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Marine Le Pen à Paris, le 6 octobre 2022
Crédit : Alain JOCARD / AFP
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Au lendemain du match France-Sénégal mardi 16 juin, le Rassemblement national se retrouve face à une contradiction : comment soutenir les Bleus et en même temps conserver sa position historique vis-à-vis du football.
Avec la Coupe du monde, le Rassemblement pourrait bien être amené à revoir son discours sur le ballon rond. Contrairement à la majorité des membres de la classe politique, Marine Le Pen et Jordan Bardella se font plutôt discrets sur les compétitions footballistiques et les éventuels résultats victorieux de l'équipe de France.
Contacté par RTL.fr, Valentin Guéry, maître de conférences à l’Université Paris-Nanterre et auteur d'une thèse sur les représentations du sport par les partis politiques français sous la Vème République, observe que le Rassemblement national "essaye de participer à cette liesse collective". "Le parti essaye de moins en moins de se situer à l'écart, maintenant qu'ils sont vraiment intégrés dans l'échiquier politique. Ils évitent de trop polémiquer", ajoute-t-il.
La finale de la Ligue des champions avec la victoire du PSG en a fait la démonstration. Marine Le Pen n'a posté aucun message ou de vidéo d'encouragement à destination des joueurs, avant, pendant et après le match. Préférant dénoncer les débordements qui ont eu lieu dans la soirée du 30 mai.
Jordan Bardella s'est contenté d'un message posté su X. Un style éloigné de la communication choisie par Édouard Philippe ou Gabriel Attal qui apparaissent en vidéo, entourés de supporters en train de célébrer la victoire. "On détruit tout sur son passage, on casse les commerces, on casse les abribus, on brûle des voitures et ensuite on pille. Je dis aux Français : 'Réveillez vous' parce que dans quelques temps, ils casseront la porte des immeubles et ils rentreront dans vos appartements", a déclaré Jordan Bardella sur BFMTV lundi 1er juin.
Joint par RTL.fr, l'historien du sport Paul Dietschy confirme que "le RN n'a pas salué avec beaucoup d'entrain la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des Champions". "Cela me paraît assez évident, ajoute-t-il. Le PSG représente Paris, qui n'est pas une terre électorale du Rassemblement national. Le club est aussi aux mains des Qataris. Et enfin, son équipe est assez largement composée d'étrangers, avec un entraîneur étranger et des joueurs français issus de l'immigration", liste l'historien.
Selon lui, "tout cela compose un cocktail dans lequel le RN ne veut pas se reconnaître", sans oublier qu'en prenant ses distances avec le PSG, le RN "se démarque" des autres personnalités politiques, par exemple Emmanuel Macron qui est un supporter de l'OM et qui a reçu le PSG à l'Élysée.
Marine Le Pen n'a jamais caché le peu d'affection qu'elle avait pour le ballon rond. En 2016 lors de l'Euro organisé en France, la patronne du parti reconnaissait : "Ce n’est un secret pour personne, je n’ai pas une attirance particulière pour le football. Plus précisément pour le football professionnel, son étalage indécent d’argent, ses scandales à répétition, sa corruption endémique".
Dix ans plus tard, Marine Le Pen a réagi aux violences dans la foulée de la finale de la Ligue des champion. "Il n'y a qu'en France où une victoire de football provoque des émeutes", a-t-elle fustigé. Selon Étienne Gernelle, directeur de la rédaction du Point et éditorialiste à RTL, la réaction de la cheffe des députés RN "était attendue". "C'est son créneau, un peu plus que le foot d'ailleurs probablement", souligne-t-il.
Pourtant, lors des élections régionales de 2015, la candidate RN s'était rendue quelques semaines avant le scrutin en tribune du Stade Bollaert, à Lens. Et en 2021, en pleine campagne présidentielle, la candidate avait proposé d'exonérer les jeunes de moins de 30 ans d’impôt sur le revenu pendant cinq ans. Elle avait notamment cité le nom de Kylian Mbappé.
"Le RN se saisit du football, surtout des débordements en marge de certains matchs pour nourrir son discours sur l'insécurité en France et sur l'incapacité de l'État à y faire face", explique l'historien du sport Paul Dietschy. En n'apportant pas son soutien au PSG, le RN a surtout "plus à gagner à dénoncer les débordements", appuie Valentin Guéry. En effet, le parti a un rapport "très utilitariste au football", indique le maître de conférences à l’Université Paris-Nanterre.
À l'Assemblée, la fibre footballistique est peu présente dans le groupe de députés, en témoigne la réaction d'un élu RN interrogé par RTL.fr sur son pronostic pour la Coupe du monde : "Ça a commencé ?", a-t-il répondu surpris, au lendemain de la cérémonie d'ouverture. L'équipe de football de l'Assemblée nationale a elle été le théâtre de tensions, avec un barrage républicain mis en place par les députés LFI.
