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"Final Fantasy XV" : un jeu beau, sentimental et nerveux au scénario bâclé

ON Y A JOUÉ - Le nouveau venu de la saga "Final Fantasy" porte les stigmates de sa longue et pénible réalisation.

Gladio, Ignis, Noctis et Prompto seront vos 4 personnages dans "Final Fantasy XV"
Gladio, Ignis, Noctis et Prompto seront vos 4 personnages dans "Final Fantasy XV"
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud

Moins de 30 heures. En y allant lentement et en faisant des heures de quêtes secondaires, de marche dans le désert et de longues balades en voiture. Il nous aura fallu 30 toutes petites heures pour venir à bout de Final Fantasy XV. Les numéros précédents de la saga culte de jeux de rôle japonais (ou JRPG) nous avaient habitué à 60 voire 100 heures de jeux. Final Fantasy XV est un bon jeu, mais ses défauts gâchent l'expérience et demeurent extrêmement frustrants tant il aurait été facile et peu coûteux pour Square Enix de réparer une seconde moitié de scénario totalement inepte.

Tous les éléments étaient pourtant présents pour faire de Final Fantasy XV un digne héritier des numéro VI à X de la saga. Des jeux qui restent encore des monuments pour bons nombres de gamers à travers le monde. Revenons point par point sur les succès et les errements des aventures du prince Noctis et des potes/gardes du corps Ignis, Prompto et Gladio, nos quatre protagonistes tout de cuir vêtus partis sauver le monde d'un dangereux péril.

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Bien entendu, ce test contient des SPOILERS. À vos risques et périls...

Des combats jouissifs mais peu stratégiques

Le système de combat est nouveau, frais et dynamique. Le prince Noctis, que vous incarnerez, alterne entre les armes et les sortilèges de son gigantesque arsenal avec punch et naturel. Si vous étiez fans du côté stratégique des combats de Final Fantasy, vous serez déçus. L'impact de vos choix (sortilège de tel ou tel élément, choix d'arme, de personnages, compétences) est minime. Le combat est surtout une histoire de tempo et de positionnement. Savoir qui attaquer et quand se protéger est fondamental. Une fois la maîtrise de cette technique d'attaque/riposte acquise, vous n'aurez plus grand chose à apprendre.

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La magie, de sa conception à son utilisation, fait grincer des dents. Pour réaliser un sort, il vous faut déjà trouvez des essences de foudre, de feu ou de glace, mélanger le tout avec des objets et hop, vous avez des petites grenades qui explosent dans de grands effets pyrotechniques très réussis. L'eau gèle, l'herbe brûle... mais vos trois compagnons aussi. Du coup, on a tendance à ne pas faire usage de ces puissants atouts de peur d’abîmer notre équipe. Intégrer quelques commandes à Noctis qui permettrait de demander à ses amis de s'éloigner des ennemis que l'on cible aurait été une riche idée. Récupérer ces essences magiques ailleurs qu'aux multiples zones de campement aussi. Le système pourtant décrié de la "magie volée aux ennemis" de Final Fantasy VIII apparaîtrait comme un système ingénieux en comparaison. La magie est aussi purement offensive. Ne comptez pas des boucliers (c'est dommage on en voit dans Kingsglaive ou encore dans des cinématiques) ou des sorts plus stratégiques d’altération d'état. La meilleure défense dans FFXV, c'est résolument l'attaque.

Autre élément rageant : une partie de l'intrigue consiste à accumuler la force de six dieux, les fameuses invocations typiques de Final Fantasy : Ifrit, Shiva, Ramuh, Titan, Bahamut et Léviathan. Mais ils n'interviendront en combat qu'à des moments inopportuns (fin d'un combat) ou scriptés. Vous ne maîtrisez rien. L'un des combats finaux sert d'ailleurs exclusivement à la démonstration des pouvoirs de Shiva et Bahamut, acquis durant la dernière heure. En 30 heures, seules six invocations ont été lancées par le jeu (deux fois Ramuh et une fois pour chacun des autres). On attend toujours de découvrir Ifrit autrement que comme un boss de fin. Pour les combats il ne servent pas à grand chose... et dans le scénario aussi.

Une histoire et des personnages tristement expédiés

Le jeu Final Fantasy XIII avait reçu un accueil très (très) mitigé. On lui reprochait une construction en deux parties : un long couloir d'abord et un monde ouvert ensuite. On attaquait aussi une histoire inutilement complexe. Final Fantasy XV réussi l'exploit de se séparer de cet héritage difficile... pour faire le contraire. FFXV nous laisse accéder à un monde ouvert très agréable en première partie avant de nous infliger un ridicule couloir scénaristique et physique en seconde partie. Tout commence par l'arrivée à Altissia, une sorte de Venise fantastique dans laquelle on doit retrouver le personnage de Lunafreya, la fiancée du héros Noctis qui semble détenir les clefs pour sauver le monde. Après une agréable mais très courte joute verbale et politique avec la Première ministre de la ville, commence alors une série d'incohérences folles et de raccourcis

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La ville est détruite par Léviathan après un combat qui rappelle le meilleur de Dragon Ball Z dans sa débauche d'effets visuels. Lunafreya se fait poignarder par le grand méchant de l'histoire (dont on devine le rôle dès la première rencontre, même depuis Kingsglaive) ; une mort sacrificielle inspirée de celle d'Aeris dans Final Fantasy VII, touchante mais qui n'aurait été que plus forte si on avait pu connaître mieux le personnage de Lunafreya qui reste dans un rôle de princesse dévouée très cliché. Notre ami Ignis perd la vue et la totalité de la très belle ville d'Altissia qu'on a pu découvrir 10 minutes à peine se fait atomiser dans les événements. Investir autant de travail dans la construction d'une superbe ville pour ne pas l'utiliser plus en en avant est incompréhensible. Les créateurs auraient pu facilement concevoir 10 heures de jeu autour de cette ville et de sa région.

