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Faut-il aller passer ses vacances en Gironde ? La préfète déconseille, "bien sûr" pour le ministre... Entre sécurité et économie, le gouvernement peine à trancher

Les autorités envoient des messages contradictoires aux vacanciers ayant prévu de se rendre en Gironde cet été. Alors que le feu n'est toujours pas fixé, les élus et les professionnels du tourisme regrettent les appels à éviter la région lancés par la préfète Sophie Brocas.

Le ministre du Tourisme, Serge Papin (à gauche), et la préfète de Nouvelle-Aquitaine, Sophie Brocas (à droite).

Crédit : AFP

Incendie : faut-il maintenir ses vacances en Gironde ?

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Quentin Menu

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Faut-il maintenir ses vacances en Gironde ou bien tout annuler ? La réponse erratique du gouvernement n'éclaire que très peu les vacanciers qui avaient prévu de se rendre dans la région bordelaise, aujourd'hui ravagée par les flammes. Si certains, et notamment les services de la préfecture, appellent à éviter la zone, notamment pour faciliter la circulation des sapeurs-pompiers, d'autres incitent les touristes à ne pas annuler leur séjour afin que l'économie locale ne sombre pas.

Il faut toutefois se rendre à l'évidence : difficile d'imaginer des vacances relaxantes dans ce paysage apocalyptique, et alors que le mégafeu qui a commencé à Saumos le 22 juillet n'est toujours pas fixé. Mardi matin, les campings et villages vacances de Lacanau ont été évacués. Des milliers de touristes venus passer leurs grandes vacances dans le Sud-Ouest ont été invités à quitter les lieux. "On devait partir à la mer", racontait, dépitée, une vacancière au micro de RTL. Elle a été forcée de reprendre sa voiture, direction le Lot-et-Garonne. Finies les vacances en Gironde.

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La Gironde "est le département le plus grand de France"

Depuis le début de cet incendie, qui a forcé l'évacuation de plus de 220.000 personnes, la préfète de Nouvelle-Aquitaine, Sophie Brocas, a préféré jouer la carte de la prudence. Une stratégie payante, aucun décès n'ayant été recensé parmi les habitants et les touristes ayant fui les flammes. Pour elle, pas question de compliquer la situation en laissant les vacanciers affluer dans la région. "J’incite fortement les touristes à ne pas venir, à ne pas rejoindre la Gironde, intimait-elle dimanche, lors de son point presse quotidien. J’invite aussi les touristes qui sont déjà présents à envisager une autre destination."

D'une part, il faut protéger les vies. Mais aussi, et surtout, il s'agit là de faciliter le travail des pompiers. Il faut "laisser l'accès aux services de secours, pour ne pas engorger les voies de transport et les voies de déplacement", justifiait la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, lundi, laissant à penser que la stratégie de la préfète était appuyée par l'exécutif.

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Mais la phrase de Sophie Brocas en a fait sursauter plus d'un. Sur RTL, la sénatrice de Gironde et ancienne ministre des Relations avec le Parlement, Nathalie Delattre (Mouvement radical), estimait mardi 28 juillet qu'"on ne peut pas véhiculer ce type de message". Déjà que les feux ravagent une partie du département, il ne faudrait pas non plus qu'il subisse un sinistre économique alors même que le tourisme pèse pour près de 7% du PIB de la Gironde. "Je comprends la préfète, elle est dans la protection de la population, convient l'élue. Mais si nous avons la zone du sud Médoc et du nord Bassin qui aujourd'hui sont touchées (...), le reste de la Gironde (...) n'est pas touché." Et de rappeler que celle-ci est "le département le plus grand de France".

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"Une petite Covid" pour les entreprises du tourisme

Comme elle, d'autres parlementaires du territoire ont saisi le ministère de l'Économie. "Les conséquences économiques de cette catastrophe sont majeures dans de nombreuses communes demeurées accessibles mais aujourd'hui largement désertées par les touristes", s'est inquiétée la députée Pascale Got (Parti socialiste) dans une lettre adressée à Roland Lescure. "Si la priorité absolue demeure la stabilisation des feux et la protection des habitants, je me fais le relais des acteurs touristiques et des commerçants, qui souhaitent savoir si le gouvernement envisage un plan de compensation des préjudices liés à l'effondrement de la saison touristique", a pour sa part enjoint la députée Edwige Diaz (Rassemblement national) dans un courrier envoyé à Bercy.

