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Que peut faire Apple avec ses 250 milliards de dollars de trésorerie ?

Stocké pour l'essentiel hors des États-Unis pour échapper au fisc américain, le trésor de guerre de la firme de Cupertino pourrait servir à effectuer des acquisitions d'envergure ou verser davantage de dividendes aux actionnaires.

Tim Cook est PDG d'Apple depuis la démission de Steve Jobs, en août 2011 (archives).
Tim Cook est PDG d'Apple depuis la démission de Steve Jobs, en août 2011 (archives). Crédit : Stephen Lam / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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et AFP

Malgré des résultats trimestriels relativement décevants (les ventes d'iPhone ont reculé lors des trois derniers mois par rapport à la même période l'an passé), le succès d'Apple et de l'iPhone permettent à Apple de se retrouver assis sur une montagne de plus de 250 milliards de dollars de cash. Une trésorerie sans équivalent au monde. Ce matelas a doublé lors des quatre dernières années. Début 2012, Apple était assis sur une manne de 100 milliards de dollars. 

Tout le problème de la marque à la pomme est maintenant de savoir comment utiliser ce trésor de guerre. Selon ses résultats trimestriels publiés mardi soir, Apple avait au 31 mars 258,8 milliards de liquidités disponibles dont la vaste majorité stockée à l'étranger. Cela représente l'équivalent du PIB d'un pays comme le Chili. 

De tels moyens lui permettraient de racheter nombre de ses concurrents, voire de se diversifier dans d'autres secteurs comme la voiture électrique, un produit auquel il accorde un grand intérêt, en rachetant le constructeur Tesla par exemple. Mais pour cela, Apple devrait rapatrier cet argent aux Etats-Unis ce qui lui coûterait très cher compte tenu de la législation fiscale en vigueur qui impose à environ 35% les revenus des multinationales engrangés à l'étranger même si elle leur permet aussi de les défalquer de leurs assiette fiscale aux Etats-Unis. 

Plus de dividendes aux actionnaires

Le président Donald Trump vient de proposer d'abaisser à 15% l'imposition des entreprises aux Etats-Unis et de les autoriser à rapatrier l'argent détenu à l'étranger à un taux favorable mais sa réforme doit encore passer sous les fourches Caudines du Congrès. "Cela a quelque chose de pas très sain", estime Roger Kay, consultant pour Endpoint Technologies Associates en commentant la fortune d'Apple. "En temps normal, ce cash devrait servir à financer des investissements mais de toute évidence Apple n'en a pas l'utilité", souligne-t-il.                   

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Un moyen d'utiliser l'argent serait d'en faire profiter les actionnaires. Apple a annoncé mardi qu'il consacrerait plus de 300 milliards de dollars à son programme de rachat d'actions d'ici mars 2019. Cela permet de faire monter le cours en Bourse et aux actionnaires d'engranger de confortables plus-values. Apple verse déjà 12 milliards de dollars par an à ses actionnaires sous forme de dividendes, se plaçant au premier rang mondial pour ce type de récompense. 

"La plupart des entreprises seraient ravies d'avoir un tel problème sur les bras mais structurellement cela pose un peu problème car les investisseurs veulent être les premiers à en profiter", souligne Patrick Moorhead de Moor Insights & Strategy. Or récompenser les actionnaires n'est pas toujours dans l'intérêt stratégique à long-terme des entreprises, en les privant des moyens nécessaires pour innover ou se développer. 

Procéder à des acquisitions d'envergure

Une des solutions serait d'acquérir un fabriquant de microprocesseurs afin de "verticaliser" la production des smartphones et autres tablettes, estime-t-il. Le service de vidéos en ligne Netflix pourrait aussi compléter l'offre d'Apple TV. D'autres analystes évoquent le service de musique en ligne Spotify, Time Warner ou Tesla, dont les trois capitalisations boursières additionnées restent dans les cordes de la trésorerie d'Apple. 

"Mais le défi est alors d'intégrer une acquisition aussi grosse", souligne Bob O'Donnell de Technalysis Research, en soulignant que cela n'est pas dans la culture de l'entreprise développée par Steve Jobs, décédé en 2011. Apple achète plusieurs sociétés chaque année mais la plus grosse acquisition du groupe reste celle de Beats pour environ 3 milliards de dollars en 2014. Presque dix fois moins que ceux versés par Microsoft pour LinkedIn (26 milliards de dollars) et Facebook pour WhatsApp (22 milliards).      

Un problème américain

Apple n'est pas la seule entreprise américaine confrontée à ce problème. Le montant des liquidités détenues par des entreprises américaines à l'étranger est estimé entre 2.500 et 3.000 milliards de dollars. Selon Lisa De Simone, professeure à l'université de Stanford spécialisée dans la fiscalité internationale, le code des impôts américain "encourage les entreprises à accumuler autant qu'elles le peuvent leurs bénéfices à l'étranger".

En 2004, une "fenêtre temporaire" leur avait permis d'en rapatrier une partie à un taux favorable mais cela ne s'est pas traduit par une forte progression des investissements, l'argent allant plutôt aux actionnaires. Les multinationales attendent maintenant une nouvelle exemption pour recommencer, Lee Pinkowitz, professeur à l'université de Georgetown, assimilant la situation à une "prise d'otage" du gouvernement par les entreprises. Il estime, lui aussi, qu'une nouvelle période d'exemption, voire un taux favorable appliqué de manière permanente, n'aurait pas nécessairement un effet notable sur l'investissement.  

Une usine aux États-Unis ?

Dans le cas d'Apple, l'essentiel de l'argent se trouve en Irlande mais la marque à la pomme "détient presque 50 milliards de dollars en bons et titres du Trésor américain donc techniquement cet argent est déjà ici, c'est simplement qu'il n'est pas imposé", indique-t-il. Apple pourrait aussi promettre d'utiliser l'argent pour construire une usine aux Etats-Unis et entrer dans les bonnes grâces de Donald Trump qui veut rapatrier l'emploi dans le pays. 

Jan Dawson de Jackdaw Research estime cette hypothèse peu probable, "car nous n'avons simplement pas la main d'oeuvre pour alimenter une telle production", alors que le taux de chômage est sous les 5%. Roger Kay, au contraire, estime qu'il n'est pas impossible qu'Apple décide de le faire "et forme des ouvriers américains à être aussi efficaces que des ouvriers chinois". 

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