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"Race blanche" : pourquoi la "race" n'existe pas chez l'Homme

DÉCRYPTAGE - Nadine Morano a utilisé le mot "race" pour qualifier l'être humain. Un terme scientifiquement faux.

Nadine Morano le 27 mai 2014 à Paris (archive).
Nadine Morano le 27 mai 2014 à Paris (archive). Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
Journaliste RTL

"La France est un pays de race blanche", assure Nadine Morano. Une déclaration à côté de laquelle personne n'a pu passer. Levées de boucliers, indignations et sanctions politique probables de la part des Républicains, Nadine Morano pourrait payer cher sa sortie sur le plateau d'On n'est pas couché. Mais au-delà de la polémique, il est sans doute utile de comprendre pourquoi le terme "race" est tout simplement faux. 

Anthropologues, sociologues et généticiens ont depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale battu en brèche les théories raciales voir racistes en vogue au cours du XIXe siècle et lors de la première moitié du XXe, et qui ont conduit aux politiques de colonisations et à l'horreur de la solution finale nazie. C'est à cause de raccourcis basés sur une "étude" de la morphologie que les savants de l'époque ont établi des races, sans doute pas destinées à établir des hiérarchies au départ. Des bases d'études fausses, car superficielles, mais sur lesquelles se sont construites les pires thèses raciales.

Les gènes, eux, n'ont pas de race

André Laganey
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"Au début des recherches en génétique, les scientifiques, qui avaient en tête des classifications raciales héritées du siècle dernier, pensaient qu’ils allaient retrouver des gènes des jaunes, des noirs, des blancs…", explique le généticien français André Laganey, spécialiste de la génétique des populations. "Eh bien, pas du tout, on ne les a pas trouvés. Dans tous les systèmes génétiques humains connus, les répertoires de gènes sont les mêmes", confirme-t-il. 

Les classifications effectuées étaient arbitraires, selon le spécialiste, car basées sur des critères extérieurs. "Les gènes, eux, n'ont pas de race. C'est une idée difficile à admettre tant elle est contraire à notre habitude de décrire nos semblables par des caractères approximatifs et apparents", précise Anfré Laganey dans une interview donnée à L'Humanité en 1996. Génétiquement, il n'y a donc pas de base permettant de classifier les humains par race.

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La différenciation raciale intervient donc sur de faux critères biologiques. Ainsi Claude Levi-Strauss, anthropologue et ethnologue français, membre de l'Académie française, affirme que "c’est uniquement par la culture que les groupes humains ou sociétés se départagent et se différencient ; pas selon la nature que serait la nature biologique". Ce n'est donc pas la biologie mais l'anthropologie, les habitudes culturelles et sociales qui font les différences. En conséquence, Claude Levi-Strauss indique que "le racisme consiste précisément dans le contraire, soit à faire d’un phénomène culturel, un phénomène prétendument physique, naturel et biologique".

Les migrations rendent le concept de "race" inapplicable à l'Homme

Il n'est donc pas possible scientifiquement de cloisonner des personnes en races en partant d'une apparence physique. Dans le cas de Nadine Morano, il est délicat de définir une "race" à partir de la pigmentation de la peau car toutes les nuances existent au sein de l'espèce humaine. Où mettre la frontière entre blanc ou noir par exemple ? Que deviennent les métisses qu'il est alors impossible de classifier rigoureusement

Feu Albert Jacquard, chercheur français spécialiste de la génétique des population et membre du Comité consultatif national d'éthique, explique que pour parler de "race" il faudrait qu’un groupe reste isolé un nombre de générations égal au nombre d’individus qu’il comporte. Si un groupe est composé de 100 individus, il faudrait qu'ils restent isolés 2.000 ans avant qu'il puissent être considérés comme une "race" à part (en considérant qu'une génération dure 20 ans). Une choses impossible dans l'histoire de l'Homme, tant les migrations n'ont jamais cessé.

La République l'abroge, l'Unesco le combat

Pour comparer, il a fallu 20.000 ans au lupus, le loup, pour se séparer des races de chiens pour devenir un chien lui-même. Aujourd'hui peu de races de chiens sont interfécondes avec le loup. À ce jour, tous les types d'hommes sont interféconds. Pour compléter la démonstration, l'Unesco s'est attelée après la Seconde Guerre mondiale à déconstruire les théories raciales en faisant appel à des scientifiques chargés de tirer la question au clair.

En 1950, La question de la race était publiée, une oeuvre à laquelle avaient participé Claude Levi-Strauss et Albert Jacquard et dans laquelle il est précisé que le terme "race" n'a aucun fondement scientifique. Il n'existe qu'une seule race: l'homo sapiens, soit l'intégralité de l'humanité. En 2013, l'Assemblée nationale française supprimait par un vote le mot "race" de la législation. Dans le premier article de cette loi, il est spécifié que "la République combat le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie. Elle ne reconnaît l'existence d'aucune prétendue race". Néanmoins, le mot "race" figure toujours dans le préambule de la Constitution de 1946, intégré à celle de la Ve République de 1958. François Hollande avait promis lors de sa campagne de modifier cela mais ne l'a toujours pas fait à ce jour. 

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