Dans une étude réalisée par la fondation Jean Jaurès datant de 2024, l'historien Paul Dietschy indiquait que "le football, qui s’est toujours adressé aux classes populaires, aux populations issues de l’immigration, ne représente pas la nation telle que le [RN] l’imagine". À RTL.fr, il explique que l'électorat du RN est composé de jeunes mais aussi de personnes plus âgées.
"Ces derniers ne se reconnaissent pas forcément dans le football, et se reconnaissent peut-être davantage dans des sports comme le rugby", explique-t-il avant de préciser : "Je ne dis pas que le rugby est un sport RN, bien évidemment, mais un sport qui, finalement, représenterait plus la France imaginée par le RN".
Le Rassemblement national a très peu de connexions avec le mouvement sportif. En témoigne les diverses tribunes et prises de parole de footballeurs et de sportifs. Mais cette réalité ne se reflète pas forcément sur le terrain. "Ils ont réussi à retourner un peu le mouvement local en dépolitisant fortement la question sportive", analyse le maître de conférences à l’Université Paris-Nanterre Valentin Guéry.
À Hénin-Beaumont, par exemple, les élus "se sont tellement notabilisés qu'ils ont pu faire oublier l'étiquette RN et qu'ils peuvent mettre sous le tapis certaines idées parce qu'ils ont un tel ancrage, étudie Valentin Guéry. Au moment où le tissu sportif était quand même très réfractaire et suspicieux vis-à-vis du RN, ils ont dépolitisé la question avec une stratégie de proximité". "La plupart des dirigeants sportifs rencontrés sont satisfaits de la politique menée par la ville parce que l'adjoint au sport s'est lui-même inscrit, alors qu'il n'était pas sportif, à un ensemble d'associations sportives. Il a tissé des liens, comme le faisaient les édiles socialistes du bassin minier", détaille-t-il.
"Dans d'autres villes, c'est plus compliqué", nuance-t-il. L'expert note un rapport très ambivalent entre le RN et le football. "Ils sont en permanence tiraillés", indique-t-il. Allié au RN, Éric Ciotti a fait campagne lors des municipales à Nice en assurant que les Jeux Olympiques d'hiver étaient une gabegie et que la ville n'avait pas à les payer. Aujourd'hui, il regrette que le comité d'organisation n'ait pas choisi Nice pour accueillir les épreuves de patinage", explique Valentin Guéry.
"Donc en même temps, on essaye de montrer que la dépense publique dans le sport est inutile, mais en même temps, le sport permet de retirer des profits en termes d'images symboliques", ajoute-t-il.
Autre exemple : à Mante-la-Ville, le maire RN a retiré près de 100.000 euros de subventions au club de foot du Val-Fouré, en expliquant que c'était le symbole de la submersion migratoire.
Avant le Rassemblement national, le Front national aussi jonglait entre deux lignes. "Depuis les années 70 le parti oscille entre une stratégie de démarcation et une stratégie de normalisation pour être accepté au sein de ce champ politique", poursuit Valentin Guéry. Une stratégie visible dans le domaine du football, mais aussi plus largement dans le sport. "Depuis les années 80, l'extrême droite a toujours été dans un entre-deux : ils vont à la fois critiquer les dérives financières du football, mais en même temps, Jean-Marie Le Pen proposait que la France puisse accueillir les Jeux Olympiques. Il y a toujours un peu ces contradictions et ces ambivalences qui continuent à se poser aujourd'hui", note Paul Dietschy.
Le cofondateur du Front national Jean-Marie Le Pen "jouait le franc-tireur la provocation", selon l'historien du sport Paul Dietschy. Au lendemain de la qualification aux tirs au but des Bleus face aux Pays-Bas lors de l’Euro 1996, Jean-Marie Le Pen déclarait au JT de France 2 qu'il était "artificiel de faire venir des joueurs de l’étranger et de les baptiser équipe de France". "Je constate que la plupart des joueurs de l’équipe de France ne le chantent pas, ou même ne le savent pas", ajoutait-il.
À l'occasion du Mondial de 2006, Jean-Marie Le Pen réitère. "J’ai le sentiment qu’il y a entre la France et cette équipe de France une certaine difficulté d’être (...) Peut-être que le sélectionneur a exagéré la proportion de joueurs de couleur", déclarait-il à Reuters.
"Le football mais aussi les Jeux Olympiques portent les couleurs nationales, portent la nation. Ce sont un des lieux finalement d'identité nationale où tout le monde se retrouve. Donc, le problème pour le RN, c'est de ne pas être en porte-à-faux avec cela"
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