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Bureau de vote à Saumur, le 15 mars 2026 (image d'illustration)
Crédit : Frédéric Pétry / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Entre le premier et le second tour des élections municipales, la campagne prend une autre tournure. Les candidats qualifiés doivent décider s'ils maintiennent leur liste, fusionnent avec d'autres ou se retirent, et cela avant mardi 17 mars à 18h, date limite des dépôts de candidature. Ces choix, souvent négociés dans l'urgence, peuvent faire basculer un scrutin.
Après le premier tour du 15 mars 2026, marqué notamment par la progression du Rassemblement national et la percée de La France insoumise dans plusieurs villes, les tractations ont commencé pour préparer le second tour prévu le 22 mars. Mais derrière ces discussions se cachent plusieurs stratégies possibles, chacune avec ses avantages et ses risques.
Lorsqu'une liste obtient au moins 10% des voix au premier tour, elle peut se maintenir au second. C'est le choix que font souvent les formations politiques qui veulent à tout prix défendre leur ligne politique au sein du conseil municipal. Se maintenir permet de conserver son autonomie et surtout, parfois, d'obtenir des élus au conseil municipal.
Même dans l'opposition, les conseillers municipaux disposent d'un "pouvoir". Ils sont amenés à voter ou non les délibérations. Ils peuvent également interpeller le maire lors des séances, en posant des questions écrites ou orales, afin d’obtenir des précisions sur la gestion municipale. Faire le choix de se maintenir permet à un mouvement politique local de s'installer durablement et de participer à la vie politique de la commune.
Le risque, lorsque plus de deux candidats se maintiennent, est de diviser les voix d’un même camp et de favoriser ainsi la victoire d’un adversaire. Par exemple, si deux listes de droite restent en lice face à une liste de gauche au second tour, cela peut faire basculer le résultat. Dans une triangulaire ou une quadrangulaire, quelques voix peuvent suffire à changer l’issue du scrutin.
À Lyon par exemple, Anaïs Belouassa-Cherifi, arrivée troisième avec 10,41 % des voix, s'est retrouvée en position d'arbitre, derrière Grégory Doucet (Union à gauche) arrivé en tête avec 37,36 %, talonné de près par Jean-Michel Aulas à 36,78 %. Son maintien aurait pu affaiblir le maire sortant et permettre à Jean-Michel Aulas de l’emporter, notamment grâce à un possible report des voix de Georges Képénékian (Divers centre, 3,53 %) ou d’Alexandre Dupalais (Rassemblement national, 7,07 %). L’union de la gauche et des écologistes a finalement annoncé s’élargir en faisant alliance avec LFI face à Jean-Michel Aulas.
À Marseille, Martine Vassal (Divers droite), arrivée en troisième position avec 12,41 % des voix, a fait savoir ce lundi, par communiqué, qu’elle maintenait sa candidature face à Benoît Payan (36,70 %) et Franck Allisio (35,02 %). "Entre la gauche de Monsieur Payan, l’extrême droite du RN et l’extrême gauche LFI, il existe à Marseille un courant de pensée profondément républicain, attaché à l’ordre, à la responsabilité, à l’équilibre et au respect de toutes les sensibilités de notre ville", a-t-elle écrit, estimant qu'il serait "impensable de priver les Marseillais de cette représentation au second tour".
À l’inverse, une liste peut choisir de se retirer avant le second tour. Cette stratégie vise souvent à appeler explicitement à voter pour un autre candidat afin d’empêcher la victoire d’un adversaire jugé plus dangereux. Ce type de désistement est traditionnel dans les situations de "front républicain", notamment face au Rassemblement national.
À Marseille toujours, Benoît Payan est arrivé en tête avec 36,70 % des voix, juste devant Franck Allisio du Rassemblement national, crédité de 35,02 %. Dans ce contexte serré, le Parti socialiste a officiellement demandé à Sébastien Delogu (La France insoumise), qui a recueilli 11,94 %, de se retirer pour faire barrage à l’extrême droite.
"La menace de victoire de l’extrême droite dans la deuxième ville du pays est telle que, aujourd’hui, chacun doit être face à ses responsabilités", a déclaré le secrétaire général du Parti socialiste Pierre Jouvet sur TF1.
Le retrait a cependant un coût politique : la liste renonce à toute représentation au conseil municipal. C’est souvent un choix difficile pour les candidats et leurs militants après des mois de campagne.
La fusion de listes est une autre option très fréquente. Elle consiste à rassembler plusieurs listes sur un programme commun pour le second tour. Les candidats négocient alors la composition de la nouvelle liste et la répartition des postes. Dans ce type d’accord, chacun espère gagner : la liste arrivée en tête renforce ses chances de victoire, la liste minoritaire obtient des places et donc des élus.
Une fusion de listes est possible dès qu’une liste a obtenu au moins 5 % des voix. Il n’est donc pas indispensable d’être qualifié pour le second tour pour entamer des négociations, à condition que l’allié potentiel, lui, ait franchi le seuil des 10 %. Ces négociations se jouent souvent en coulisses et peuvent être longues, car elles touchent à la fois aux équilibres politiques et aux ambitions personnelles.
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À Toulouse, la liste de François Piquemal (LFI, 27,56 %) et celle de François Briançon (Union à gauche 24,99 %) ont décidé de fusionner pour faire barrage à Jean-Luc Moudenc (Divers droite) arrivé en tête au premier tour avec 37,23% des voix. Ils ont annoncé ainsi faire une "liste commune en capacité d'ouvrir une nouvelle ère à Toulouse". Les deux candidats ont également fait un "accord de gouvernance" selon lequel François Piquemal serait candidat à la mairie tandis que le candidat PS-Ecologistes François Briançon serait à la métropole toulousaine.
À Besançon, la maire sortante Anne Vignot, arrivée deuxième avec 33,37 % des voix, a elle aussi annoncé une alliance avec Séverine Véziès (LFI), troisième avec 10,90 %, afin de tenter de battre Ludovic Fagaut (Divers Droite), arrivé en tête du premier tour avec 40,13 %. Si elle peut permettre de l'emporter, une fusion suppose aussi de s’entendre sur la gouvernance de la ville pour les six années suivantes, ce qui peut rendre les discussions complexes.
Pour contourner ces blocages, La France insoumise a mis en avant une formule plus récente : "la fusion technique". Le principe est simple : les listes fusionnent pour le second tour afin d’éviter la division des voix, mais sans engagement à gouverner ensemble après l’élection. Chaque formation conserve son autonomie politique.
Concrètement, les candidats sont intégrés sur une liste commune proportionnellement à leur score du premier tour, mais ils ne participent pas forcément à l’exécutif municipal. Cette stratégie est notamment évoquée à Marseille. Mais le maire sortant Benoît Payan, a fermé définitivement la porte à la France insoumise ce lundi.
Pour ses partisans, "la fusion technique" est un compromis pragmatique qui permet d’éviter une victoire adverse sans renoncer à ses positions politiques. Pour d'autres c’est au contraire un accord fragile qui pourrait rendre la gouvernance municipale instable.
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