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Bastien Vivès : inceste, pédocriminalité... Pourquoi son oeuvre secoue le festival d'Angoulême

Le dessinateur contesté, qui devait être l'un des invités de marque du festival, n'aura finalement pas droit à son exposition après la multiplication de critiques et menaces.

Bastien Vivès
Bastien Vivès
Crédit : AFP
Aymeric Parthonnaud & AFP

Le festival d'Angoulême, qui célèbre la bande dessinée chaque année, n'avait certainement pas anticipé une telle levée de boucliers. Le dessinateur Bastien Vivès, accusé de promouvoir l'inceste et la pédocriminalité dans ses oeuvres, était - jusqu'à l'annulation de cette exposition - l'un des invités de marque de l'institution pour sa prochaine édition. Une célébration d'une figure contestée qui a provoqué des réactions sur les réseaux sociaux, au sein du festival, dans le monde de la BD et jusqu'au ministère de la Culture. 

En cause : plusieurs titres de Bastien Vivès qui mettent en scène des mineurs face au sexe, avec des schémas parfois incestueux et des déclarations polémiques sur ce sujet. Dans Une soeur en 2017, une fiction réaliste adaptée à l'écran (Falcon Lake, actuellement en salles), un garçon de 13 ans a des relations sexuelles, pendant des vacances en bord de mer, avec une fille de 16 ans. Bien moins réalistes, Les Melons de la colère en 2011, ainsi que La Décharge mentale et Petit Paul en 2018 montrent des relations sexuelles entre mineurs et majeurs. Face à des accusations de pédopornographie, les enseignes Cultura et Gibert Joseph avaient cessé de vendre Petit Paul.

"Aussi obscène et provocatrice qu'on puisse la considérer, cette œuvre de fiction n'a jamais pour vocation de dédramatiser, favoriser ou légitimer l'abus de mineur de quelque manière que ce soit", s'étaient défendues les éditions Glénat en 2018. À 38 ans, Bastien Vivès a pratiqué le roman graphique sophistiqué (Polina, 2011), le "manga à la française" (Lastman, 2013-2019) ou encore la reprise du personnage de Corto Maltese (Océan noir, 2021).

Effet boomerang

Cette star du 9e art devait être à l'honneur avec l'exposition Dans les yeux de Bastien Vivès, prévue à Angoulême pendant le festival de la bande dessinée, fin janvier. Une pétition en ligne, dénonçant "la banalisation et l'apologie de l'inceste et de la pédocriminalité" et exigeant la déprogrammation de l'exposition, a recueilli plus de 100.000 signatures à l'heure où nous écrivons ces lignes. Elle a été lancée par Arnaud Gallais, fondateur du mouvement BeBrave France qui milite contre l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.

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"J'en ai rien à cirer que ce mec ait le droit de faire ses BD immondes (je ne suis pas pour l'interdire). Juste on peut demander que le principal festival de BD évite de le mettre en avant", a estimé de son côté la militante féministe Caroline de Haas. Outre certaines BD, les détracteurs de Bastien Vivès ont relevé d'anciennes prises de position. "L'inceste, moi ça m'excite à mort", lançait-il dans un entretien avec le magazine Madmoizelle en 2017. Pour ses défenseurs, il est évident qu'il plaisantait.

Il ne riait pas en revanche quand il s'en prenait violemment, caché derrière un pseudonyme sur Facebook, à une autre autrice de BD, Emma, révélée en 2017 avec la publication d'une série de dessins féministes qui avait popularisé le concept de charge mentale. "Message niveau 2 ans d'âge mental", "ne sait pas dessiner", et appels à la violence sur les enfants de la dessinatrice... Lundi, Emma republiait ces messages vieux de cinq ans, et qualifiait Bastien Vivès d'auteur de plusieurs "BD pédopornographiques".

"Non, ce n'est pas mon fantasme"

Aujourd'hui, cette virulence s'est retournée contre l'auteur, qui a expliqué avoir "reçu beaucoup de menaces sur les réseaux" et avoir déposé une main courante. "J'ai largement de quoi déposer plainte. On m'y encourage mais je ne suis pas très procédurier", a-t-il déclaré au Parisien le 12 décembre 2022, répétant : "Non, je ne suis pas pédophile et non, ce n'est pas mon fantasme. Si on veut lire honnêtement mes oeuvres, on s'en rend compte facilement".

La ministre de la Culture Rima Abdul Malak a estimé le 13 décembre que "certains propos" passés de Bastien Vivès "ne sont pas acceptables", en disant "comprendre l'émoi", dans une interview au Parisien. Mais "ce n'est pas l'exposition en elle-même qui pose problème", a-t-elle souligné, ajoutant qu'on "ne peut pas réduire cet auteur à deux bandes dessinées et quelques phrases dites en interview".

Le Festival a annoncé ce 14 décembre l'annulation pure et simple de l'exposition après les "menaces" reçues par l'auteur. "Des menaces physiques ont été proférées vis-à-vis de Bastien Vivès. Il n'est dès lors pas possible pour l'événement d'envisager que sa programmation puisse faire peser de tels risques sur un auteur et, potentiellement, dans quelques semaines, sur ses festivaliers", a écrit la direction du Festival dans un communiqué.

Des auteurs ont pris position dans le débat, certains soutenant Bastien Vivès comme Jean-Marc Rochette (Grand Prix RTL de la BD 2022), estimant sur Facebook que ce dernier était cloué "au pilori sans autre forme de procès".

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