Une réunion autour des ministres de l'Économie et de celui du Tourisme s'est tenue en début de semaine pour prendre des premières mesures face aux conséquences économiques des mégafeux. Le gouvernement a notamment activé le dispositif de chômage partiel pour les entreprises forcées de fermer dans les zones sinistrées. En revanche, rien pour le moment n'a été annoncé pour les campings, restaurants, boîtes de nuit et autres entreprises liées au tourisme mais non directement menacées par les flammes. Pourtant, celles-ci verront très certainement leur chiffre d'affaires de l'été fondre en cas de fuite massive des touristes.

Ce qui inquiète grandement les professionnels du secteur. Franck Chaumes, le patron de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) de Gironde, compare la situation actuelle à "une petite Covid". "Nous sommes en train de batailler avec le gouvernement pour obtenir le maximum d'accompagnement", a-t-il dit mercredi 29 juillet sur RMC.

Serge Papin monte au créneau

Sur ce sujet, le gouvernement avance sur une ligne de crête. Critiqué sur les moyens accordés à la lutte contre les incendies mais aussi sur son manque de préparation au changement climatique, il ne lui faudrait pas, en plus, que toute une région s'écroule économiquement.

Alors, Serge Papin, le ministre des PME et du Tourisme, a décidé de monter au créneau pour pousser les vacanciers à maintenir leurs plans s'ils avaient prévu d'aller dans la région girondine. "Une façon peut-être aussi d’être solidaire avec ces territoires, c’est de se dire au fond, on y va, on y retourne", a-t-il martelé mardi sur TF1, évoquant des zones comme le Libournais, dans le nord-est du département, qui ne sont pas concernées par les incendies. À la question, "faut-il maintenir ses vacances en Gironde ?", le ministre répond, sans hésiter : "Bien sûr !".

Mais face au désastre, difficile de faire comme si de rien n'était. Plus de 42.000 hectares de pinèdes sont partis en fumée, quatre ans seulement après le dernier gros incendie de la région. Lundi, le président s'est rendu sur place. Il a tenu les discours de crise qu'on lui connait, comme ceux tenus lorsque la guerre a commencé en Ukraine ou quand le monde était frappé par le Covid. "On aura à replanter, rebâtir, mais on devra replanter et rebâtir une forêt différente", a prévenu Emmanuel Macron.

Le chef de l'État a aussi promis de soutenir les entreprises impactées par ces mégafeux. "On met en place les protocoles, y compris aussi pour l'impact touristique parce qu'on sait qu’il y avait des acteurs touristiques qui attendaient des revenus. [Ce feu] arrive en pleine saison. On va accompagner, comme on l'avait fait à La Teste et ailleurs il y a quatre ans."

"[Il faudra] être prêt à évacuer"

Si le discours des officiels est moins alarmiste que ce week-end et que le gouvernement veut tout faire pour sauver la saison touristique, il ne veut pas non plus laisser penser qu'il sous-estime la gravité de la situation. Quitte à recadrer légèrement sa communication. Sur ses réseaux sociaux, le ministre Serge Papin a voulu nuancer ses propos, en rappelant que, "bien sûr, il ne faut pas se rendre actuellement dans les zones évacuées à cause des incendies afin de laisser les secours intervenir et protéger chacun d'entre nous". Il se concentre surtout sur "l'après" : "J'ai bon espoir que pour le mois d'août on puisse rouvrir les zones qui ont été évacuées, où les flammes n'ont pas fait de dégâts", disait-il sur TF1.  

Mardi soir, lors de son dernier point sur la situation, la préfète Sophie Brocas a elle aussi quelque peu revu son discours. "Pour les vacances, si on veut venir faire du tourisme en Nord-Garonne, pas de problème, on est tout à fait en sécurité, le feu ne passera pas", a-t-elle insisté. "Pour le Sud-Garonne, on peut venir, je n'ai pas interdit l'accès au territoire, a-t-elle tenu à préciser. Mais interdiction d'aller dans les zones brûlées ou sous le feu, ça va de soi. Et pour le reste, si on veut aller passer ses vacances sur la façade atlantique, il faut prendre ses dispositions et vérifier que tout se passe bien." Et d'ajouter à l'attention des possibles vacanciers qui auront suivi le conseil du ministre Serge Papin : "[Il faudra] être prêt à évacuer si c'est nécessaire". 

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