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Facebook tente-t-il d'influencer l'élection présidentielle américaine ?

Le site spécialisé dans les nouvelles technologies Gizmodo affirme que des employés du réseau social suppriment régulièrement des informations susceptibles d'intéresser les internautes conservateurs dans une section très consultée aux États-Unis. Facebook dément vigoureusement.

Donald Trump, le 15 décembre 2015
Donald Trump, le 15 décembre 2015
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste

Facebook tente-t-il de fausser le résultat de l'élection présidentielle américaine ? On sait que Mark Zuckerberg ne porte pas Donald Trump dans son coeur. Sans le citer, le fondateur du réseau social a déjà pris publiquement position contre le candidat du parti républicain. Mais il se pourrait que son site se livre à une technique bien plus pernicieuse pour influencer le vote des Américains

Selon une enquête du site américain Gizmodo, l'algorithme de tri des contenus affichés dans la colonne des "tendances", censée mettre en avant les contenus les plus populaires sur le réseau social à un instant T, n'est pas aussi neutre qu'il n'y paraît. 

L'équipe de curateurs humains chargés de veiller à cette rubrique exerceraient des choix éditoriaux politiquement orientés. D'après des témoignages d'anciens curateurs recueillis par Gizmodo, ces employés écarteraient systématiquement les sujets les plus marqués à droite et ceux qui sont les plus susceptibles d'intéresser les conservateurs. Des sujets sur les figures du parti républicain Rand Paul ou Mitt Romney ne se sont ainsi pas retrouvés dans cette section alors qu'ils étaient très discutés sur le site.

Une large marge de manœuvre dans le tri des sujets ?

Lancée en 2014 aux États-Unis, cette fonctionnalité fait remonter les sujets les plus discutés sur le site. Ils sont mis en ligne par une équipe de curateurs chargés de trier les actualités les plus populaires et de rédiger une brève phrase d'accroche qui s'affichera dans la liste. Selon Gizmodo, ils disposent pour cela d'une grande marge de manœuvre, dont ils useraient allègrement. Le site rapporte les propos d'anciens curateurs expliquant que cette équipe essentiellement composée de journalistes avait tendance à reléguer aux oubliettes certains sujets marqués à droite, en dépit de leur popularité réelle. 

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Ils s'emploieraient également à faire remonter dans la colonne des sujets qui ne sont pas forcément aussi populaires, pour s'aligner sur la réactivité de Twitter, et des sujets impliquant Facebook. "On se faisait crier dessus si une actualité était partout sur Twitter mais pas sur Facebook", explique un ancien curateur à Gizmodo. Après les attentats de janvier 2015, le sujet "Charlie Hebdo" aurait ainsi été porté haut dans la rubrique alors qu'il n'était pas parmi les plus populaires du réseau social.

La direction de Facebook ne semble pas impliquée dans cette politique, qu'elle aurait de toute façon le droit de mener. À l'instar des médias classiques, Facebook n'est pas tenu légalement de respecter une stricte neutralité politique par le premier amendement de la Constitution américaine. Sauf que la colonne des "Contenus populaires" n'est à aucun moment présentée comme relevant de choix éditoriaux mais comme le reflet des sujets les plus discutés du moment.

Facebook a-t-il un devoir d'information ?

Depuis la parution de l'article de Gizmodo, Facebook est la cible de nombreuses critiques. "Cette nouvelle est glaçante, 177 millions d'utilisateurs lisent ces histoires sélectionnées. Facebook est en position d'influencer l'élection présidentielle. C'est plus que dérangeant que cette puissance soit utilisée pour taire des points de vue ou des nouvelles qui n'arrangent pas les affaires de certains. Facebook doit rendre des comptes", s'est ainsi emporté le Parti républicain.

À gauche, le journaliste d'investigation de The Intercept Glenn Greenwald estime pour sa part que cela démontre le pouvoir médiatique des géants de la Silicon Valley et met en lumière le danger qu'il fait peser sur la démocratie. Interrogé par Gizmodo, Robert Drechsel, professeur d'éthique journalistique à l'Université de Wisconsin-Madison estime que Facebook a "le même devoir d'information que les autres médias" et se doit de "fournir une couverture juste, exacte et contextualisée de l'actualité".

Un porte-parole de Facebook a nié mardi dans une note de blog toute intervention dans les sujets les plus populaires. "Nous prenons ces rapports très au sérieux et nous n'avons trouvé aucune preuve qui pourrait confirmer ces propos anonymes (...) Des directives rigoureuses ont été mises en place pour que l'équipe de vérification puisse garantir la cohérence et la neutralité. Elles ne permettent pas la suppression de certains points de vue politiques et ne permettent pas non plus qu'un point de vue ou un média soit prioritaire par rapport à un autre", est-il notamment écrit.

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