Le reste du jeu est un grand tunnel. Littéralement. Les personnages restent dans un train qui les amène de ville en ville jusqu'à la grande capitale de "l'Empire des grands méchants"... Le niveau final consiste à se déplacer dans une base désolée, sans ses armes et ses compagnons, armée d'une simple bague magique. La totalité du système de jeu est abandonnée pendant de très longues heures. Une façon de faire perdre pied le joueur comme Noctis perd pied... mais cette séquence est bien trop pauvre pour résister à la critique. L'équipe de Square Enix a même annoncé vouloir patcher ce chapitre 13 pour améliorer son déroulement et sa narration. Ne revenons même pas sur les morts aberrantes des personnages de l'empereur Ideldoras Aldercapt ou de Ravus, le frère de Lunafreya. Chacun aurait mérité des cut-scenes et des dialogues. Final Fantasy XV les exécute sans même qu'il ne soient vraiment nés dans l'esprit et le cœur des joueurs. Il en va d'ailleurs de tous les personnages sauf des 4 principaux. On sent qu'on devrait ressentir quelque chose et... rien ne se passe. FFXV aura des extensions scénaristiques, peut-être que la version complète dans un an aura comblé ses failles. Un conseil : regardez impérativement le film Kingsglaive et la série Brotherhood sur YouTube avant de lancer le jeu. Ça rendra le tout moins abscons.

Où est la personnalisation ?

Final Fantasy est une saga de jeux de rôle. Un jeu de rôle se définit par une capacité à personnaliser son héros et le déroulé de l'histoire. Le héros sera amené à faire des choix qui impactent les destins des personnages secondaires et principaux voir l'univers même du monde dans les jeux les plus ambitieux. Ici, Noctis ne fait strictement aucuns choix. Il peut jouer le blasé ou l'optimiste dans ses quelques réponses mais cela ne change rien en terme d'intrigue. On est très très loin d'un Dragon Age, Mass Effect, The Witcher, Skyrim ou encore Baldur's Gate. Final Fantasy n'a jamais eu ce talent pour les scénarios en arborescence mais il aurait été intéressant de voir le résultat. Hajime Tabata avait promis une petite révolution avec FFXV. Elle n'est pas là.

Il y a une petite liberté dans la première partie du jeu. Vous pouvez réaliser les quêtes annexes dans l'ordre qui vous plaira. De la pêche, des chocobos, des armes, l'amélioration de la voiture. Vous pourrez réaliser ces quêtes peu scénarisées et assez répétitives dans leur dispositif à votre guise. Notons d'ailleurs sur ce dernier point, le côté parfaitement insupportable de valider les quêtes dans ce FFXV : une quête aura toujours pour objectif d'aller d'un point A à un point B, puis de retourner au point A pour aller au point C avant de revenir au point A et ainsi de suite. Noctis dispose d'un smartphone mais a aucun moment - si ce n'est pour la première quête - il ne l'utilise pour dire au donneur de quête : "C'est bon j'ai récupéré cette caisse de flageolets" (vraie quête) ou "les monstres ont été tués" pour enchaîner les quêtes avec plus de fluidité. Beaucoup de randonnée en perspective. Des ballades que vous remplacerez rapidement par des courses en chocobos ou des voyages rapides avec votre très jolie voiture.

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Final Fantasy XV ne connait pas non plus de système de classe, vous ne pouvez équipez que vos armes et un ou deux accessoires. Vous pouvez à la marge changer les tenues, mais le choix est surtout esthétique. Final Fantasy XV est un jeu d'aventure et d'action, mais les éléments de jeu de rôle ont été grandement allégés. Les amateurs de personnalisation grinceront. Les autres se concentreront sur le gameplay très réussi (sauf quand la caméra fait des siennes).

Retourner dans le monde ouvert après la fin

La vraie réussite de FFXV reste dans la conception de son monde ouvert, la découverte des différentes régions, la réalisation graphique de haute volée, les combats pêchus, les animations et l'alchimie entre les 4 amis. On aurait aimé conduire vraiment la voiture qui ne bouge pas de son rail invisible. On aurait apprécié plus de scénarisation des quêtes, moins de livraisons, un monde ouvert dans lequel serait tissé une histoire qui tient et non ce collage indigeste. Malgré la déception de la seconde partie, on a hâte de retourner se balader dans le grand monde d'Eos, vaincre de gros monstres de la taille d'une montagne (oui, une vraie montagne), refaire de bons petits plats avec Ignis, pêcher avec Noctis ou prendre des photos avec Prompto. 

Final Fantasy XV est un road-trip et comme tout voyage il n'y a que le trajet qui plait et dont on se souviendra, peu importe la destination finale et le désenchantement que toute arrivée à destination provoque.

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Les plus

- Graphiquement très beau
- Des combats fluides et dynamiques
- Quatre héros attachants (que l'on veut connaître bien plus)
- Des cinématiques stupéfiantes
- Les chocobos
- Les plats d'Ignis qui nous donneraient presque envie de faire la cuisine
- La première partie et le monde ouvert
- Les voix françaises très réussies et la musique enchanteresse

Les moins

- La seconde partie du jeu
- Le scénario bâclé
- Les quêtes répétitives où on nous prend pour un livreur
- Une caméra capricieuse
- Des lieux inaccessibles 
- Des personnages secondaires maltraités
- Le manque de cut-scenes

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