3 min de lecture Gouvernement

Alba Ventura : "Le grand fantasme du gouvernement resserré"

CHRONIQUE - Jean-Marc Ayrault a fait le rêve d'un gouvernement resserré (autour de lui, bien entendu !) avec des poids-lourds. Au jeu de chaises musicales qui a commencé, il va y avoir du monde par terre.

>
Le grand fantasme du gouvernement resserré Crédit Image : AFP / Archives, Lionel Bonaventure | Crédit Média : RTL | Date :
L'invite´ de RTL - Alba Ventura
Alba Ventura Journaliste RTL

Les rumeurs de remaniement ont encore bien occupé le week-end politique. Une fois n'est pas coutume, le Premier ministre lui-même est entré dans la danse. Jean-Marc Ayrault appelle de ses vœux un gouvernement resserré. C'est un air que l'on a déjà entendu. C'est d'ailleurs le grand fantasme de nos présidents et de nos premiers ministres.

Un air déjà entendu

Souvenez-vous de Nicolas Sarkozy qui annonce, un mois avant son élection en 2007, lors d'une conférence de presse : "Si je suis élu, mon gouvernement sera limité à quinze ministres". Un an plus tard, son gouvernement comptait trente-huit maroquins...

Idem pour Jean-Pierre Raffarin, qui se moquait dimanche 2 mars sur Twitter du gouvernement resserré made in Ayrault. On va gentiment lui rappeler que son équipe comptait quarante-et-une personnes en mars 2004.

Ça n'a jamais marché, mais ça reste la grande idée, le gouvernement de combat ! Le "pack", comme on dit en rugby. Une dream team plus politique et plus efficace. Accessoirement moins chère, aussi : ça ne nuit jamais de donner aux Français l'image d'un État qui se serre la ceinture.

Bonne idée... sur le papier

À lire aussi
Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur élections municipales
Municipales 2020 : correspondance et procuration, le point de Castaner sur RTL

Le problème, c'est que c'est une très bonne idée... sur le papier. C'est vrai que François Hollande a été frappé par ce qu'il a vu au conseil des ministres franco-allemands il y a dix jours. On voyait nettement la différence autour de la table. Le gouvernement français : trente-huit membres ; en face, les Allemands : quinze ministres. On rappelle que le gouvernement d'Angela Merkel, c'est un gouvernement de coalition. Ce qui veut dire qu'on a logé la droite et la gauche.

Le coup du gouvernement resserré, c'est aussi une façon pour Jean-Marc Ayrault de changer... sans céder sa place. On fait du neuf mais avec le même premier ministre. Bien joué ! Mais ce sera beaucoup plus compliqué. La formation d'un gouvernement, c'est comme le jeu du petit chimiste : il faut trouver le bon équilibre, donner un peu à chacun, sans tout faire sauter. Une goutte de vert, toutes les palettes du rose, un peu de rouge quand même... Et puis autant d'hommes que de femmes.

Le plus probable, c'est donc qu'on se retrouve avec quinze ou dix-sept, mais avec, comme avant, une flopée de secrétaires d’État... Et donc un gouvernement à trente-cinq, trente-huit ou trente-neuf, tout compris. Cela, disons-le, ce serait de la cosmétique.

Lancer de Scuds

Si on réduit le nombre de ministres à quinze, qui met-on dans le gouvernement ? Là, c'est le jeu des chaises musicales. On sent bien que chacun joue sa carte. Dimanche, le Journal du Dimanche misait un jeton sur Laurent Fabius, Premier ministre. On parle toujours de Manuel Valls, on entend tout à coup les "hollandais" dire beaucoup de bien de Ségolène Royal. Quant à Bertrand Delanoë, il serait disponible. François Hollande voudra garder ses fidèles : Michel Sapin ou Stéphane le Foll, par exemple.

Martine Aubry devrait être dans cette dream team, mais elle ne veut pas. François Hollande a opéré un virage sur l'aile, trop serré à droite pour elle. En revanche, il y a quinze jours, on donnait pour acquis l'arrivée de Claude Bartolone à Matignon. On a découvert que c'était une manœuvre gouvernementale pour faire croire qu'il s'y croyait déjà, et le discréditer. S'il n'y  a que quinze places, elles seront chères. Donc les Scuds ne vont pas manquer.

Ce qui est sûr, c'est que François Hollande va jouer l'expérience. Le président a finalement payé très cher depuis vingt mois le soupçon d'amateurisme. Poer incarner beaucoup plus fortement la politique menée, il faut des visages, des parcours, et donc des poids-lourds. Il lui faudra aussi choisir des ministres qui rassurent. Ça, ce n'est pas gagné.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Gouvernement Info Politique
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants