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Jérôme Fourquet, politologue et directeur du département Opinion de l'institut de sondage Ifop, face à Fogiel le 25 mars 2026.
Crédit : RTL
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Les élections municipales à peine digérées, la course à l'Élysée s'impose déjà comme l'horizon politique des prochains mois. Stratégies, rapports de force, dynamiques d'opinion : tout s'accélère.
Invité de Marc-Olivier Fogiel sur RTL, ce mercredi 25 mars, le politologue et directeur du département Opinion de l'institut de sondage Ifop, Jérôme Fourquet, assure que "des grandes tendances sont en train de se dessiner" après ces élections municipales du 15 et 22 mars.
"On observe des comportements électoraux assez typés dans le cœur des grandes villes. Je pense notamment à Paris, Lyon, Marseille qui sont restés à gauche, la gauche dite de gouvernement. Les banlieues les plus populaires ont accordé leur confiance à La France insoumise. Et puis, même si le PS et LR continuent de dominer dans beaucoup de villes moyennes de province, on a également dans ces territoires une percée du Front national. On voit donc ces trois France se redessiner de nouveau", analyse le politologue.
Dans son analyse, Jérôme Fourquet décrit ce qu'il appelle la "France des métropoles", qu'il définit comme "une espèce d'écosystème assez spécifique". Une réalité que certains résument à "la France des bobos", même si le politologue nuance cette étiquette.
"C'est la France également du vélo. Alors ça a l'air tout bête, mais ces images ont été très marquantes (...) c'est-à-dire qu'en termes de mode de vie, en termes de niveau économique, en termes de rapport à la globalisation et à la mondialisation, on a une concentration dans ces grandes métropoles", explique-t-il.
Il précise également les caractéristiques sociales de ces territoires : "Une France de l'emploi, d'une population diplômée, des étudiants, un bon accès à des infrastructures de transport, de santé et culturelle". Le politologue résume : "Une France qui va relativement bien".
Jérôme Fourquet s'appuie aussi sur un concept britannique pour éclairer cette réalité : "Une France qu'un essayiste britannique avait qualifiée des "anywhere", ceux qui se sentent bien un peu partout, qui sont assez globalisés, très ouverts et plutôt bénéficiaires de la mondialisation".
Enfin, il insiste sur la singularité politique de cet espace. "Retenons quand même un chiffre, c'est le score, par exemple, à Paris, du Rassemblement national au premier tour, c'est moins de 2%. Donc ça veut dire que c'est un écosystème qui est tout à fait spécifique".
Le directeur du département Opinion de l'institut de sondage Ifop nuance toutefois l'opposition entre centres urbains et reste du territoire. "Il y a des périphéries qui vont très bien également, mais on voit que le niveau, les sujets qui vont être abordés, le type de préoccupation vont être assez différents, et donc les comportements électoraux le sont également".
Interrogé sur une possible domination du Rassemblement national dans ces espaces, il met en garde contre les raccourcis. "Ne caricaturons pas, il y a différents types de périphéries (...) les vieux partis de gouvernement, le Parti socialiste et Les Républicains, conservent un maillage d'élus qui est tout à fait conséquent".
Il souligne néanmoins des dynamiques plus fragiles dans certains territoires. "Toutefois, on voit dans un certain nombre de ces villes moyennes, notamment celles qui ont été frappées par la désindustrialisation (...). Je pense notamment au bassin minier du Pas-de-Calais, mais on peut retrouver les mêmes configurations en Lorraine par exemple".
Sur la question du quotidien et du coût de la vie, il insiste sur un décalage profond avec les grandes métropoles : "Aujourd'hui, il n'y a plus que 35% des Parisiens qui ont une voiture. Et c'est plus de 80% en moyenne nationale. Donc, ne pas parler de la question des carburants, du contrôle technique... On voit bien la centralité de cette voiture, et donc derrière tout ça il y a des modes de vie qui diffèrent très singulièrement".
Dans ces territoires, la France du vélo et des centres urbains peut apparaître "comme une sorte d’extraterrestre", poursuit Jérôme Fourquet. Sur la possibilité de rapprocher ces deux Frances (la France des métropoles et celle des périphéries) autour d'un projet commun pour la présidentielle, le politologue souligne la complexité du défi : "C'est tout l'enjeu. J'avais parlé d'une France archipélisée sur ces fragmentations qui existaient. Et tout l'enjeu c'est d'avoir des offres politiques qui arrivent à embarquer à minima 25, 30, 35%" des électeurs.
"Quand je parle d'une France archipélisée, elle l'est démographiquement, culturellement, économiquement, géographiquement. Et donc ce à quoi on assiste électoralement ou politiquement, c'est juste le miroir électoral et politique de cette fragmentation. C'est-à-dire que si le paysage politique est aussi kaléidoscopique, c'est aussi parce qu'il y a des intérêts qui sont très divergents que les vieilles formations politiques ne parviennent plus à coaguler ou à agréger suffisamment de Français derrière eux".
Une vision qui illustre la difficulté pour tout projet politique de rassembler des territoires et des populations aux réalités si contrastées.
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