5 min de lecture

"Barbouzerie" ou "antisémitisme obsessionnel" ? Tout comprendre aux propos attribués à Jordan Bardella par "Mediapart"

Le journal d'investigation "Mediapart" a publié, lundi 28 septembre, des messages antisémites datant de 2013 attribués à Jordan Bardella, alors militant du FN. Il a annoncé avoir déposé plainte en diffamation.

Jordan Bardella lors d'un discours prononcé à l'occasion de la réunion de reprise du travail du RN en Picardie, à Breteuil, dans le nord de la France, le 19 septembre 2026.

Crédit : Sameer AL-DOUMY / AFP

Juliette Vignaud & AFP

Je m'abonne à la newsletter « Politique »

Mettre RTL en favori sur Google

Parole contre parole. Mediapart prête des propos antisémites en date de 2013 à Jordan Bardella, alors militant du Front national (FN). L'intéressé, désormais patron du Rassemblement national (RN), a contesté "formellement" ces écrits et annoncé déposer plainte pour diffamation, a appris RTL auprès de son avocat Me David Dassa-Le Deist. 

"J'ai évidemment missionné mon avocat qui a déposé une plainte en diffamation", a déclaré, lundi soir, sur CNews celui que Marine Le Pen entend nommer à Matignon si elle accède à l'Élysée. "Tout sera fait  (...) pour déstabiliser la campagne" présidentielle du RN et m'"abattre politiquement", a-t-il ajouté, estimant que "soit Mediapart est à la tête de cette opération, soit Mediapart se fait lui-même manipuler par des gens qui y ont intérêt". 

"Les banques sont toutes détenues par des juifs"

L'affaire a émergé ce lundi 28 septembre. Le journal d'investigation Mediapart a publié un article dans l'après-midi, accusant Jordan Bardella d'avoir tenu des propos antisémites il y a une dizaine d'années. Dans cette enquête au long cours, les journalistes disent avoir mis la main sur des échanges de l'actuel président du parti à la flamme, au début de sa carrière politique, reflétant, selon eux, son "antisémitisme obsessionnel". 

"Les banques sont toutes détenues par des juifs", peut-on notamment lire selon les propos attribués à Jordan Bardella, à l'époque militant actif du FN. "Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur", aurait-il également écrit. Le militant, qui a rejoint le parti d'extrême droite un an et demi plus tôt, aurait ajouté : "Et c'est ce qu'ils veulent, un Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale". Les propos respirent aussi le complotisme sur les attentats du 11-Septembre.

À lire aussi

Toujours selon Mediapart, Jordan Bardella afficherait également son soutien à Dieudonné, l'humoriste déjà condamné à l'époque pour provocation à la haine, qui "mène un vrai combat d'idée" et défend les thèses de l'essayiste d'extrême droite multicondamné Alain Soral, qui a rompu ses liens avec le FN en 2009. "Ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les faits."

Il ciblerait, par ailleurs, directement des personnalités comme Bernard Henri-Levy ou Jacques Attali. Des hommes politiques seraient aussi attaqués, déplorant notamment que les ministères "les plus importants reviennent à des personnes pour qui Israël et l’intérêt bancaire priment sur les intérêts Français". Pierre Moscovici, alors ministre de l'Économie de François Hollande, voudrait "sauver les entreprises" pour "venger Moïse", selon les propos rapportés.

Des conversations privées en date de 2013

Ces échanges, dont le journal ne précise pas le ou les destinataires, auraient été écrits par Jordan Bardella à l'été 2013, alors qu'il avait entre 17 et 18 ans. "Ces révélations sont le fruit d'une enquête de plusieurs mois reposant sur des dizaines de conversations écrites – que nous avons pu authentifier de manière indépendante – issues d’une base documentaire plus large, agrémentée de témoignages", a affirmé le co-fondateur de Mediapart Edwy Plenel sur X.

"On n'a pas reçu des captures d’écran anonymes vendredi soir et on ne s'est pas mis à écrire l'article pendant le week-end. Ça fait des mois qu'on travaille sur le sujet, avant même les vacances d'été", a expliqué Antton Rouget, l'un des auteurs de l'enquête, sur BFMTV-RMC ce mardi matin.

