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"Hellblade" : le mythe d'Orphée revisité dans un jeu vidéo psychotique

ON Y A JOUÉ - Ce jeu vidéo propose une véritable descente aux Enfers et donne aux joueurs l'expérience de troubles mentaux.

Senua, l'héroïne du jeu "Hellblade"
Senua, l'héroïne du jeu "Hellblade"
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud

Si les jeux vidéo ont une tendance à s'allonger, s'agrandir et proposer de véritables mondes à explorer, Hellblade: Senua's Sacrifice fait un pari très différent. Ce jeu propose une histoire, une vraie narration avec un début, un milieu et une fin. Dans un marché peuplé par les mondes ouverts, les fins alternatives et des scénarios qui tiennent plus du prétexte que du récit, Hellblade offre une vraie bouffée d'oxygène. 

Vous incarnez Senua, une jeune femme celte recouverte de peintures de guerre bleues. Elle débarque sur d'étranges terres avec un objectif : ramener à la vie son cher et tendre Dillion. Ce dernier est mort et elle porte avec elle son crâne direction Helheim, le royaume des morts nordique. Elle devra convaincre ou forcer la déesse de la mort Hela de lui rendre Dillion et entreprend ainsi un long périple. Son seul atout ? Une épée. Ses ennemis ? Des illusions, des énigmes, des monstres et Hela, qui vient la maudire dans les premières minutes du jeu, mettant en danger votre sauvegarde si vous veniez à mourir trop de fois durant votre partie.

Des voix dans la tête

Ce voyage, qui évoque le mythe d'Orphée descendu aux Enfers pour récupérer l'âme de sa femme Eurydice, fait le pari d'intégrer la notion de trouble mental. Les développeurs du studio Ninja Theory ont collaboré avec des psychiatres et d'anciens patients afin d'affubler Senua (et les joueurs) de troubles psychotiques. 

Ces visions et ses voix sont au cœur du jeu. Le titre vous recommande d'ailleurs d'y jouer avec un casque audio pour bénéficier de l'effet binaural des voix (entendre les chuchotements passer d'une oreille à l'autre, en 3D). Ces voix sont les guides de Senua et elles vous accompagneront tout au long de l'aventure. Il n'y aura pas de tutoriel pour apprendre à vous battre, vous déplacer ou résoudre les énigmes, pas d'incrustation sur l'écran pour indiquer votre vie ou s'il faut appuyer sur telle ou telle touche. De quoi profiter du paysage splendide et s’engouffrer dans l'univers.

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Historiquement, les hallucinations et certains troubles comme l’épilepsie étaient perçus comme des dons des dieux ou des malédictions. Hellblade joue astucieusement sur ces anciennes croyances et mélange psychose et folklore scandinave. Il vous faudra vous risquer à faire confiance aux voix. Certaines vous encourageront. D'autres se moqueront de vous ou vous accableront. Elles crient, elles rient, elles susurrent. "Derrière toi !", "Tu ne vas pas y arriver", "Pourquoi tu fais ça ? Tu es folle ?"... Une vraie symphonie psychique.

Des énigmes et des combats

La mécanique du jeu est assez traditionnelle. Vous évoluez d'environnement en environnement de façon linéaire, narration forte oblige. Lorsque vous entrez dans une pièce vous découvrirez certaines énigmes pour avancer et franchir des portes vous menant dans les profondeurs de Helheim.

La plupart des verrous sauteront en repérant certaines formes runiques dans le paysage formées par des branches, des ombres. Les premières runes se trouvent facilement mais d'autres, vers la seconde moitié du jeu, vous mèneront la vie dure. Il faudra voyager dans le temps et passer sous certains portails de bois pour révéler des passages cachés, déverrouiller les passerelles... Un grand casse-tête sensoriel. Vous pourrez toutefois compter sur vos visions et vos voix pour vous guider. Rien n'est insurmontable. 

Apprivoiser le rythme de l'épée

Entre les scènes d'exploration, vous aurez droit à des combats. Impossible de savoir s'ils sont réels ou imaginaires mais ils demanderont de la concentration. Certains boss (comme le dieu des Illusions) pourront rappeler au joueur des affrontements de Dark Souls. Un conseil : si vous mourrez un peu trop, n'hésitez pas à baisser la difficulté. Les combats sont exigeants mais finalement la maigreur du bestiaire fait que vous aurez rapidement les bons réflexe. Senua a une palette de mouvements limités : attaque légère, lourde, sautée, garde, esquive. 

Vous disposerez d'une botte secrète : la faculté de ralentir le temps pour enchaîner les coups et faire apparaître certains ennemis invisibles. Dommage de ne pas disposer de quelques capacités supplémentaires ou que votre épée ne fasse pas certains miracles après une bonne moitié de jeu. La difficulté des combats proviendra de la multiplication des ennemis et des voix qui pourront vous déconcentrer. En effet, elles sont très importantes et vous guident dans le rythme mais elles peuvent devenir trop présentes et provoquer un stress. Naturellement, là est l'objectif.

Un mythe intérieur

Le voyage de Senua peut paraître laborieux et répétitif vers le milieu du jeu avant de prendre un tournant bien plus tortueux et sombre. Après son passage sur le pont et l'exploration de certains souvenirs près de l'arbre aux pendus, vous pourrez expérimenter des petits trésors qui toucheront forcément l'une de vos peurs. Senua devra faire face au vide, au feu, aux créatures cauchemardesques, à l'eau. Toutes les phobies sont exploitées. Les falaises de chair et la séquence dans un noir presque absolu à éviter des monstres sont particulièrement effrayantes. 

Le récit se révèle peu à peu en une dizaine d'heures de jeu. La bataille homérique et mythologique du départ prend un tour bien plus intérieur et psychologique en s'approchant de la fin du périple de Senua. Une histoire dense très bien narrée même si l'on peut toujours espérer plus de surprises et de rebondissements. Peu de jeux ont été aussi bien pensés et osent une durée de vie réduite en accordant le prix de lancement à la taille de l'aventure. Hellblade s'affiche à 30 euros contre les 70 euros habituels sur PS4 et PC. Une vraie pépite pour qui aime les contes sombres au coin du feu, murmurés, là, juste derrière votre oreille.

Les plus

- Le plus beau travail sur les voix et les sons du jeu vidéo
- Une histoire courte mais dense qui se s’allonge pas artificiellement
- Une plongée dans les mythes scandinaves
- La beauté des graphismes (expressions faciales, décors, lumières)
- Un rapport qualité-prix très honnête

Les moins

- Senua n'a qu'un seul "pouvoir"
- Certaines énigmes répétitves
- Des ennemis très similaires

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