6 min de lecture Littérature

Grand Prix RTL-Lire 2020 : découvrez les 5 finalistes et leurs romans

Comme chaque année, cinq nouveaux romans viennent d'être sélectionnés pour remporter le prix RTL-Lire.

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"La soustraction des possibles", entretien avec Joseph Incardona Crédit Image : Daniel ROLAND / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date :
Bernard Lehut
Bernard Lehut et Aymeric Parthonnaud

RTL et le magazine LIRE suivent de près l’actualité littéraire française. Chaque année, les
deux rédactions mettent en compétition, pour le Grand Prix RTL-LIRE, une première
sélection de 10 romans qui marquent la rentrée de janvier, puis ce vivier est divisé par deux au cœur de l'hiver. 

Ils ne sont plus que cinq à compter parmi les finalistes du Grand Prix RTL-Lire pour cette édition 2020 : Joseph Incardona, Gaëlle Nohant, Sandrine Collette, Régis Jauffret et Frédérique Clémençon. C'est le 19 mars que l'on connaîtra le ou la lauréate du Grand Prix RTL-LIRE.

Les cinq romans finalistes sont :
- Les méduses de Frédérique Clémençon (Flammarion)
- Et toujours les forêts de Sandrine Collette (JC Lattès)
- La soustraction des possibles de Joseph Incardona (Finitude)
- Papa de Régis Jauffret (Le Seuil)
- La femme révélée de Gaëlle Nohant (Grasset).

Ces titres seront soumis à vingt libraires choisis dans autant de villes qui ont composé des jurys nationaux au sein de leur clientèle. Cent lecteurs, de tous âges et de toute catégories socioprofessionnelles, choisiront le lauréat qui, en mars, succèdera à Joseph Ponthus

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Cette année, le jury est composé de Philippe Labro, Jacques Esnous, Baptiste Liger, Bernard Lehut, Jean-Pierre Tison, Louis-Henri de La Rochefoucauld, Gladys Marivat et Josyane Savigneau. RTL a eu le plaisir d'interroger les cinq finalistes et de vous faire découvrir leurs remarquables ouvrages dans Laissez-vous tenter. 

1- "La soustraction des possibles"

La soustraction des possibles de l'auteur suisse Joseph Incardona est un livre magistral, un roman total, à la fois un polar mêlant le monde de la finance et le grand banditisme, un roman d'amour fou et une charge contre l'argent-roi... 

Tout commence à Genève avec Aldo, prof de tennis et gigolo pour ces dames de la haute. Aldo en veut toujours plus. Nous sommes à la fin des années 80, le début de la mondialisation, les Golden Boys, la chute du mur de Berlin... l'argent n'a jamais autant circulé. Aldo est recruté par des banquiers peu scrupuleux comme passeur de devises entre la Suisse et la France. Il rencontre Svetlana, une jeune et splendide financière d'origine tchèque. Coup de foudre pourtant improbable ! Deux amants magnifiques qui montent le coup du siècle, profiter de ces millions qui passent à leur portée. Tentation fatale...

On gagne rarement à s'attaquer à plus fort, plus riche et surtout plus féroce que soi. Joseph Incardona livre ici une mécanique infernale et propose, l'air de rien, une réflexion puissante sur le déterminisme social, le mirage des possibles, la manipulation, le mal. L'écrivain suisse a également soigné sa documentation... Les scènes les plus inouïes ne doivent rien à la fiction surtout dans ces années 80 où l'argent rend fou.

Dernier plaisir et pas des moindres de La soustraction des possibles de Joseph Incardona, l'auteur se glisse dans l'intrigue, la commente, juge ses personnages, interpelle le lecteur. On sort bluffé, secoué de la lecture de La soustraction des possibles comme l'a été Pierre Lemaitre, l'auteur de Au revoir là-haut qui a publié un tweet très élogieux et remarqué il y a 15 jours. Le Suisse publie La soustraction des possibles aux éditions Finitude.

"La soustraction des possibles"
"La soustraction des possibles" Crédit : Finitude

2- "La femme révélée"

Attention, voici de la graine de best-seller ! La femme révélée de Gaëlle Nohant est un livre admirable en tout point, de la couverture - un superbe portrait de femme en noir et blanc du grand photographe américain Saul Leiter - à l'intrigue, puissante et bouleversante, l'écriture, impeccable, et surtout l'héroïne que vous n'êtes pas près d'oublier ! De livre en livre, Gaëlle Nohant s'affirme comme l'une de nos meilleures romancières, capable d'aborder des thèmes universels à travers des personnages, des destins singuliers et toujours sur un fond passionnant de grande histoire.

C'était déjà le cas dans ses deux précédents ouvrages, avec l'incendie du bazar de la charité dans La part des flammes ou avec le poète Robert Desnos dans Légende d'un dormeur éveillé. Qui est, cette fois, La femme révélée que publie Gaëlle Nohant chez Grasset ? Une Américaine, Eliza Donneley, mariée, mère d'un petit garçon. Nous sommes au début des années 50 à Chicago où les noirs subissent une effroyable ségrégation qui scandalise cette jeune femme de la bourgeoisie blanche et progressiste. Au début du livre, on la découvre à Paris dans un hôtel miteux, quasiment sans le sou, seule et sous un nom d'emprunt, Violet Lee. Que s'est-il passé au point de lui faire fuir précipitamment l'Amérique et d'abandonner son fils ? 

À Chicago, Eliza avait une passion, la photographie et un appareil Rolleiflex qui ne la quittait jamais. À Paris, Eliza alias Violet, découvre l'effervescence de Saint-Germain-des-Près mais aussi le monde des marginaux, elle apprend une indépendance nouvelle, la liberté et croise l'amour. 

