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Pourquoi la Cour des comptes s’est penchée sur la "situation à risque" de Levallois-Perret

INTERVIEW - Dans son rapport annuel sur l'utilisation de l'argent public, un chapitre entier est consacré à la ville gérée par Patrick Balkany.

Le maire UMP de Levallois-Perret Patrick Balkany le 7 mai 2015.
Le maire UMP de Levallois-Perret Patrick Balkany le 7 mai 2015. Crédit : BERTRAND GUAY / AFP
Léa Stassinet
Léa Stassinet
Journaliste

C'est un constat plutôt accablant que fait la Cour des comptes sur la gestion de la ville de Levallois-Perret. Dans son rapport annuel publié ce mercredi 8 février, l'institution pointe du doigt un "système peu transparent, générateur d'irrégularités et de dérives". La ville dirigée par Patrick Balkany fait même l'objet d'un chapitre entier dans ce rapport. Levallois-Perret n'a cependant pas été ciblée par hasard. La synthèse de la Cour des comptes se base "sur de précédents rapports réalisés en 2015 et 2016 par la Chambre régionale des comptes", explique à RTL.fr un magistrat de la chambre. 

Ces contrôles portaient sur la gestion de la commune et plusieurs de ces structures satellites comme le Levallois Sporting Club, la Société d'économie mixte d'aménagement, de rénovation et d'équipement de Levallois-Perret (Semalrep), sa filiale de promotion immobilière la SCRIM et la SARL Levaparc. "Ce qui est publié ce mercredi 8 février est le résultat de tous ces travaux, poursuit le magistrat. Si nous avons autant contrôlé la ville, c'est parce qu'il y avait cette nébuleuse". Les différentes affaires judiciaires dans lesquelles ont été impliqués les époux Balkany ne sont pas non plus étrangères à la surveillance accrue de la Chambre régionale des comptes. "Il y a toujours une situation à risque sur cette collectivité", affirme le magistrat. 

Capture CDC
Capture CDC

Dans le rapport publié ce mercredi 8 février, les magistrats font d'abord état de la dette importante accumulée par la commune. Alors qu'elle se situait à 287 millions d'euros en 2007, elle a atteint le niveau record de 785 millions d'euros fin 2009, avant de redescendre à 488 millions fin 2015, ce qui représente 7.500 euros par habitant, un chiffre 4 fois supérieur à la moyenne nationale.

La Cour des comptes soupçonne également la Ville de déguiser en fausses associations des services municipaux. "Levallois communication", "Levallois découvertes" ou encore "Levallois information" : toutes désignent des associations qui rendent des services à la population et dont les moyens "proviennent pour l'essentiel de subventions communales". Ces trois organismes dirigés par des élus municipaux sont d'ailleurs domiciliées à la mairie de Levallois-Perret et n'ont pas "d'adhérents issus de la localité hormis les quelques membres de leurs conseils d'administrations respectifs", peut-on lire dans le rapport. 

Risques d'irrégularités et de conflit d'intérêt

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Avec de telles pratiques, la Ville s'expose à des "risques d'irrégularités", mais pas seulement. Le risque d'un conflit d'intérêt est très important. "Plusieurs élus de la majorité" mais également "des parents proches" de ces derniers travaillent et, parfois, dirigent ces associations

Les magistrats pointent également du droit des dérives en matière de ressources humaines et surtout de rémunération. Par exemple, deux cadres proches de Patrick Balkany, à la tête de la Semalrep et d'une de ses filiales, ont touché un salaire de 1,8 et 2 millions d'euros, primes et autres avantages en nature entre 2009 et 2014. Des sommes astronomiques équivalentes à une rémunération de 25.000 à 28.000 euros par mois. Autre exemple cité, un élu s'est vu rembourser plus de 43.000 euros de notes de frais

La Cour dénonce également dans son rapport des procédures opaques d'attribution des logement privés de la ville, gérées par la même Semarelp. "Il ressort que des logements sont occupés par des agents municipaux ou leurs proches, par des salariés des associations levalloisiennes subventionnées, des responsables de la Semarelp et de ses filiales, voire des entrepreneurs en relations contractuelles avec ces sociétés", expliquent les magistrats, après un examen de la liste des locataires au 31 décembre 2014. 

Nous demandons à l'État de continuer les contrôles

Un magistrat de la Chambre régionale des comptes
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En conclusion, "nous demandons à l'État de continuer les contrôles", explique un magistrat de la chambre. "La municipalité doit mettre en place des mesures pour rétablir plus de transparence sur les relations opaques qu'entretiennent la commune et ses satellites". Une note présente au bas de la synthèse du rapport public annuel de la Cour des comptes va dans ce sens, et recommande d'ailleurs à l'État de "renforcer la surveillance et le suivi des actes de la commune de Levallois-Perret au titre des contrôles budgétaires et de légalité". 

Contactée par RTL.fr, la mairie de Levallois-Perret n'a pas souhaité faire de commentaires, assurant que Patrick Balkany avait déjà tout dit sur un message publié sur son compte Facebook mercredi 8 janvier. Il y affirme que le passage du rapport de la Cour des comptes consacré à sa ville "n'est que la synthèse, tronquée, du rapport de la Chambre Régionale des Comptes, publié il y a plus d'un an". Il y fait également la liste de "toutes les réponses adéquates" apportées à l'époque par la municipalité. 

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