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ÉDITO - "On ne s’emballe pas avec les sondages" : pour Étienne Gernelle, les candidats à la présidentielle feraient bien de méditer les leçons d'Édouard Balladur

Au lendemain de la mort d’Édouard Balladur à 97 ans, les hommages se multiplient dans la classe politique. Étienne Gernelle y voit surtout trois leçons très actuelles pour les prétendants à la présidentielle : la prudence face aux sondages, l’urgence de traiter la dette et les retraites, et la nécessité d’apprendre à perdre.

Jacques Chirac et Édouard Balladur, le 20 avril 1993 à l'hôtel de Matignon, à Paris.

Crédit : Pascal PAVANI / AFP

Etienne Gernelle - édité par La rédaction numérique de RTL

Candidat à la présidentielle de 1995, Édouard Balladur, mort ce lundi 31 août, laisse derrière lui au moins trois leçons que les prétendants d’aujourd’hui feraient bien de méditer.

La première est évidente : on ne s’emballe pas avec les sondages. Nous sommes le 1er septembre 2026, un peu plus de sept mois avant le scrutin. En septembre 1994, Édouard Balladur écrasait Jacques Chirac dans les enquêtes d’opinion. Le croisement dans les intentions de vote n’est intervenu que fin février 1995. Prudence, donc. L’ordre d’arrivée, y compris au sein d’un même camp, peut encore changer.

Dette et retraites, les mêmes blocages

La deuxième leçon de la carrière d’Édouard Balladur, c’est que les problèmes ne se règlent pas tout seuls. Trente ans après, nous avons les mêmes.

En 1993, année de son arrivée à Matignon, le déficit dépasse les 6% et demeure au-dessus de 5% les deux années suivantes, comme lors des deux dernières années. On emprunte à tour de bras, d’autant qu’à l’époque les taux d’intérêt sont à la baisse. Résultat : la dette grossit, grossit, et atteint 56% du PIB en 1995. Cela paraît peu par rapport à aujourd’hui, mais on voit bien que les mêmes faiblesses, les mêmes lâchetés, produisent les mêmes résultats.

Édouard Balladur a tout de même agi pour tenter d’y remédier. Il a mené une réforme des retraites qui allongeait notamment la durée de cotisation. Mais cette réforme n’a pas suffi, loin de là. Et elle ne concernait que le privé, pas la fonction publique.

C’est d’ailleurs un parallèle frappant : 1993, réforme Balladur ; 2023, réforme Borne. Trente ans entre ces deux réformes impopulaires qui n’ont, ni l’une ni l’autre, réglé le problème. La leçon pour aujourd’hui, pour nos candidats, est simple : le réel se venge toujours. Il est plus que temps, sur les retraites comme sur les déficits - et les deux sujets sont liés - d’arrêter de procrastiner.

Le réel finit toujours par rattraper la politique

La troisième leçon tient en peu de mots : apprendre à perdre. C’est une formidable leçon d’Édouard Balladur.

Nous sommes le 23 avril 1995, soir du premier tour de la présidentielle. Il est éliminé. Il prend la parole devant ses partisans. Il s’apprête à appeler à voter pour Jacques Chirac, son rival, son ennemi même, qu’il a pourtant devancé. Ses militants conspuent alors le nom de Chirac. Édouard Balladur lance son célèbre : "Je vous demande de vous arrêter."

On l’a beaucoup moqué pour cela. À tort. L’apprentissage de la défaite, pour les candidats à la présidence, est essentiel. C’est ce qui donne de la dignité à l’exercice démocratique. Ce souvenir rejoint ces vers célèbres et magnifiques de Rudyard Kipling : "Si tu peux rencontrer triomphe et désastre / Et traiter également ces deux imposteurs."

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