Et parmi les secrets d'Eliza, il y a aussi ce fils qu'elle n'a pas vu grandir de l'autre côté de l'Atlantique. Toute sa vie est tendue vers l'espoir de le retrouver, de le rejoindre. Ce jour arrive enfin, nous sommes en 1968, autre temps, autre pays et autre ambiance, là encore tout aussi magistralement restitués que le Paris des années 50. Les noirs luttent pour leurs droits civiques, les étudiants protestent contre la guerre du Vietnam, Martin Luther King et Bob Kennedy viennent d'être assassinés, Chicago est une ville en ébullition où Eliza va tenter de renouer avec ce fils, devenu un adulte engagé dans les combats politiques de l'époque.

"La femme révélée"
"La femme révélée" Crédit : Grasset

3- "Les méduses"

Frédérique Clémençon signe chez Flammarion un roman à la construction très originale et empreint d'une profonde humanité, un ressenti lié sans doute au lieu autour duquel gravitent les personnages imaginés par l'auteure : un hôpital, quelque part au sud de la Loire...

N'ayez pas peur, "hôpital" n'est pas ici synonyme de "déprime". D'excellents romans se sont écrits dans un tel décor, comme par exemple Réparer les vivants de Maylis de Kérangal. Ensuite, l'hôpital ici n'est que l'épicentre, le carrefour, par où va passer une formidable galerie de personnages, acteurs de plusieurs histoires entremêlées, huit pour être précis, une ronde magistralement menée par Frédérique Clémençon.

Reste qu'avec l'hôpital, la romancière fait un choix qui colle tout à fait à l'air du temps. L'hôpital en crise, reflet d'une société qui l'est tout autant et pour donner plus de justesse à son livre, l'écrivaine a partagé pendant plusieurs semaines la vie d'un hôpital. 

Et elle est là, la prouesse des Méduses : conjuguer cette plongée dans l'intimité des personnages, dans et hors de l'hôpital, et la dimension quasi sociologique et documentaire du roman. On s'attache à Hélène, la jeune veuve infirmière qui élève seule le petit Paul, à sa collègue Delphine mystérieusement attirée par l'un de ses patients, Samir, à Pierre et Rémi, les neurochirurgiens aux destins tragiquement croisés, à une bande d'ados intrépides. De l'humain à pleine page !

"Les méduses"
"Les méduses" Crédit : Flammarion

4- "Papa"

Régis Jauffret est le doyen des finalistes, 25 livres au compteur, le plus capé avec son prix Femina en 2005 pour Asile de fous, attiré par la noirceur humaine et doté d'une plume trempée dans l'acide. Et le voilà, à 64 ans qu'il nous surprend avec un livre pour la première fois très personnel et bienveillant consacré à son père, Alfred, mort il y a plus de 30 ans à Marseille. 

Un livre qu'il n'aurait sans doute jamais écrit s'il n'avait pas vu à la télé un soir de septembre 2018 un documentaire sur l'Occupation. Ignorant tout de cet épisode de la vie de son père, Régis Jauffret va chercher à percer le mystère de cette stupéfiante archive. Qu'apprendra-t-il ? Nous allons laisser ici le plaisir de la découverte mais le livre sachez qu'il s'agit de la tentative d'un fils de retrouver et de comprendre un père dont il n'a eu que "quelques miettes, une pincée de papa" comme il l'écrit.

Dans "son inextinguible soif de père" que l'écriture de son livre étanchera, Régis Jauffret redonne même naissance à l'homme qu'il n'a pas connu, celui d'avant sa propre arrivée au monde. Mais pourquoi Régis Jauffret a-t-il attendu si longtemps pour savoir qui était ce père enfermé dans le silence et la maladie ? Parce qu'enfant, il avait honte de cet homme diminué, "le pauvre Alfred" comme on l’appelait, et qu'il redoutait d'hériter de sa surdité. Devenu adulte, il a caché dans sa mémoire celui qu'il croyait n'être qu'un "personnage secondaire" de sa vie jusqu'au cataclysme intime déclenché donc par l'image d'Alfred arrêté par la Gestapo, prélude à la déclaration d'amour, trop longtemps tue, du fils à son père.

"Papa"
"Papa" Crédit : Seuil

5- "Et toujours les forêts"

Sandrine Collette signe un envoûtant roman de fin du monde ! Un jeune homme, Corentin, découvre, en remontant à la surface après une nuit passée dans les catacombes que la Terre entière a été ravagée par un immense incendie dont, comme lui, nous ne saurons rien de plus. Corentin, seul au monde, va tenter de se réfugier dans les forêts où il a grandi aux côtés d'Augustine, son arrière-grand mère, une femme rude mais aimante. Nous l'accompagnons dans son errance sur une Terre aux paysages de cendres magistralement décrits par Sandrine Collette et on ne peut s'empêcher de penser aux images qui nous viennent d'Australie ces dernières semaines.

Sandrine Collette est bien une orfèvre de l'angoisse et ce qu'elle nous propose ici, c'est d'abord et surtout un roman noir d'une rare puissance. Le chemin chaotique et périlleux de son héros Corentin sur cette Terre réduite en cendres va vous scotcher tout comme le combat intérieur de Corentin entre l'instinct de survie, sa part animale, et son besoin d'espérance et d'amour. Dans cet enfer post-apocalyptique, son compagnon le plus fidèle sera un chien aveugle, formidable trouvaille, merveilleux personnage. 

"Et toujours les forêts"
"Et toujours les forêts" Crédit : JC Lattès
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