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Démissions Bayrou et Sarnez : un coup dur ou une aubaine pour Macron ?

DÉCRYPTAGE - Sylvie Goulard, François Bayrou et Marielle de Sarnez ont démissionné du gouvernement, quelques heures avant l'annonce du remaniement. Quel sera l'impact de leur décision pour Emmanuel Macron ?

François Bayrou et Marielle de Sarnez, le 21 juin 2017
François Bayrou et Marielle de Sarnez, le 21 juin 2017 Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

En 24 heures, trois ministres ont annoncé leur démission du gouvernement d'Édouard Philippe, à quelques heures du remaniement qui doit intervenir ce mercredi 21 juin à 18 heures. Sylvie Goulard a donné le ton en annonçant, dès hier, sa volonté de quitter ses fonctions de ministre des Armées. L'ancienne députée européenne centriste a expliqué dans un communiqué : "Dans l'hypothèse où l'enquête préliminaire visant le MoDem conduirait à vérifier les conditions d'emploi de mes assistants au Parlement européen, je souhaite être en mesure de démontrer librement ma bonne foi et tout le travail que j'y ai accompli".

Cette décision est venue fragiliser la position tenue par François Bayrou et Marielle de Sarnez. Début juin, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "abus de confiance et recel", pour des soupçons d'emplois fictifs d'attachés parlementaires européens. Ce mercredi 21 juin, le garde des Sceaux et la ministre chargée des Affaires européennes ont aussi annoncé leur démission.

Un positionnement de plus en plus intenable

Elles viennent acter la fin d'un flou autour de la position de François Bayrou et Marielle de Sarnez. Cela avait même donné lieu à un couac, le premier au sein du gouvernement, entre Édouard Philippe et le ministre de la Justice. Le premier a défendu, sur Franceinfo, le fait que "quand on est ministre, on ne peut plus réagir comme quand on est un simple citoyen. Je comprends parfaitement que l'homme qu'est François Bayrou ait été agacé par la façon dont les questions étaient posées (à propos de l'affaire judiciaire du MoDem, ndlr). L'ensemble des Français peuvent comprendre ça. Il se trouve que quand on est ministre, on n'est plus simplement un homme animé par ses passions, sa mauvaise humeur ou par ses indignations". En réponse, François Bayrou avait mis en avant sa liberté de parole au sein du gouvernement : "Quand il y a quelque chose à dire, on le dit sans aucune pression mais on le dit, pour que le dialogue civique entre journalistes et responsables et citoyens soit un dialogue franc, et j'essaie d'être franc". 

Au micro d'Elizabeth Martichoux, à l'antenne de RTL, il avait souligné qu'"Édouard Philippe a dit quelque chose que je considère comme absolument juste et j'ai dit quelque chose que je considère comme absolument juste (...) Je ne défie personne, je suis trop détendu pour cela. La responsabilité et la franchise sont conciliables. Au sein d'une équipe politique, il faut avoir de la liberté de parole, il faut qu'il y ait de la vie et pas que l'on vive avec la langue de bois". Marielle de Sarnez évoque, elle, la présidence du groupe MoDem à l'Assemblée nationale comme raison de son départ. Le parti centriste a obtenu 42 députés lors des élections législatives

Coup dur : des départs à quelques heures du remaniement

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Les départs de Sylvie Goulard, François Bayrou et Marielle de Sarnez viennent fragiliser le début du mandat d'Emmanuel Macron. Le remaniement annoncé aujourd'hui ne devait être que "technique" mais il sera plus profond. En effet, dans la hiérarchie du gouvernement, le ministre de la Justice occupait la place de numéro 4 et la ministre des Armées de numéro 5. Édouard Philippe devra donc remplacer des poids lourds de son gouvernement, dont un ministre d'État.

Emmanuel Macron et Édouard Philippe se retrouvent donc à mettre en place un remaniement d'une plus grande ampleur que celui initialement prévu. "Du côté de l'Élysée et de Matignon, on fait profil bas, note l'AFP, qui ajoute que l'entourage du Premier ministre 'respecte' la décision de François Bayrou. La présidence s'est refusée à tout commentaire, laissant au futur ex-locataire de la place Vendôme 'le soin de s'exprimer'". 

