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Santé des Présidents : Patrice Duhamel est l'invité de RTL Matin
Crédit : RTL
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Pendant des décennies, la santé des présidents a été dissimulée avec méthode. "C’est une omerta qui a été respectée à peu près par tout le monde", a raconté l'ancien journaliste Patrice Duhamel et auteur de Le Crépuscule des dieux, invité de RTL ce lundi 4 mai.
Le journaliste s'est souvenu d’un épisode marquant en 1973, lors d’un déplacement de Georges Pompidou à Reykjavik : "On me demande si je sais garder un secret d’État. C’est la première fois qu’on me posait cette question." De retour à Paris, le journaliste devait monter son sujet "sans faire de gros plans" pour ne pas montrer un président que certains confrères américains décrivent déjà comme "mourant".
À l’époque, la communication officielle évoquait de simples "grippes" ou "hémorroïdes". "Vous le saviez, mais pas le téléspectateur", a résumé Marc-Olivier Fogiel.
Aujourd’hui, une telle situation serait intenable selon Patrice Duhamel : "Ce serait impossible de ne pas se poser de questions. Vous auriez autant de médecins sur les plateaux qu’il y a de militaires pour parler de la guerre."
Le cas de Georges Pompidou est au cœur du livre. Atteint d’une leucémie diagnostiquée dès 1968, soit plus de six mois avant sa candidature, il a présenté sa candidature aux présidentielles sans connaître la nature mortelle de sa maladie.
"Il sait que c’est une maladie du sang (…) mais il ne sait pas que c’est létal, qu'il pouvait en mourir", a expliqué Patrice Duhamel au micro de RTL.
Grâce au journal personnel du médecin hospitalo-universitaire hématologue et cancérologue Jean Bernard, il décrivait à l'époque "une descente aux enfers permanente pendant cinq ans". Le médecin, pourtant spécialiste mondial, n’avait même pas accès directement au président : "Il ne le verra qu’à la veille de sa mort" a précisé Patrice Duhamel.
"Georges Pompidou a souffert le martyr comme on ne peut pas l’imaginer", a-t-il insisté, révélant une organisation destinée à préserver à tout prix l’exercice du pouvoir.
Le phénomène a dépassé un seul cas. Charles de Gaulle, atteint d’un anévrisme, n’avait lui aussi jamais été informé de sa maladie. François Mitterrand, lui, incarnait selon Patrice Duhamel "un mensonge d’État organisé".
Atteint d’un cancer métastasé, son espérance de vie est estimée "entre trois mois et deux ans" par le cancérologue Adi Steg. Il a pourtant gouverné quinze ans, dont les dernières années "très affaibli, à la limite capable de diriger l’État".
Même constat pour Jacques Chirac après son AVC : "Il y a un avant et un après (…) il y a une période où il ne peut pas prendre l’avion."
Georges Pompidou et François Mitterrand n’avaient, dans les deux dernières années, ni la force de présider (…) ni le courage de démissionner.
Patrice Duhamel
Au total, "quatre présidents sur huit" de la Ve République ont été malades en exercice, a rappelé Patrice Duhamel. Un constat qui l’a poussé à écrire : "Ce qui m’a choqué, c’est l’ampleur, la dimension et la gravité des mensonges d’État."
Aujourd’hui encore, aucun mécanisme clair n’impose la transparence ou la démission. "Il n’y a quasiment rien dans la Constitution", a-t-il souligné. Une procédure existe via le Conseil constitutionnel, mais elle reste politiquement inapplicable.
Face à ce vide, il a plaidé pour une évolution : "Je pense qu’on ne peut pas continuer à cacher aux Français, lorsque le problème de santé à ce niveau-là de gravité se pose." Parmi ses pistes, un suivi médical régulier des candidats qualifiés à la présidentielle.
Au fond, la question est démocratique. Jusqu’où un président peut-il invoquer le secret médical ? "Est-ce qu’il y a un secret médical pour le chef des armées, qui est le seul à pouvoir déclencher la dissuasion ? (…) Non, ce n’est pas possible ", a tranché Patrice Duhamel.
À l’approche de 2027, le débat a été relancé : dans une société "adulte et surinformée", peut-on encore accepter qu’un chef d’État gravement malade dirige sans que les citoyens en soient pleinement informés ?
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