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Roland Lescure, à l'Assemblée nationale, le 26 mai 2025
Crédit : Bastien Ohier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Des termes qui traduisent la gravité de l'instant sur le plan international. La guerre au Moyen-Orient provoque "un nouveau choc pétrolier" qui risque de peser sur la croissance économique de la France, a affirmé le ministre de l'Économie Roland Lescure, mardi 24 mars à l'Assemblée nationale.
"Cette situation constitue un nouveau choc pétrolier. Si ce choc énergétique persiste au-delà de quelques semaines, la crise pourrait se diffuser plus largement à l'économie, et être au fond d'une nature plus systémique", a estimé le patron de Bercy. "Nous n'en sommes pas là. La manière la plus efficace de mettre fin à cette crise est évidemment de restaurer la circulation du pétrole et du gaz au sortir du détroit d'Ormuz".
Ce terme de "choc pétrolier" fait référence aux conséquences de la guerre du Kippour en 1973. Attaqué par la Syrie et l'Égypte pour reprendre des territoires occupés depuis la guerre des Six Jours, Israël avait été notamment aidé par les États-Unis. En réaction, les membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), majoritairement arabes, coupaient alors les robinets et les prix de l'or noir explosaient. Résultat ? Une crise économique et l'envolée du chômage.
Il y en a eu un deuxième en 1979, décidé encore par Opep en partie après la révolution iranienne et pour des conséquences similaires. Puis un troisième selon plusieurs observateurs autour de la crise de 2008.
Reste que tous les moments de tensions au niveau de l'offre de pétrole ne sont pas proprement qualifiés de "choc pétrolier". Or, Roland Lescure affirme lui qu'on en a "connu une dizaine depuis 50 ans". Alors simple choix sémantique ou réalité ?
Au vu du contexte international autour de l'Iran, "l'hypothèse d'une crise passagère, dont les conséquences économiques s'effaceraient avec la fin des bombardements, n'est malheureusement plus d'actualité", a considéré mardi le ministre devant la commission des Finances.
"Avec la crise, ce sont 15 à 20% du pétrole et 20% du gaz naturel liquéfié au niveau mondial, qui n'arrivent plus sur les marchés", a-t-il précisé, évoquant un total de "11 millions de barils en moins par jour pour l'économie mondiale".
Mais là où la comparaison ne fonctionne pas par rapport au "choc pétrolier" de 1973 par exemple, c'est justement avec les tarifs du pétrole. Les valeurs n'étant plus du même ordre de grandeur du fait des booms successifs, il convient d'observer l'ampleur de la hausse du tarif du baril. À l'époque, c'était environ de 400% (de 2,59 à 11,65 dollars en cinq mois), quand l'augmentation - continue depuis décembre 2025 - représente moins de 50% aujourd'hui (57,85 à 103,61 dollars, selon le site spécialisé prixdubaril.com) pour le brent.
D'ailleurs, en termes de valeur pure, le prix du baril actuel ne dépasse pas celui atteint après l'invasion russe en Ukraine en mai 2022, le record depuis la crise de 2008 : autour de 120 dollars.
"Nous suivons la diffusion plus large du choc dans l'économie, qui dépendra évidemment de la durée et de l'intensité du conflit", a néanmoins assuré Roland Lescure. D'après le ministre, "une hausse permanente de 10 dollars du baril représente environ 0,1 point de croissance en moins, et 0,3 point d'inflation en plus" pour la France. "Un baril qui resterait probablement à 100 dollars, soit un choc de 35 dollars par rapport au scénario d'avant-crise, conduirait à un impact négatif de 0,3 à 0,4 point sur la croissance et d'un point sur l'inflation", a-t-il détaillé.
Roland Lescure a cité les prévisions de l'Insee, selon lesquelles la croissance économique de la France devrait ralentir cette année, à 0,2% au premier trimestre comme au deuxième. Interrogé sur l'opportunité de revoir le budget de l'État, le ministre a répondu qu'il attendait un "comité d'alerte" prévu le 21 avril. "À ce stade, il est évidemment trop tôt", a-t-il jugé.
Si le gouvernement prépare des mesures en faveur des "grands rouleurs", particulièrement touchés par la flambée des prix des carburants, l'exécutif écarte pour l'heure de baisser les taxes ou bien tout "chèque" susceptible d'aggraver le déficit, comme l'a expliqué Sébastien Lecornu mardi. Il a prévenu que des décisions passées avaient été "très coûteuses pour les finances publiques" et que "derrière un chèque, très vite se cache en général un impôt ou une répercussion très grave pour les déficits".
Le Premier ministre a en revanche rappelé les mesures déjà prises : le fait de "jouer avec les stocks stratégiques" d'hydrocarbures pour faire baisser les prix, son appel à augmenter les capacités de raffinage (même si la marge de manœuvre des raffineurs est très limitée) et le "suivi des marges" des distributeurs, ainsi que les aides aux filières "les plus exposées", citant la chimie.
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