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Pourquoi la circulaire Collomb menace les festivals

ÉCLAIRAGE - Selon une circulaire, le ministère de l'Intérieur demande aux organisateurs de festivals de prendre en charge la rémunération des forces de l'ordre mobilisées sur l'événement. Un coût conséquent qui pourrait entraîner une hausse des tarifs des billets, voire la disparition de certains festivals.

Les festivaliers de Rock en Seine en août 2016
Les festivaliers de Rock en Seine en août 2016 Crédit : BERTRAND GUAY / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Les festivals devront-ils s'acquitter des services des forces de l'ordre ? C'est la question que se posent bon nombre d'organisateurs, depuis la mise en place d'une circulaire par le ministère de l'Intérieur, le 15 mai dernier. Repéré par LeHuffPost, le texte "prévoit de facturer aux organisateurs le déploiement des forces de l'ordre. En d'autres termes, les responsables des festivals devront désormais régler la facture des policiers déployés sur et aux abords des lieux, ainsi que certains types de matériels".

Une situation fermement critiquée par Jack Lang. À l'antenne de France Inter, l'ancien ministre de la Culture craint une "concurrence déloyale" avec les événements "monstres" organisés par "l'entreprise multinationale Live Nation, tandis que le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, fait payer aux festivals de France et de Navarre le remboursement de frais de sécurité de plus en plus hallucinants". 

Il poursuit sa charge à l'encontre de l'ancien maire de Lyon : "Le plus grave est que l'esprit de service public s'érode. Les compagnies financières, les multinationales prennent ici et là le pouvoir (...) Je ne comprends pas que Gérard Collomb, qui a été un bon maire pour la culture, soit aujourd'hui un aussi désastreux ministre de l'Intérieur pour les arts". Mais que prévoit exactement cette circulaire ? 

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Qu'est-ce que la circulaire Collomb ?

Dans ce texte, Gérard Collomb précise que son "attention est régulièrement appelée sur les difficultés que rencontrent les services de la police et de la gendarmerie nationales dans la mise en oeuvre des règles concernant l'indemnisation des services d'ordre engagés à l'occasion d'événements nécessitant un dispositif de sécurité particulier". 

Ainsi, le ministère de l'Intérieur fait une distinction entre "les missions de service d'ordre relevant de la responsabilité de la puissance publique, qui ne font pas l'objet d'un remboursement au profit de l'État, de celles qui constituent des prestations au profit de tiers, et qui font l'objet d'un remboursement au profit de l'État". Concrètement, cela signifie que les missions répondant à une menace terroriste ne seront pas facturées, tandis que celles qui relèvent de l’organisation d'un tel événement pourront l'être. 

À noter que cette mesure existe depuis 2010, comme nous le souligne Aurélie Hannedouche, déléguée générale du Syndicat des musiques actuelles (SMA). "Chaque préfet traitait la question au cas par cas. Le fait que ce texte soit une nouvelle fois renvoyé, ça fait passer comme mot d'ordre de mettre la circulaire en application", explique-t-elle. 

Mais comment cela va-t-il s'appliquer ? Le ministère de l'Intérieur a réalisé une infographie dans laquelle on voit tous les types de missions pouvant être réalisées par les forces de l'ordre lors d'un festival. Il y est précisé celles qui devront être remboursées à l'État. Par exemple, la gestion du flux de véhicules, les barrages et déviations et les points de filtrage seront désormais à la charge des organisateurs. Cela vient donc s'ajouter aux services de sécurité privée déjà embauchés par les organisateurs.

Infographie du ministère de l'Intérieur
Infographie du ministère de l'Intérieur Crédit : Capture d'écran

Certains festivals menacés de disparition

Cette mesure existe donc déjà "à l'échelle locale", comme le souligne LeHuffPost. Désormais, les organisateurs de festivals craignent la disparition des événements à cause d'une charge économique trop lourde. Le festival de La Route du Rock a lieu tous les ans à Saint-Malo. L'année dernière plus de 32.000 visiteurs y étaient présents. Les forces de l'ordre mobilisées sur place assurent principalement des missions de contrôle, verbalisation et de fluidification des abords du festival. Ainsi, ce sont 50.000 euros qui sont alloués à la sécurité du lieu et des festivaliers.

Contacté par RTL.fr, François Floret, directeur général du festival explique "comprendre la position du gouvernement", mais affirme sans détour : "Ça va nous mettre en danger". D'un point de vue économique, "les événements comme le nôtre sont fragiles, nous sommes sur le fil du rasoir et les conséquences sur le budget vont être importantes. On ne peut pas prendre une telle décision pour tous les événements, nous n'avons pas les mêmes moyens. Nous ne serons plus rentables". 

Aurélie Hannedouche nous raconte le cas précis du festival Microclimax qui devait se dérouler du 6 au 8 juillet sur l'Île de Groix. "C'est un petit événement, ils avaient prévu d'accueillir 450 festivaliers. Leur budget était de 16.000 euros et la préfecture leur a demandé 19.000 euros pour couvrir les missions des forces de l'ordre, une somme supérieure au budget de tout le festival. Ils ont été obligés d'annuler". Le syndicat SMA craint que cela ne devienne un "moyen dissuasif pour les préfets pour éviter toutes organisations d’événements sur leur territoire".

Vers une hausse des prix ?

Pas question pour François Floret d'augmenter les prix des billets (le pass trois jours de La Route du Rock est vendu à 108 euros, ndlr) : "Les festivaliers ne sont pas des vaches à lait. On ne va pas pouvoir augmenter le prix éternellement, le public a ses limites". Il défend aussi l'idée d'une "exception culturelle française" et pose la question de savoir si le gouvernement veut "uniformiser la culture. En France, veut-on que seuls ceux qui ont les moyens de faire de la culture, le fassent ? La notion de service public est très importante et c'est aussi important de conserver cette notion d'exception culturelle. Nous sommes là aussi pour faire des propositions aux gens dans le domaine de la culture". 

Les festivaliers ne sont pas des vaches à lait

François Floret, directeur général de La Route du Rock
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Les Eurockéennes de Belfort, qui accueillent 130.000 personnes par an, expliquent dans les colonnes du Figaro : "Nous venons seulement d'apprendre il y a quelques jours la mise en place de cette mesure, et c'est trop tard pour adapter notre politique tarifaire (...) Si rien ne bouge, nous serons obligés d'augmenter le prix des billets pour l'année prochaine", déclare Yann Bramoullé, responsable des partenariats du festival Couvre-feu.

C'est donc l'incompréhension qui règne chez les organisateurs qui soulignent le manque d'accompagnement du gouvernement dans cette démarche. François Floret estime que les impôts payés par les Français devraient permettre d'assurer la démarche de service public. Même remarque chez Yann Bramoullé, qui indique que "le pire c'est que les forces de l'ordre sont là pour assurer la sécurité des citoyens, qui financent déjà ces opérations par leurs impôts. L'augmentation du prix des billets, indispensable à notre survie, les ferait payer ce service une deuxième fois". 

Et le ministère de la Culture dans tout cela ? Le directeur général de La Route du Rock nous précise ne pas avoir été en contact avec lui. Sollicité par nos soins, aucune suite n'a été donnée à notre demande. Le SMA souligne néanmoins que le ministère est à leurs côtés et qu'"il est impensable pour eux d'envisager l'arrêt des festivals pour ces raisons".

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2018-07-05 16:49:00
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