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Congrès à Versailles : "La République n'est pas la Monarchie", argue Olivier Mazerolle

ÉDITO - Emmanuel Macron s'exprimera devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles lundi 3 juillet.

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron Crédit : CHARLY TRIBALLEAU / AFP
Olivier Mazerolle
Olivier Mazerolle Journaliste RTL

Emmanuel Macron va donc s'exprimer lundi 3 juillet à Versailles devant les parlementaires réunis en Congrès. Il prendra la parole 24 heures avant son premier Ministre qui doit, mardi, prononcer son discours de politique générale. Le président s'arroge le droit de définir la ligne, de déterminer la politique de la nation, tâche pourtant dévolue par l'article 20 de la Constitution au chef du gouvernement. À lui, les grandes envolées, l'histoire, les perspectives enracinées dans les pages du passé. Edouard Philippe est ravalé au rang de chef d'atelier, chargé d'indiquer où il convient mettre de l'huile ou de serrer les boulons.

Le président aime Versailles. Après Poutine, les parlementaires. À quand le retour de "La Cour", la chronique consacrée à la vie du royaume de Charles de Gaulle publiée chaque semaine dans Le Canard Enchaîné. Y apparaissaient les chambellans, les courtisans, Madame de Maintenant (Tante Yvonne), le Marquis de Pompidou ou le Chevalier Giscard. Monsieur de Bré, premier ministre de l'époque avait hérité du sobriquet de "Monsieur le prince qui nous gouverne", appellation à laquelle Edouard Philippe risque fort d'échapper, vu le peu d'espace que lui abandonne le président.

Gouvernement Philippe II

Il est vrai que la dénomination de "gouvernement Philippe II" pourrait lui permettre un rapprochement avec Philippe Auguste, lui aussi deuxième du nom. Autant étouffer dans l'œuf cet empiétement sur le territoire de l'hyper président. Au sujet de celui-ci les chroniqueurs se disputent. Beaucoup s'arrêtent au terme de bonapartiste. Cependant au train où nous allons, nous pourrions très vite aboutir à la dignité de monarque, et pourquoi pas absolu.

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Certes, nous n'en sommes pas encore là. Mais à voir les mines énamourés des députés d'En Marche le dernier week-end, on aurait pu s'attendre à entendre l'un d'entre eux reprendre l'oraison à la gloire de l'Empereur, prononcée à la tribune de l'Assemblée nationale par Eugène Rougon, personnage de roman devenu par la grâce d'Émile Zola ministre de Napoléon III : "Nous sommes sous l'égide de ce prince que la Providence a choisi pour nous sauver dans un jour de miséricorde infinie. Nous pouvons nous reposer à l'abri de sa haute intelligence. Il nous a pris par la main, et il nous conduit pas à pas vers le port, au milieu des écueils".


Emmanuel Macron ne lésine pas. Il est sûr de lui. Son incroyable parcours depuis un an l'y autorise. Bien mieux que les vieux routiers de la politique, il a saisi l'état d'esprit des Français, leur désir de sortir de la morosité ambiante, en partant sur de nouvelles bases. Tandis que d'autres tergiversaient, comme Manuel Valls qui avait la même intuition, lui a osé. Il a agit avec impertinence à l'égard de François Hollande. Ses chances de succès apparaissaient nulles. Il a gagné. Président, il préside sans partage. Il impose la discipline aux députés qui lui doivent leur élection, il nomme leur président de groupe, il impose des changements de titulaires à mi mandat, y compris à la présidence de l'Assemblée Nationale dont il a choisi le titulaire, les ministres, à commencer par le premier d'entre eux, n'existent que par lui. 