Coup dur : démission du défenseur de la loi de moralisation de la vie publique

Concernant François Bayrou, cette démission intervient au moment où le ministre portait avec ferveur le projet de loi sur la moralisation de la vie publique. Ces mesures avaient été formulées bien en amont par ce dernier, lors de son alliance avec Emmanuel Macron en pleine campagne présidentielle. Selon Alba Ventura, la situation "n'était plus tenable. À partir du moment où Sylvie Goulard décidait d'elle-même de quitter le gouvernement pour faire valoir sa bonne foi, cela a mis une pression énorme sur François Bayrou et Marielle de Sarnez". "C'est un retour de boomerang. Quand on a fait campagne autour du renouvellement des pratiques et de l'exemplarité, c'est normal que cela se produise. Mais on est dans une période où l'on n'est pas digne de la réflexion autour du rôle de la presse et des juges dans la politique. De plus en plus de Français vivent ces périodes de chaos, non plus comme un contre-pouvoir, mais comme un anti-pouvoir. C'est une période compliquée pour gouverner", explique Anne Rosencher, la directrice déléguée de la rédaction de L'Express, à l'antenne de RTL.

Mais pour l'opposition, ces départs en série sont dignes d'un "scandale politique" et d'une "crise gouvernementale majeure", dénonce Laurent Wauquiez. Le président de la région d'Auvergne-Rhône-Alpes ajoute : "Quatre ministres. Imaginez deux secondes si on avait été dans cette situation. Si François Hollande lui-même avait été dans cette situation, un mois après sa prise de fonction. C'est une crise majeure". Le constat est le même pour Brice Hortefeux. "Le succès de la présidence Macron était inédit mais la présidence en elle-même s'annonce étonnante. Ça ne s'est jamais produit dans l'histoire de notre République, qu'il y ait quatre départs. Ce qui est un rythme soutenu", a expliqué le député européen Les Républicains dans le #RTLsocialstudio

Aubaine : "La moins pire des solutions pour Macron"

Cependant, les démissions de François Bayrou et Marielle de Sarnez pourraient enlever une épine du pied du Président et du Premier ministre. "François Bayrou s'est pris en pleine figure la morale, l'exemplarité, la probité. D'un coup, François Bayrou s'est mis lui-même dans le viseur. Il était déstabilisé et mal à l'aise", explique Alba Ventura. Et Emmanuel Macron dans tout ça ? "Il subit mais ça l'arrange. C'est la moins pire des solutions pour lui. Il n'y aura plus de ministres MoDem au gouvernement. Emmanuel Macron a enlevé un gros cailloux de sa chaussure", ajoute Elizabeth Martichoux. 

Je ne vais pas être langue de bois, ça simplifie la situation

Christophe Castaner
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Alors que la classe politique toute entière réagit à propos de ce remaniement bouleversé, l'Élysée s'est refusé à tout commentaire. Il a même été laissé à François Bayrou la priorité, "le soin de s'exprimer", lors d'une conférence de presse prévue à 17 heures. Seule réaction : celle de Christophe Castaner. Le porte-parole du gouvernement a déclaré sur Europe 1 : "Je respecte ce choix personnel. Il souhaite se défendre dans ce dossier, donc se donner les moyens de le faire, dont acte. Je ne vais pas être langue de bois, ça simplifie la situation (...) Il n'y a pas de mise en cause personnelle. Mais je pense qu'il est effectivement plus facile de se consacrer totalement à cette défense là et quand on est ministre, quand on est Garde des Sceaux, quand on est ministre des Armées, l'exercice est très compliqué et implique cette forme d'éthique, moi je leur en donne acte à l'un et à l'autre". 

Elizabeth Martichoux souligne également qu'Emmanuel Macron n'a "pas souhaité la démission de Sylvie Goulard". Ce sera l'événement qui fait "s'écrouler l'équilibre et le château de cartes gouvernemental", ajoute-t-elle. Pour Anne Rosencher, cela arrive "après les législatives, alors que La République En Marche a obtenu la majorité à l'Assemblée, sans le MoDem. Ils n'ont pas besoin de donner des gages au MoDem pour pouvoir faire voter les lois et gouverner". 

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François Bayrou se voit comme "la véritable cible" des dénonciations Crédit Image : THOMAS SAMSON / AFP | Date :
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