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Législatives 2017 : pourquoi l'abandon du vote électronique pose problème

L'annonce du gouvernement de retirer le vote électronique aux Français de l'étranger a provoqué la colère des élus concernés, certains jugeant la mesure "hallucinante".

Un bulletin de vote glissé dans l'urne (illustration)
Un bulletin de vote glissé dans l'urne (illustration)
Crédit : CHARLY TRIBALLEAU / AFP
Léa Stassinet

Frédéric Lefebvre a déjà lancé une pétition. Le député des Français d'Amérique du Nord n'accepte pas la décision du gouvernement de retirer le vote électronique aux Français de l'étranger pour les prochaines législatives. Lundi 6 mars, le secrétaire d'État au Commerce extérieur Mathias Fekl a expliqué dans un communiqué que la décision avait été prise "sur la base des recommandations des experts de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes informatiques, et en tenant compte du niveau de menace extrêmement élevé de cyberattaques qui pourrait affecter le déroulement du vote électronique". 

Malgré ces explications, la pilule a du mal à passer pour les élus concernés. Hormis Frédéric Lefebvre, d'autres députés ont laissé exploser leur colère. Le député de la 11ème circonscription des Français de l'étranger (Europe orientale, Asie, Océanie) Thierry Mariani juge la mesure "hallucinante". Il "n'ose pas imaginer" que le gouvernement puisse avoir "la volonté tordue d'éviter le vote des expatriés". L'ancien ministre des transports va même jusqu'à parler "d'atteinte à la démocratique", puisque, comme il le confie au Figaro, "la moitié des électeurs concernés seront privés de vote. (...) Tous les expatriés ne vivent pas à Bruxelles, Londres ou Zurich !" dit-il, citant les exemples de l'Australie, la Chine ou encore le Cambodge, où les électeurs doivent faire "3 à 6 heures pour atteindre leurs points de vote". 

Les élus socialistes ne comprennent pas non plus la prise d'une telle décision. "C'est un scandale du point de vue démocratique ! On ne retire pas un droit de vote sans débat parlementaire... Les bras m'en tombent et je trouve cela totalement irresponsable", déclarait un socialiste en apprenant la nouvelle. Sur Twitter, celle qui vient de quitter le gouvernement pour justement se consacrer à sa réélection en tant que députée de la 3ème circonscription des Français de l'étranger s'est elle aussi montré très sévère. Pour Axelle Lemaire, "Si c'est confirmé (ce qui est désormais le cas, ndlr), c'est plus qu'un fiasco : un déni démocratique".

Le vote électronique plébiscité par les Français de l'étranger en 2012

Si ces élus sont à la quasi-unanimité contre cette mesure, c'est avant tout parce que ce mode de scrutin a fait ses preuves en 2012. À l'époque, la moitié des votants des deux tours avaient désigné leur candidat par voie électronique, rappelle Le Figaro. 57,4% des Français de l'étranger avaient voté électroniquement au 1er tour, 53,5% au second. Aucun problème n'avait été détecté, laissant penser que le vote électronique serait reconduit pour les prochaines échéances électorales. 

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Mais la situation a évolué, explique-t-on du côté de l'Agence nationale pour la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), qui a rendu l'avis défavorable sur lequel le gouvernement s'est appuyé pour abandonner le mode de scrutin. "Si la plateforme (de vote, ndlr) est clairement meilleure qu'en 2012, le niveau de la menace est aujourd'hui bien supérieur", indique le directeur général de l'ANSSI, Guillaume Poupard au site Nextimpact

Ce qui est plus probable, c’est une attaque majeure qui rende le système indisponible

Guillaume Poupard, directeur général de l'ANSSI

Guillaume Poupard parle d'un "risque d'image", dans le cas où le vote électronique aurait été reconduit. "Ce qui est plus probable, en termes de faisabilité, c’est une attaque majeure qui rende le système indisponible, détruise des bases, etc. avec un impact important sur l’image du fonctionnement de la démocratie". Il n'exclut pas non plus des cas "de manipulations fines, pourquoi pas la publication de la liste des Français qui ont voté pour tel candidat. En termes de fonctionnement démocratique, ce serait grave", poursuit-il. 

Si les élus, à l'image d'Axelle Lemaire dénoncent également le fait que l'annonce arrive bien tard, (3 mois avant le premier tour, ndlr), le directeur général de l'ANSSI a une explication. "Si cela n'a pas été annoncé il y a six mois, c'est parce qu'on espérait encore durcir la plateforme. Les moyens ont été mis en oeuvre, mais le niveau atteint ne nous semble pas suffisant", estime Guillaume Poupard. "C'est une déception pour tout le monde, pour nous, pour les représentants des Français de l'étranger qui y voyaient un axe de progrès", déplore-t-il. 

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