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La Terre va enfin savoir s'il y a eu de la vie sur Mars

La Nasa tente un atterrissage à haut risque jeudi soir à 21h55 à la surface de Mars. Le coup d'envoi d'une saga de dix ans visant à obtenir des traces de vie passée dans les vestiges des lacs et des rivières qui coulaient sur la planète rouge il y a 3,5 milliards d'années.

Vue d'artiste de la mission Mars 2020 de la Nasa à l'approche de Mars
Vue d'artiste de la mission Mars 2020 de la Nasa à l'approche de Mars Crédit : HANDOUT / NASA / AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Curiosity ne sera bientôt plus seul sur Mars. L'unique robot téléguidé en activité sur la planète rouge doit être rejoint ce 18 février par un nouvel astromobile opéré par la Nasa. Si tout se déroule comme prévu, la mission Mars 2020 posera ses roues à la surface de l'astre aux alentours de 22h (heure française) au terme d'un périple de 480 millions de kilomètres ponctué par sept longues minutes de terreur, la formule consacrée pour désigner l'atterrissage du vaisseau en autonomie totale à 200 millions de kilomètres de la Terre. 

Partie de Floride le 30 juillet dernier, la mission américaine est la dernière des trois aventures spatiales lancées cet été à atteindre Mars ces jours-ci. Un triplé inédit que l'on doit à l'alignement favorable qui survient tous les deux ans lorsque les deux planètes sont situées du même côté du Soleil. 

Contrairement à la sonde Hope des Émirats arabes unis et au vaisseau chinois Tianwen-1, la capsule américaine ne va pas chercher à s'insérer dans l'orbite de Mars. La Nasa n'a plus besoin de s'embarrasser de ce genre de précautions. Elle dispose déjà d'orbiteurs dans la région et depuis Sojourner, le premier rover américain à avoir roulé sur Mars en 1996, elle est la seule agence spatiale à maîtriser la périlleuse séquence EDL ("entry, descent, landing") durant laquelle aucune intervention humaine n'est possible.

La capsule américaine va donc aller à l'essentiel. Filant à plus de 20.000 km/h, elle va pénétrer dans l'atmosphère de Mars puis freiner des quatre fers en ouvrant un gigantesque parachute supersonique, larguer son bouclier thermique et allumer les huit rétrofusées de son atterrisseur avant de déployer une grue volante pour aller déposer sa précieuse cargaison en douceur sur la caillasse martienne : le gros rover Perseverance et son laboratoire scientifique embarqué ultra-sophistiqué.

Le début d'une aventure spatiale de 10 ans

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Une fois reçue une preuve de vie du robot - un premier panoramique de son site d'atterrissage - avec onze minutes de décalage, la Nasa pourra donner le coup d'envoi de l'une des aventures spatiales les plus chères de l'histoire, un attelage à 2,5 milliards de dollars, dont le principal objectif sera de collecter des échantillons de roches et ensuite de les ramener sur Terre pour les analyser. 

La mission de Perseverance est prévue pour durer au moins une année martienne, soit 687 jours terrestre, le temps d'explorer le cratère Jezero qui abritait des lacs et des rivières il y a 3,5 milliards d'années de cela. Mais c'est bien "le début d'une saga de dix ans" dont il s'agit, souligne l'astrophysicien Francis Rocard, responsable du programme d’exploration du système solaire au Centre national d’études spatiales (Cnes), joint par RTL.

"On va sur Mars pour chercher des biosignatures, des preuves de vie extraterrestre ancienne, explique le spécialiste, auteur de Dernières nouvelles de Mars aux éditions Flammarion. On pense que la vie y est apparue il y a 3,5 à 4 milliard d'années. Elle s'est éteinte depuis, car Mars est devenu un désert glacé où l'eau liquide n'est plus présente à la surface". 

La mission doit permettre de caractériser plus précisément l'histoire géologique de Mars. Des observations précédentes ont permis de détecter la présence de minéraux argileux dans les sols de l'ancien delta du cratère Jezero où l'eau coulait auparavant. Les scientifiques veulent aller voir de plus près si les vestiges sédimentaires de ces vieux lacs abritent des traces fossiles de matière organique, comme des dépôts de carbonate, des minéraux qui se forment dans l'eau dans des conditions particulières suggérant un environnement habitable.

Le robot sera guidé par une SuperCam française

Pour répondre à ces questions, Perseverance va collecter des échantillons en forant le sol martien. À l'aide d'un bras articulé de 2,20 m de long, le robot va prélever des petites carottes, des échantillons d'un centimètre de large sur une dizaine de centimètres de long, qui seront stockés dans des tubes et scellés de façon étanche pour être récupérés ultérieurement. 

Perseverance sera aidé dans ses recherches par une caméra chimique et minéralogique ultra sophistiquée de conception française, SuperCam, qui utilise un laser pour sonder la matière des roches et déterminer les endroits où le rover doit effectuer ses prélèvements. 

"En réalisant de petites ablations et en faisant vibrer les molécules pour obtenir les liens entre les atomes, on va pouvoir connaître la matière et la composition chimique des roches qui nous entourent", explique William Rapin, chercheur au CNRS et planétologue, l'un des experts français impliqués dans l'analyse des données récoltées par le rover.

Perseverance va collecter des échantillons de roches sédimentaires sur Mars qui seront ramenés sur Terre dans la prochaine décennie
Perseverance va collecter des échantillons de roches sédimentaires sur Mars qui seront ramenés sur Terre dans la prochaine décennie Crédit : HANDOUT / NASA / AFP

Tous les jours, à 200 millions de kilomètres de Mars, près de 300 scientifiques français seront à pied d'oeuvre, en lien avec le Cnes et les États-Unis, pour interpréter les données transmises à la Terre par le rover et choisir les meilleures cibles à viser pour les prochains forages. Le programme du lendemain lui sera envoyé chaque fin de journée via un satellite relais pour qu'il puisse l'exécuter à son réveil après avoir dirigé ses antennes vers la Terre.

Au fil de son périple, Perseverance déposera le fruit de ses découvertes sur le bord de la route par petits tas pour qu'ils soient collectés lors d'une future mission d'ici une dizaine d'années. Car le robot n'est pas capable de détecter lui-même la signature d'un organisme vivant. 

"Les instruments nécessaires pour caractériser les vestiges de formes de vie passée sont lourds. On ne peut pas envoyer sur Mars des laboratoires de plusieurs centaines de tonnes permettant d'analyser la matière à l'échelle atomique et moléculaire. La clé du programme, outre l’inspection géologique, ce sera de ramener les échantillons sur Terre", explique William Rapin.

Les échantillons ne parleront pas avant longtemps

Le retour des échantillons martiens dessinera un scénario au moins aussi complexe que celui de la collecte, nécessitant pas moins de trois lancements depuis la Terre et un depuis la surface de Mars. La Nasa et l'Agence spatiale européenne sont déjà en ordre de bataille pour préparer ces missions de récupération qui pourraient partir à horizon 2026 et mettre cinq années à effectuer l'aller-retour. 

Une fois sur Terre, les échantillons devront d'abord transiter par des laboratoires à très haute sécurité similaires à ceux qui sont utilisés pour les virus les plus dangereux avant de pouvoir envisager les premières analyses scientifiques. Un appel d'offres sera lancé pour permettre à la communauté scientifique de percer leurs mystères.

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