L'intéressé, qui dément en bloc l'ensemble des informations et dénonçant de "faux grossiers", précise auprès de Mediapart qu'il n'était "pas un militant actif au sein du Front national durant l'été 2013, et encore mineur" ce qui "devrait [les] alerter sur le caractère mensonger de ces 'sources'". Jordan Bardella, a pris sa carte au FN en 2012 au lendemain d'un débat entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. À 18 ans, il est devenu responsable de la fédération 93 du FN, avant son ascension fulgurante jusqu'à la tête du parti.

Une "manipulation" dénoncée par le RN

Après la parution de l'enquête, le RN fait bloc derrière le dauphin de Marine Le Pen. Celle qui mène une stratégie de "dédiabolisation" depuis qu'elle a repris en 2011 les rênes du parti à son père, a dénoncé une "dinguerie". "Ça me paraît tellement dingue que ça ne peut être qu'un faux, qu'une barbouzerie dont Mediapart a le secret", a-t-elle déclaré en marge du salon des professionnels de la construction à Paris lundi après-midi. 

Sur le plateau de CNews lundi soir, Jordan Bardella a, lui, estimé que cette enquête était menée pour "déstabiliser" la campagne du RN pour la présidentielle, et "l'abattre politiquement". Une thèse qu'il a répétée ce mardi lors d'une conférence de presse de l'assemblée des parlementaires du RN, assurant que l'objectif était de "tuer" sa carrière politique". "Nous sentons depuis plusieurs jours, les prémices d'une guerre totale", a-t-il affirmé. 

"On ne va pas se laisser faire", a renchéri Marine Le Pen, à ses côtés, réitérant "sa confiance absolue" envers son bras droit. "Maintenant, c'est à Mediapart, je crois, qu'il va falloir dire d'enfiler son costard en Kevlar parce qu'il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent", a lancé la candidate à l'élection présidentielle.

Son avocat David Dassa-Le Deist, interrogé sur LCI, a également dénoncé une "manipulation". "On ne peut pas exclure que des personnes qui ont été évincées de ce parti [le RN, ndlr] il y a quelques années soient animées d'une très forte volonté vengeresse".

Des appels à la démission

À gauche, les réactions se sont multipliées. La patronne des Écologistes Marine Tondelier a appelé à sa démission, dénonçant "un antisémite obsessionnel", tandis que des députés écologistes ont annoncé saisir la justice - via un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale - de faits susceptibles, s'ils sont avérés, de constituer une infraction à caractère antisémite. 

"L'extrême droite restera toujours l'extrême droite. Aucune agence de communication, aucun ravalement de façade n'y changera rien. N'oublions jamais qu'ils ont tous adhéré à un parti fondé par des antisémites fanatiques et des racistes revendiqués", a renchéri sur X le responsable de Place publique Raphaël Glucksmann. Pour un autre candidat à la présidentielle François Ruffin, "c'est le fond qui remonte avec un parti fondé par Jean-Marie Le Pen".  

Le leader LFI Jean-Luc Mélenchon, lui-même accusé d'ambiguïté sur la question antisémite, a condamné "formellement" ces écrits qui "relèvent du complotisme et de l'antisémitisme le plus absurde si c'est bien [Jordan Bardella, ndlr] qui les a prononcés". "Les enfants spirituels de Le Pen ne changeront jamais. Depuis le FN, fondé par des Waffen-SS, jusqu'au RN d'aujourd'hui, ils resteront les mêmes: antisémites, racistes, complotistes", a encore commenté le communiste Fabien Roussel. 

"Ces propos prêtés à Jordan Bardella sont d'une gravité extrême car ils reprennent tous les clichés de l'antisémitisme tels qu'ils ont été inventés par la pensée d'extrême droite depuis 120 ans", a réagi le maire LR de Meaux Jean-François Copé sur notre antenne ce mardi matin. 

"Mediapart" prêt à publier les documents

Interrogé par RTL, Mediapart s'est dit prêt à soutenir son enquête devant les tribunaux : "Nous démonterons devant la justice la véracité des faits rapportés par Mediapart. Nous sommes prêts." "Si on continue d’être mis en cause sur le sérieux de notre travail, on authentifiera et on publiera les documents", a également affirmé le journaliste Antton Rouget.

Jordan Bardella s'attend, par ailleurs, à d'autres articles de Mediapart. De son côté, Erik Tegnér, le président du média d'extrême droite Frontières, a annoncé sur X que leur journal d'investigation L'Infiltré allait révéler ce mardi soir, à 20 heures précises, "le nom de la taupe du RN" pour contrer "les boules puantes que Mediapart balance sur Bardella".

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée