fictions. "Plus il y a d'œuvres qui sont produites sur notre territoire avec pour mission de toucher un public international, plus cela augmente les séries de ce genre", constate-t-il. 

Et de conclure : "Avant l'émergence des plateformes, on fabriquait uniquement des productions pour le public du pays, si ça se vendait à l'international, c'était tant mieux". 

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