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Clémentine Beauvais ("Les facétieuses"), l'enchanteresse de la littérature jeunesse

RENCONTRE - L'écrivaine franco-britannique publie "Les facétieuses" chez Sarbacane. Un roman magique à l'écriture heureuse. Clémentine Beauvais vient d'achever une tournée de dédicaces et de rencontres. Rencontre avec une écrivaine talentueuse dont chaque livre est un petit bijou littéraire.

Clémentine Beauvais
Clémentine Beauvais
Crédit : Editions Sarbacane
Clémentine Beauvais ("Les facétieuses"), l'enchanteresse de la littérature jeunesse
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Laurent Marsick

À 33 ans, Clémentine Beauvais n'en finit pas de nous étonner. Née en France, Clémentine Beauvais vit au Royaume-Uni et en observe les habitants avec curiosité depuis presque douze ans. Arrivée étudiante dans un collège de Cambridge, elle est aujourd’hui enseignante-chercheuse en sciences de l’éducation à l’université de York. Elle est l’autrice d’une vingtaine de livres, dont Les Petites Reines, un succès retentissant (50.000 exemplaires vendus et lauréat de nombreux prix) confirmé dès l’année suivante avec le somptueux Songe à la douceur (plus de 35.000 exemplaires vendus), Âge Tendre...
Depuis quelques semaines, son dernier roman est un des, sinon *le* succès littéraire de la rentrée au rayon jeunesse. Dans Les Facétieuses, l'autrice nous plonge dans l'univers (supposé) des "Bonnes fées". 
"Cette enquête, cette recherche, ce récit... Je ne sais pas trop comment l'appeler, en tout cas pas un roman : ce n'est pas un roman", explique dès les premières pages Clémentine Beauvais qui est l'héroïne de sa propre histoire. Nous avons rarement lu avec autant de gourmandise un roman comme celui-ci, un essai… un ovni littéraire. Clémentine Beauvais déploie tout son talent, et son humour (souvent pince-sans-rire, mais toujours drôle, heureux, ciselé, touchant).

Les Facétieuses
Les Facétieuses
Crédit : Clémentine Beauvais / Editions Sarbacane

Nous avons cru en cette histoire au point de poser le livre quelques pages plus loin pour entamer de vagues recherches Google et vérifier les dires de la romancière. Avant de comprendre qu’elle venait d’ensorceler le lecteur que je suis. Ce livre est une enquête sur fond de révolution et de marraine-la-bonne-fée, d’un Louis XVII mort (on imagine) dans d’atroces souffrances...

"Honnêtement, c'était un effet secondaire que je n'avais pas anticipé du tout, explique Clémentine Beauvais. Je ne pensais pas que les lecteurs allaient se mettre à faire des recherches sur Google. Je ne sais pas trop comment réagir. Au début, j'étais très étonnée, au point de me dire que ce n'était pas du tout l'effet que je recherchais. Et finalement, je me dis qu'il y a quelque chose dans la confusion entre réel et fiction qui anime tout le livre. Je trouve ça même assez flatteur parce que ça veut dire que le système fictionnel du livre marche assez bien."

Et si les marraines "la bonne fée" avaient vraiment existé ?

Un roman, où clémentine Beauvais convoque ses idoles, ses maîtres à penser. "Ce qui me fascinait. C'était plutôt le côté expérience de pensée. Le livre, pour moi, est vraiment très inspirée de Pierre Bayard, qui est un auteur français (principalement universitaire), maître dans l'art de ce qu'il appelle la critique spéculative. Il se dit : "Et si jamais c'était les auteurs du passé qui s'étaient inspirés des auteurs futurs ?", autrement dit du plagiat par anticipation.

Je trouve cette expérience de pensée super intéressante. Et dans les Facétieuses, l'expérience de pensée c'était : Et si les marraines-la-bonne-fée" avaient vraiment existé ? La manière la plus intéressante pour moi traiter ce sujet, c'était donc sous la forme d'un faux documentaire ou une fausse autofiction qui, justement, rend le tout de plus en plus confus jusqu'à ce qu'on se dise : "où est le réel et où est la fiction dans ce livre ?"

Les mots sont ici choisis avec un soin infini, comme si tout était pensé… Pensé avec soin pour atteindre le centre de la cible à chaque fois et toucher, à coup sûr, le lecteur.
Clémentine Beauvais à ce talent rare de savoir mettre des mots sur ce que nous ne parvenons pas à exprimer. Même sur des choses banales du quotidien. L’histoire racontée ici est tellement incroyable, teintée de magie (sans lourdinguerie), qu’on a du mal à ne pas y croire. Tournée la dernière page (il faut aussi lire l’hommage de l’auteure), la première réflexion a été"et si c’était vrai ?", "et si Clémentine Beauvais avait résolu une des plus grandes énigmes du XVIIIe ?"… 

Étrange magie familiale

Un livre "quête" où se croisent d’improbables Bourdieu, historiens, chercheurs, baguettes magiques et personnages réels (y compris la vraie famille de Clémentine Beauvais). C’est aussi une drôle d’introspection dans la vie supposée (et parfois réelle) de l’autrice. Le tout avec une écriture heureuse, pleine d'humour. "Une constante", explique encore Clémentine Beauvais : "L'humour, c'est une constante, ça, c'est sûr. Parce que j'aime bien tout ce qui a un décalage. Comme avoir une sorte de respiration, une distance à l'intérieur des livres. Ça me parle beaucoup en tant que lectrice, donc ça me parle aussi beaucoup en tant qu'écrivain. Ça permet vraiment de s'assurer qu'on n'a pas un esprit de sérieux si fort que ça. En tout cas quelque chose qui ne nous empêche de réfléchir à un sujet avec un peu de distance."

Les Facétieuses marque aussi la première incursion de Clémentine Beauvais dans la magie. "la magie s'imposait à cause du sujet" explique l'écrivaine, "la question des marraines La bonne fée me trottait dans la tête depuis des années, mais j'imaginais traiter ce sujet plutôt en junior avec une école de bonne fée un peu façon Harry Potter. Je me suis rendu compte que ce n'était pas comme ça que j'avais envie de traiter de ce sujet-là. Ce qui m'intéressait, c'était le côté un peu ambivalent, ambigu de cette figure de la marraine qui est à la fois adorable (on pense à celle de Cendrillon) et qui est en même temps "étrange".

Et l'écrivaine de poursuivre : "J'avais en tête, le personnage de Delphine Seyrig dans Peau d'âne. Elle est marraine, elle est la bonne fée, et en même temps, elle fait subir à Peau d'âne des humiliations pas possibles". C'est la bonne-fée-marâtre. Voilà ce qui m'intéressait pour mon roman. Et au-delà de ça, du coup, on se retrouve dans un monde magique où il est aussi beaucoup question de relations familiales, sociologiques. Cet aspect-là m'intéressait beaucoup plus que l'aspect magique."

Et s'il fallait résumer les Facétieuses (indispensable livre dans toute bibliothèque qui se respecte, aux éditions Sarbacane, 17 euros) nous pourrions emprunter cette jolie citation : “Le récit n'est plus l'écriture d'une aventure, mais l'aventure d'une écriture.” Et Clémentine Beauvais nous enchante avec ce roman. 

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