3 min de lecture Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy : une journée décisive pour le destin judiciaire de l'ancien chef d'État

La cour d'appel de Paris va décider si les écoutes téléphoniques entre Nicolas Sarkozy, alias Paul Bismuth, et son avocat, Thierry Herzog, sont exploitables.

Nicolas Sarkozy le 9 mars 2015 lors d'un meeting UMP à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne").
Nicolas Sarkozy le 9 mars 2015 lors d'un meeting UMP à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne"). Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Claire Gaveau
Claire Gaveau
et AFP

L'horizon judiciaire de Nicolas Sarkozy va-t-il s'éclaircir ? Dans l'hypothèse où la procédure devait, au contraire, être validée, l'enquête, gelée depuis l'automne, reprendrait avec le risque persistant d'un infamant renvoi en correctionnelle pour celui qui apparaît désireux d'obtenir une revanche sur François Hollande en 2017. 

Redevenu depuis chef de l'opposition, il est soupçonné d'avoir en 2014 sollicité le haut magistrat Gilbert Azibert par l'intermédiaire de son avocat Thierry Herzog "pour tenter d'influer sur une décision" de la Cour de cassation le concernant dans l'affaire Bettencourt, résume une source proche de l'enquête. "Ou, à tout le moins, pour tenter d'obtenir des informations confidentielles", poursuit cette source. En échange, Nicolas Sarkozy aurait promis d'intervenir pour que le magistrat obtienne un poste de prestige à Monaco. Au final, l'ex-président n'a pas obtenu gain de cause, ni Gilbert Azibert le poste convoité

Nicolas Sarkozy, alias Paul Bismuth

Cette thèse des enquêteurs est "une insulte à (son) intelligence", s'était indigné Nicolas Sarkozy qui avait vu dans son placement en garde à vue en juillet 2014, mesure inédite pour un ex-président, une "volonté de (l')humilier  publiquement". Le dossier se nourrit essentiellement de ses conversations avec son avocat, Thierry Herzog. L'ex-président avait initialement été placé sur écoute dans l'enquête sur les accusations de financement libyen de la campagne présidentielle victorieuse de 2007. 

Ces échanges entre Nicolas Sarkozy et son avocat "ne suscitent pas d'interrogations quant à leur volonté et leurs attentes", estime une source proche de l'enquête. Leur contenu paraît en effet gênant pour Nicolas Sarkozy. "Moi, je le fais monter !", dit-il ainsi le 5 février 2014 à Thierry Herzog à propos de Gilbert Azibert. "Je l'aiderai", insiste-t-il, s'exprimant depuis un portable fourni par son avocat et souscrit au nom d'emprunt de Paul Bismuth.

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Le 11 février 2014, dans une conversation sur leurs portables non officiels, les deux hommes conviennent de se rappeler sur la ligne officielle de Nicolas Sarkozy, qu'ils savent surveillée. L'ex-chef de l'État ironise sur "ces messieurs qui nous écoutent".  

Le 23, alors que l'ancien président doit se rendre dans la Principauté, Thierry Herzog lui rappelle, si l'opportunité se présente, "de dire un mot pour Gilbert". Nicolas Sarkozy acquiesce, dit qu'il fera "la démarche", ce qu'il confirme deux jours plus tard. Le lendemain, il renonce subitement. Nicolas Sarkozy y voit la démonstration qu'il n'a rien à se reprocher. Pour les enquêteurs, ce revirement peut s'expliquer par le fait que les deux hommes viennent d'apprendre que leurs téléphones non officiels sont aussi sur écoute

Les juges disposent d'autres écoutes, comme celles de Gilbert Azibert qui se voit reprocher par son épouse d'être "allé magouiller avec Sarkozy". Gilbert Azibert a depuis quitté la magistrature. Une conversation entre Thierry Herzog et le magistrat est également troublante : le premier y explique  au second que "la démarche à Monaco a été faite". "Oui, bah c'est sympa", répond Gilbert Azibert. 

Les conversations sont-elles exploitables ?

Les juges pourront-ils exploiter les conversations entre Nicolas Sarkozy, alias Paul Bismuth, et son avocat ? Sans celles-ci, dont le parquet général avait requis la validation lors de l'audience en mars, le dossier se viderait de sa substance. Aussi Nicolas Sarkozy a-t-il dès sa garde à vue contesté "formellement la légalité des interceptions qui ne sont ni plus ni moins qu'un scandale" et donc refusé de répondre aux questions sur elles. "Si nous triomphons, il n'y aura plus de suite judiciaire", avait d'ailleurs dit après l'audience l'avocat de Gilbert Azibert, Me José Allegrini.   

Si la cour d'appel de Paris répond jeudi par la négative, le dossier qui vaut une mise en examen pour corruption à l'ex-chef de l'État s'écroulera. Nicolas Sarkozy a été mis en examen à l'été 2014 pour "corruption active", "trafic d'influence actif" et "recel de violation du secret professionnel", une décision des juges Claire Thépaut et Patricia Simon dont il a mis en doute l'impartialité politique. 

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