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VIe République : la gauche foisonne de propositions

Plusieurs personnalités de gauche prônent la VIe République, pour différentes raisons, et avec différents objectifs.

Benoit Hamon et Arnaud Montebourg à la Fête de la rose dimanche 24 août 2014
Benoit Hamon et Arnaud Montebourg à la Fête de la rose dimanche 24 août 2014 Crédit : JEFF PACHOUD / AFP
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et AFP

Jean-Luc Mélenchon plaide activement pour une VIe République depuis plusieurs années. Cependant, à gauche, l'idée séduit désormais plus largement, et l'aile gauche du PS, mais aussi les écologistes se laissent tenter. Mais pour les constitutionnalistes, ces propositions sont soit irréalistes soit de la "poudre aux yeux" pour ne pas parler des sujets qui fâchent.

Jean-Luc Mélenchon a fait du "mouvement pour une VIe République" son cheval de bataille dès sa campagne électorale pour la présidentielle de 2012 et c'est encore le sujet de son livre qui sort lundi, "L'ère du peuple". Pour le leader du parti de gauche (PG), c'est au peuple de "prendre le pouvoir" pour convoquer une constituante et passer à un système favorisant notamment le référendum révocatoire.

Une répartition "moins monarchique" du pouvoir

Une VIe République, c'est aussi ce que prônent plusieurs socialistes, comme Benoît Hamon ou Aurélie Filippetti, mais avec une autre partition: il s'agit surtout de donner davantage de poids au parlement, d'avoir "une répartition moins monarchique du pouvoir".

Une idée déjà vue chez Arnaud Montebourg, qui déplore depuis plusieurs années un président qui "concentre l'ensemble des pouvoirs sans jamais en répondre" et un "parlement soumis".

Claude Bartolone propose la suppression du poste de Premier ministre

Le président de l'Assemblée Claude Bartolone y est aussi allé de sa petite musique en proposant un régime présidentiel avec la suppression du poste de Premier ministre et du droit de dissolution, la réduction du nombre des députés et l'introduction d'une dose de proportionnelle. Une mission a été confiée à l'historien Michel Winock.

Les écologistes, qui réclamaient aussi une VIe République lors de la campagne de 2012, veulent une nouvelle organisation "sur un mode fédéral, avec un pouvoir fort aux régions", "un statut de l'élu", "la généralisation de la proportionnelle à tous les scrutins" et un renforcement du Parlement.

Cela qu'il y a un accord pour dire que les institutions actuelles sont à bout de souffle et ne permettent plus un exercice responsable et démocratique du pouvoir

Dominique Rousseau, professeur de droit à Paris I
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Toutes ces propositions "montrent qu'il y a un accord pour dire que les institutions actuelles sont à bout de souffle et ne permettent plus un exercice responsable et démocratique du pouvoir", analyse Dominique Rousseau, professeur de droit à Paris I et ancien membre de la commission Jospin de 2012, qui avait notamment proposé le non-cumul des mandats.

"Les politiques adorent ça. L'avantage de ces débats, c'est que cela ne coûte pas un centime et pendant ce temps-là on ne parle pas emploi, retraite, fiscalité, gaz de schiste", tempère le constitutionnaliste Didier Maus, ancien professeur à l'université de Marseille.

Ce ne sont pas des propositions nouvelles, cela ressort régulièrement

Philippe Braud, politologue au Centres d'Etudes politiques de Sciences-Po
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"Ce ne sont pas des propositions nouvelles, cela ressort régulièrement", ajoute Philippe Braud, politologue au Centres d'Etudes politiques de Sciences-Po (CEVIPOF).

La proportionnelle intégrale a déjà été expérimentée aux législatives de 1986, profitant au Front National avant que Jacques Chirac ne revienne ensuite au scrutin majoritaire. Quant à introduire une "dose de proportionnelle", "c'est un serpent de mer", souligne Didier Maus. "10% ou 20%, ça ne sert pas à grand-chose, c'est de la poudre aux yeux", ajoute-t-il, estimant qu'il faut "du 100% comme en 1986, mais François Hollande ne le fera jamais parce que c'est du suicide".

Le régime présidentiel tel que le souhaite Claude Bartolone? "Autant il correspond aux Etats-Unis, autant dans le contexte français il apparaîtrait décalé tant la France est différente sur le plan sociologique et culturel", répond Dominique Rousseau.

Un régime présidentiel à l'américaine serait "un désastre"

"Ce serait un désastre", abonde Philippe Braud, "compte tenu de la tradition très forte d'indiscipline qui existe en France depuis le milieu de la IIIe République". "La Constitution actuelle protège le président grâce à un Premier ministre qui sert de fusible et au droit de dissolution de l'Assemblée".

Quant à la convocation d'une Constituante comme le souhaite Jean-Luc Mélenchon, "elle n'est pas réaliste" pour Didier Maus. "Il veut une VIe République qui rappelle fâcheusement l'échec constitutionnel de 1946", quand un premier projet de constituante avait été rejeté par référendum avant que ne soit adopté un second projet donnant naissance à la IVe République, marquée par "une instabilité institutionnelle record", selon Philippe Braud.

"L'histoire montre qu'il n'y a des assemblées constituantes qu'après une guerre ou après une révolution, car on détruit l'ordre politique existant", conclut Dominique Rousseau.

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