Depuis son élection, il a investi la fonction. Il a de nouveau fait entendre la voix de la France, il a entamé un compagnonnage avec Angela Merkel sur la base de la réciprocité, il peut se permettre de parler franchement avec Vladimir Poutine et  d'inviter avec succès Donald Trump aux festivités du 14 juillet. Il s'est imposé comme un interlocuteur incontournable sur la scène internationale. Le prestige qu'il y a acquis a rendu leur fierté aux Français et il lui permet d'aborder dans de bonnes conditions les réformes difficiles à mettre en œuvre sur la scène nationale.

Emmanuel Macron va maintenant aborder les vrais défis

Emmanuel Macron est sûr de lui. C'est sa force, mais c'est aussi sa faiblesse. Un parti non structuré, qui repose sur la réputation d'un seul homme, ne peut pas durer dans le temps. Plus il gagne en popularité, plus, paradoxalement, un leader solitaire s'affaiblit. Tandis qu'il s'avance sous les vivats, il s'attire dans son propre camp la rancœur constitutive d'une opposition rampante, muette, mais qui s'active la première tempête venue. Les précautions prises par Emmanuel Macron peuvent se comprendre. Il ne sait pas au juste quels sont les hommes et les femmes qui composent sa majorité parlementaire. Il veut éviter les incidents qui affaiblissent le pouvoir. Il a vécu de près la descente aux enfers de François Hollande vite ravalé au rang de simple quidam dans l'esprit des Français. Mais fort de sa culture et de son intelligence stratégique, peut-il ne pas se laisser griser par le succès? Peut-il garder le sens de la mesure? Le discours de politique général est traditionnellement celui qui permet à un premier ministre de faire émerger sa personnalité, son sens de l'État et de l'intérêt de la communauté nationale. En lui grillant la politesse, Emmanuel Macron le prive de la possibilité d'apparaître comme le véritable chef de la majorité, garant de sa cohésion. 

Le Président s'avance délibérément en première ligne. Sur le long terme, il se prive d'un fusible protecteur. L'exemple pas si ancien de Valéry Giscard d'Estaing  démontre à quel point cette erreur est toxique. Comme Emmanuel Macron, Giscard ambitionnait l'avènement d'une société libérale et, pour l'imposer, il faisait preuve d'autorité, persuadé lui aussi de pouvoir dessiner le pays à sa façon. Plus que tout autre, en quelques années, il a transformé la société française : Majorité abaissée à 18 ans, légalisation de l'avortement, intronisation du divorce par consentement mutuel. Sur le plan économique il a accéléré le projet du TGV et relancé l'industrie nucléaire. Dans le domaine institutionnel, il a facilité la saisine du Conseil Constitutionnel par les parlementaires. Il avait seulement oublié de parvenir à se constituer une majorité forte avant de rompre avec son allié Jacques Chirac. Il a perdu l'élection présidentielle suivante.

Emmanuel Macron va maintenant aborder les vrais défis: Loi sur la sécurité, loi sur le marché du travail, maîtrise du déficit budgétaire. Une majorité habituée à obéir, un premier ministre trop ouvertement assujetti, ne lui seront que de peu d'utilité. L'automne pourrait effacer les sourires de l'été. Emmanuel Macron a provoqué un grand espoir, mais il reste, majoritairement, le représentant des Français qui vont bien. Le groupe parlementaire majoritaire en est le reflet. Ceux qui n'ont plus rien à perdre se tiennent prêts à se mobiliser s'ils n'y trouvent pas leur compte.  Présents à l'Assemblée Nationale, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ne demandent qu'à les enrégimenter. Comme le confiait souvent Nicolas Sarkozy, ce qui explique en partie sa réticence à se montrer aussi hardi en actes qu'en paroles, "Les Français aiment applaudir le roi jusqu'au moment où ils lui coupent la tête". Personne ne peut souhaiter ce sort funeste à Emmanuel Macron. Pour lui, certainement. Et sûrement pour le pays qui ne désire aucunement prolonger de 5 années supplémentaires sa langueur neurasthénique. À lui de faire le nécessaire pour l'éviter.

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2017-06-29 06:21:00
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