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Primaire de la droite : ce qu'il faut retenir du débat de l'entre-deux-tours

ÉCLAIRAGE - François Fillon et Alain Juppé se sont affrontés ce jeudi 24 novembre au cours du dernier débat de la campagne de la primaire de la droite et du centre.

François Fillon et Alain Juppé lors du débat de l'entre-deux-tours de la primaire de la droite
François Fillon et Alain Juppé lors du débat de l'entre-deux-tours de la primaire de la droite Crédit : Eric FEFERBERG / POOL / AFP
Romain Renner
Romain Renner
Journaliste RTL

C'était la dernière étape, le dernier obstacle à franchir avant le scrutin de dimanche 27 novembre. François Fillon et Alain Juppé se sont livrés à un dernier débat, ce jeudi 24 novembre, à trois jours du verdict final de la primaire de la droite et du centre. Les deux hommes, arrivés en tête du premier tour, dimanche 20 novembre, n'abordaient pas cette émission diffusée par France 2 et TF1 dans le même état d'esprit. 

Largement dominateur lors du premier tour - il a obtenu 44,1% des suffrages -, François Fillon devait asseoir son statut de favori et tuer le match. Considéré comme le grand gagnant des trois précédents débats, l'ancien premier ministre était en confiance. De son côté, le maire de Bordeaux, outsider surprise porté par "seulement" 28,6% des voix au premier tour, avait pour mission d'inverser le rapport de force. Plus offensif depuis plusieurs jours, Alain Juppé a toutefois semblé avoir du mal à trouver le ton juste dans la préparation de ce rendez-vous.

Alain Juppé se justifie

Invité à expliquer le sens de sa candidature, Alain Juppé a commencé par s'adresser à François Fillon. Rappelant "l'estime et l'amitié" qu'il éprouve pour l'ancien premier ministre, le maire de Bordeaux a semblé vouloir justifier le ton qu'il a adopté au cours de la semaine passée. Alain Juppé avait notamment demandé à son concurrent de "clarifier sa position" sur l'avortement, qu'il qualifiait de "droit fondamental" dans son livre Faire, avant de revenir sur ses propos quelques mois plus tard. Et de conclure : "J'ai été un peu surpris de la virulence de ta réponse, mais nous allons continuer à débattre".

Quelques minutes plus tard, Alain Juppé a voulu affirmer sa "force de caractère" en évoquant les réformes qu'il a menées en 1995, lorsqu'il était premier ministre. "J'ai la force de caractère, j'ai du caractère", a-t-il répété. Avant d'évoquer ce qu'il semble considérer comme le seul échec de cette période (1995-1997, ndlr) : "J'ai reculé sur une réforme, les régimes spéciaux de retraite. Toutes les autres réformes, je les ai faites".

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Les deux hommes ont été invités à imaginer leurs trois premiers mois à la présidence de la République. Les deux anciens premiers ministres ont veulent s'attaquer aux mêmes problématiques. "Je redéfinirai les règles du CDI pour que l'on puisse mettre des motifs prédéterminés de rupture. Et je veux mettre en place un plan audacieux pour l'apprentissage. Il faut faire sauter les verrous de l'apprentissage. Une réforme de la taxe d'apprentissage devra être réalisée", a détaillé Alain Juppé.

"Je veux faire passer un nouveau Code du travail, allégé (...) Je veux faire voter une réforme des retraites, de la fiscalité de l'investissement, la création d'une allocation sociale unique et la mise en place d'une grande filière pour l'apprentissage", a assuré de son côté François Fillon.

Des différences de forme

Comme Alain Juppé l'a répété à plusieurs reprises au cours de la soirée, les deux candidats ont "des convergences". Une affirmation qui s'est vérifiée à plusieurs reprises. S'ils font globalement les mêmes constats, François Fillon et Alain Juppé ont toutefois montré qu'ils n'ont pas les mêmes solutions en tête. Alain Juppé a notamment expliqué qu'il souhaitait "consolider" le modèle social français. "Il ne faut pas le casser", a-t-il pris soin de préciser, précisant sa volonté d'aider "tous ceux qui sont dans une situation difficile" et d'agir "sur la gestion des caisses d'assurance maladie, lutter contre la fraude et recadrer l'aide médicale d'État".

