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"Les chiffres sont très sous-évalués" : pourquoi le bilan humain de la canicule risque de s'alourdir dans les prochains jours

Près de 1.000 morts supplémentaires depuis mercredi : c'est le premier bilan avancé après la canicule. Un chiffre déjà lourd, mais encore provisoire, alors que médecins et autorités sanitaires alertent sur des effets retard et une hausse marquée des décès à domicile.

Le service d'urgences d'un hôpital (illustration)

Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP

"Il faut nous appeler tôt" : sur RTL, l'alerte d'Agnès Ricard-Hibon, porte-parole du Samu

00:11:52

Canicule : Benjamin Rossi, chef du service de médecine interne à l'hôpital Robert-Ballanger, est l'invité de Jérôme Florin

00:07:08

Jérémy Descours & AFP

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Près d'un millier de décès supplémentaires depuis mercredi dernier par rapport à la normale : c'est le premier bilan avancé par Santé publique France après cet épisode de canicule exceptionnel. Un chiffre déjà lourd, mais encore très partiel

D'abord parce qu'il ne couvre que les derniers jours les plus intenses de la vague de chaleur, alors que l'épisode a commencé le 18 juin. Ensuite parce qu'en matière de canicule, la surmortalité ne se mesure pas en temps réel : certains décès sont directement liés à un coup de chaleur, d'autres surviennent plus tard, quand la chaleur a aggravé une maladie cardiaque, respiratoire ou rénale. 

Autrement dit, le bilan provisoire publié ce dimanche 28 juin donne une tendance, mais pas encore une photographie complète.

"Une multiplicité d'arrêts cardio-respiratoires"

Dans le détail, les autorités sanitaires observent une hausse des décès plus marquée dans les régions placées en vigilance rouge ces derniers jours, notamment en Île-de-France, en Nouvelle-Aquitaine, en Bretagne, dans le Centre-Val de Loire, en Normandie et dans les Pays de la Loire. 

Santé publique France souligne aussi que 85% des décès observés concernent des personnes de 65 ans et plus. Mais les soignants insistent : cette canicule n'a pas touché que les plus âgés. Des adultes plus jeunes, parfois sans fragilité apparente, ont aussi été victimes de coups de chaleur sévères. 

Depuis le 18 juin, les interventions de secours à la personne ont augmenté de 20% sur un an, avec 122.000 interventions cumulées, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. À l'hôpital, la tension reste forte, même si certains indicateurs commencent légèrement à refluer.

"Il y a eu un afflux aux urgences beaucoup plus important (...). On a eu une multiplicité d'arrêts cardio-respiratoires avec le SAMU qui s'est déplacé au domicile des gens pour des coups de chaleur dans des situations vraiment inédites", décrit sur RTL Benjamin Rossi, chef du service de médecine interne à l’hôpital Robert-Ballanger, à Aulnay-sous-Bois.

Pour ce médecin, il est encore trop tôt pour arrêter un chiffre fiable. "Les chiffres sont très sous-évalués, je pense. C'est trop tôt pour faire le bilan. Comme toujours dans ce genre de crise, les chiffres changent en permanence et ils sont recalculés a posteriori", explique-t-il. 

L'effet retard de la canicule

Autre raison pour laquelle le bilan pourrait s'alourdir : l'effet retard de la canicule. Même si les températures ont commencé à baisser, les conséquences médicales, elles, peuvent continuer à se manifester plusieurs jours après le pic. "On a les patients qui décompensent des maladies respiratoires, des maladies cardiaques, des maladies habituelles, qui commencent à arriver et vont continuer à arriver malgré la baisse de la chaleur", prévient Benjamin Rossi.

Même constat du côté des urgentistes. Invitée de RTL Matin, Agnès Ricard-Hibon, médecin urgentiste et porte-parole de Samu-Urgences de France, explique que "l'analyse de cette surmortalité nécessite quelques mois". Car il faut distinguer les décès directement provoqués par la chaleur de ceux pour lesquels la canicule a joué un rôle d'accélérateur chez des patients déjà fragiles.

Elle confirme surtout que le plus dur n'est peut-être pas encore passé dans les services. "Il y a un effet retard. Nous, on s'attend à recevoir beaucoup de patients cette semaine qui ont des défaillances d'organes", alerte-t-elle. Le corps peut compenser pendant quelques jours, avant de céder : cerveau, cœur, reins, foie ou encore coagulation peuvent être atteints après une exposition prolongée à des températures extrêmes.

L'inquiétude autour des décès à domicile

Si ce décalage rend le bilan difficile à établir immédiatement, un autre facteur entre aussi en compte : les décès à domicile. Ils inquiètent particulièrement les autorités sanitaires. 

Santé publique France note une hausse de l'ordre de 40% de ces décès, surtout en Île-de-France. Plusieurs médecins redoutent que de nouvelles situations graves soient découvertes au retour des aides à domicile ou des proches, après le week-end.

Reste la comparaison avec 2003. Sur le plan météorologique, Météo-France estime que l'épisode a dépassé celui d'août 2003 en intensité et l'égale en durée. 

Mais sur le plan sanitaire, le gouvernement juge à ce stade qu'on ne devrait probablement pas atteindre les 15.000 morts recensés à l'époque, notamment parce que les Ehpad et les dispositifs d'alerte sont mieux préparés. Mais face à ce premier bilan, la prudence reste de mise.

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