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L'e-sport, la discipline des jeux vidéo que la France ne veut plus ignorer

De plus en plus exposé médiatiquement, le sport électronique est sur le point de se doter d'un cadre législatif grâce au projet de loi numérique du gouvernement. Les meilleures équipes du jeu "Call of Duty" s'affrontent au Zénith de Paris jusqu'à dimanche.

Des joueurs du tournoi ESWC de "Call of Duty" à Paris, le 7 mai 2016
Des joueurs du tournoi ESWC de "Call of Duty" à Paris, le 7 mai 2016
Crédit : FRANCOIS GUILLOT / AFP
Reportage au coeur de l'ESWC au Zénith de Paris avec la star de la discipline Gotaga
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Julien Absalon & La rédaction de RTL

Au Zénith de Paris, près de 8.000 fans étaient attendus pour suivre des dizaines de joueurs s'affronter dans des parties endiablées de la célèbre franchise Call of Duty. Dans le même temps, des milliers d'internautes suivaient également le tournoi en direct vidéo sur la toile. Pour la durée d'un week-end, du 6 au 8 mai, la salle de spectacles de La Villette s'est transformée pour accueillir la finale de l'un des tournois de l'ESWC, un acronyme bien connu des joueurs car il désigne la plus importante compétition mondiale de sport électronique, mettant aux prises les meilleurs joueurs professionnels de jeux vidéo. À la clé ? Une cagnotte de 50.000 dollars.

Parmi ces joueurs, le Français "Gotaga" est l'une des stars. À 22 ans, Corentin Houssein, de son vrai nom, est surnommé "le Zidane de la console" par les spécialistes du genre. Il faut dire que sur les écrans, le jeune homme maîtrise complètement son sujet. Bien que talentueux, il doit cette domination à son entraînement d'une durée de quatre à six heures par jour. Tout un programme qui justifie d'autant plus cette notion bien souvent contestée de "sport" électronique et qui se remarque d'autant plus dans les compétitions de simulations automobiles, où les muscles des bras sont particulièrement mis à rude épreuve. 

Des chiffres rocambolesques

Longtemps ignoré voire parfois méprisé, l'e-sport, qui concerne à la fois des joueurs lambda comme des professionnels rémunérés, se trouve sans aucun doute en plein essor dans le monde entier. Les compétitions se multiplient, le nombre de joueurs ne cesse de grimper et de plus en plus d'éditeurs s'intéressent à ce marché en soignant l'aspect télégénique et la jouabilité à plusieurs de leur produit.

La preuve en chiffres : selon le cabinet spécialisé Newzoo, le chiffre d'affaires global du e-sport a progressé de 67,4% entre 2014 et 2015 pour atteindre la somme colossale de 325 millions de dollars. À moyen terme, l'estimation donne le tournis : les revenus devraient dépasser le milliard de dollars en 2019. Une belle croissance qui n'est pas vraiment inattendue et semblait même annoncée en août 2014 par le rachat de Twitch, plateforme de diffusion en streaming de parties de jeux vidéo, pour presque un milliard de dollars par Amazon. Soit presque autant que le réseau social Instagram par Facebook.

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Comme en atteste l'organisation devenue récurrente de compétitions de jeux vidéo à Paris, de l'ancienne Iron Squid à l'ESWC qui offrent des dizaines de milliers d'euros en récompense, en passant par les tournois organisés pendant la semaine annuelle de la Paris Games Week, la France n'échappe pas au phénomène. À l'heure actuelle, avec ses 500.000 joueurs réguliers, l'activité dans l'Hexagone pèse 70 millions d'euros. Au vu de sa dynamique et de son exposition médiatique croissante (la chaîne L'Équipe 21 diffuse un championnat de Fifa 16), cela devrait en toute logique continuer crescendo.

Vers une fédération française de l'e-sport

Compte tenu de la dimension nouvelle du e-sport dans la société et l'économie française, le gouvernement s'est attelé à donner à la discipline un cadre législatif par le biais de son projet de loi numérique. Dans la version du texte adoptée mardi 3 mai par le Sénat, avant le passage en commission mixte paritaire, les élus ont créé le statut de joueur de jeu vidéo professionnel pour ceux qui participent aux tournois étant aujourd'hui considérés comme des loteries en France. Grâce à cette réforme, les gamers vont pouvoir bénéficier d'un CDD spécial d'une durée de douze mois à cinq ans. Pour les joueurs, cela leur permettra d'éviter le contraignant statut d'auto-entrepreneur.

Ce vote de la loi portée par la secrétaire d'État chargée du Numérique Axelle Lemaire, s'ajoute à la création, sous la bienveillance du gouvernement, de l'association France eSport. Cette organisation, qui pose les bases d'une véritable fédération du sport électronique, regroupe différents acteurs du e-sport, des équipes aux organisateurs en passant par les médias spécialisés et le syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL).

Difficile d'en vivre

Mais si la discipline séduit de plus en plus et ne se limite plus seulement aux jeux de tir à la première personne comme Counter Strike ou aux jeux de football tels que Fifa ou Pro Evolution Soccer, et donc qu'elle peut potentiellement s'ouvrir à un public encore plus large, difficile pour l'instant de la considérer comme un véritable secteur porteur de débouchés. Selon France eSport, sur le demi-million de joueurs réguliers en compétition en France, seuls une cinquantaine sont des professionnels. Ainsi, Kevin Leaune, aussi connu sous le pseudonyme "SDL Sonik" dans son équipe spécialisée dans les courses automobiles et sponsorisée par plusieurs marques, confie à RTL.fr qu'il travaille comme commercial en parallèle de son activité dans le gaming pour laquelle il ne peut à l'heure actuelle pas en vivre. "Quitter mon job pour faire de la simulation automobile ? Si je suis rémunéré, je le fais maintenant", explique-t-il avec passion mais lucidité.

Parmi les joueurs professionnels les plus connus, dont la popularité vis-à-vis de la communauté de certains pourrait être comparée à celle de certains footballeurs, certains prennent soin de préciser que leur carrière est courte et n'est pas donnée à tout le monde. Gotaga, le champion de Call of Duty, refuse ainsi de devenir un modèle pour son jeune public et préfère prévenir au micro de RTL : "Continuez les études, c'est important. Il ne faut pas lâcher d'un coup". Mais pour ceux qui réussissent, c'est un tout de même petit jackpot qui les attend.

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