François Fillon a, lui, adopté un ton bien plus offensif au moment de répondre à cette question : "De quel modèle social vous (David Pujadas, ndlr) parlez ? Vous parlez d'un modèle social qui génère six millions de chômeurs. Vous parlez d'un modèle social qui génère deux millions de jeunes sans formation. Vous parlez d'un modèle social qui se traduit par le déclassement des classes moyennes. Vous parlez d'un modèle social qui n'arrive pas endiguer l'explosion de la pauvreté. Ce modèle social français n'existe plus (...), il prend l'eau de partout. On a besoin de changer de modèle".

La question de la suppression du nombre de fonctionnaires a fait l'objet d'une nouvelle passe d'armes, alors que le sujet avait déjà opposé les deux candidats plusieurs fois la semaine dernière, au micro de RTL d'abord puis lors du dernier débat avant le premier tour de scrutin. "Je pense que supprimer 500.000 fonctionnaires, ce n'est pas possible", a redit Alain Juppé, défenseur d'un projet qui mènerait à la suppression de 250.000 emplois. "Il faut moderniser et numériser l'administration. Il faut un vrai management des ressources humaines. Des fonctions peuvent être externalisées ou fusionnées. C'est le résultat d'une gestion différente de la fonction publique qui me permettra d'attendre l'objectif que je me suis fixé", a-t-il expliqué.

François Fillon a défendu son projet, soutenant que son objectif est atteignable. On peut mettre fin à des contrats, on peut aussi organiser des départs volontaires", a-t-il d'abord assuré. "C'est un licenciement alors", a ironisé Alain Juppé en guise de réponse. Sans se laisser perturber, François Fillon a enchaîné : "Les Anglais ont supprimé un million d'emplois publics, les Canadiens ont considérablement réduit la fonction publique. Quand Alain était premier ministre, il y avait un million de fonctionnaires de moins. Est-ce que les Français sont mieux soignés, mieux traités (aujourd'hui, ndlr) ? Non. On peut faire des économies considérables. Est-ce que la situation s'est améliorée ? Non".

Le débat de chiffres s'est poursuivi sur plusieurs autres thèmes. Hausse de la TVA - Alain Juppé veut qu'elle grimpe à 21%, François Fillon 22% - et baisse des impôts ont donné lieu à des discussions chiffrées, parfois techniques, sur le projet des candidats.

L'IVG, la question qui fâche

Au cours d'un débat globalement courtois, le ton n'est finalement réellement monté que lorsque la question de l'IVG a été abordée. "Dans mon livre, je dis que jamais l'on ne touchera a l'IVG. Ma conscience me regarde (...) Je suis un homme, je ne suis pas une femme, ce n'est pas a moi de prendre une décision personnelle sur cette question. Je ne toucherai à rien, c'est la loi Veil, c'est toute la loi Veil. J'ai une grande admiration pour ce qu'a fait Madame Veil. Le procès qui m'a été fait n'est pas correct", a expliqué François Fillon.

Mais les deux hommes se sont particulièrement accrochés sur la question du droit fondamental. "Sur le plan juridique, un droit fondamental est inscrit dans la constitution, ce qui n'est pas le cas de l'IVG. C'est pour ça que nous n'aurions pas dû avoir ce débat, qui est stupide", a attaqué François Fillon. "Pour moi, c'est un droit fondamental, a répliqué Alain Juppé. Et je continuerai à le dire".

Tentant de retourner la situation, le maire de Bordeaux a enchaîné sur "la campagne ignominieuse" menée, selon lui, à son encontre. "J'ai été surnommé Ali Juppé, grand mufti de Bordeaux. Cette campagne me fait beaucoup de mal", a-t-il raconté. Puis, s'adressant à François Fillon : "Je n'ai jamais entendu un seul de tes lieutenants condamner cette campagne". Et d'insister : "J'ai lu qu’une officine, Riposte laïque, a participé à cette campagne. Je lis aussi que cette officine te soutenait. Est-ce que c’est le cas ? Est-ce que tu la condamnes ?" Réponse immédiate du principal intéressé : "Je ne connais pas cette organisation. Je n'ai rien à voir avec cette attaque (...) Mais quand je me fais traiter d'homophobe tous les matins, je ne t'ai pas entendu prendre ma défense. Chacun est grand et s'occupe de ses affaires".

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