4 min de lecture Alexandre Benalla

Affaire Benalla : le gouvernement doit-il craindre les deux motions de censure ?

ÉCLAIRAGE - Deux motions de censure sont examinées à l'Assemblée nationale ce mardi 31 juillet, l'une par le groupe LR, l'autre par les groupes de gauche.

Édouard Philippe doit répondre aux deux députés défendant les motions de censure à l'Assemblée nationale, mardi 31 juillet.
Édouard Philippe doit répondre aux deux députés défendant les motions de censure à l'Assemblée nationale, mardi 31 juillet. Crédit : Bertrand GUAY / AFP
Camille Schmitt
Camille Schmitt
Journaliste

C'est une première en 38 ans : le gouvernement doit affronter deux motions de censure ce mardi 31 juillet. Vraie menace ou mauvais moment à passer ? Ce qui est certain, c'est que droite et gauche sont déterminées à ne pas tourner la page de l'affaire Benalla. Les motions déposées d'une part par le groupe Les Républicains (LR), et les groupes de gauche d'autre part, sont examinées à l'Assemblée nationale dans l'après-midi.

Il s'agit des premières motions de censure auxquelles doit faire face l'exécutif depuis l'élection d'Emmanuel Macron. Alexandre Benalla aura bien secoué l'Élysée, pris dans une polémique depuis l'identification dans une vidéo de l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron en train de frapper des manifestants le 1er mai.

S'il est quasiment impossible que le gouvernement soit renversé ce mardi, ces motions sont toutefois une belle opportunité à saisir pour les oppositions.

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Peu probable que le gouvernement soit renversé

Sauf coup d'éclat improbable, on peut le dire avec certitude : le gouvernement ne sera pas renversé ce mardi. En effet, pour qu'elle soit adoptée, une motion de censure doit recueillir la majorité absolue des voix, soit 289 voix. Or La République En Marche! (REM) dispose d'une large majorité à l'Assemblée nationale : 312 députés sur un total de 577 députés, soit la majorité absolue. REM n'a même pas besoin de mobiliser ses 46 alliés du MoDem pour s'assurer du maintien du gouvernement.

D'autant plus que droite et gauche ont décidé de ne pas faire front commun en déposant deux motions distinctes. Certes, le député communiste André Chassaigne a annoncé ce mardi 31 juillet qu'il allait "proposer" à son groupe de voter la motion de censure des Républicains, estimant que "sur le contenu des motions, c'est vrai que [droite et gauche sont] très proches". "Si on veut réunir le plus de voix possible sur les deux motions, l'idéal serait que les Républicains votent la motion dite de gauche et que les députés de gauche votent la motion des Républicains", a-t-il plaidé sur franceinfo.

Mais la réponse est claire dans le camp d'en face. Le député LR Damien Abad a clairement dit qu'il n'avait pas l'intention "à titre personnel" de voter pour la motion de gauche. Et il y a peu de chances que les députés LR choisissent de ne pas de le suivre.

Les calculs sont donc vite faits : il est presque impossible qu'une de ces motions de censure ne récolte un nombre de voix suffisant pour être adoptée.

Édouard Philippe contraint de s'exprimer

Il avait déjà parlé de l'affaire de Benalla face aux députés lors des questions au gouvernement la semaine dernière. Mais c'est dans un contexte particulier qu'Édouard Philippe doit s'exprimer ce mardi 31 juillet à partir de 15 heures.

La commission des lois de l'Assemblée, transformée en commission d'enquête dans le cadre de l'affaire Benalla, a explosé en plein vol. Depuis que le député LR Guillaume Larrivé a quitté la commission le 26 juillet, qui s'apparente à "une parodie" selon lui, les députés de son groupe et ceux de gauche ont quitté la commission d'enquête. Ils accusent la présidente de la commission, Yaël Braun-Pivet (LREM), de vouloir protéger l'Élysée en refusant d'auditionner davantage de cadres de l'exécutif.

Le but ce mardi est donc de faire parler le Premier ministre devant la représentation nationale, puisque Édouard Philippe avait refusé de faire une déclaration devant l'Assemblée nationale, comme l'avait demandé l'opposition au titre de l’article 50-1 de la Constitution.

Le Premier ministre doit ainsi donner le change aux oppositions en répondant aux questions des deux députés qui défendent les motions de censure : Christian Jacob chez les LR, et André Chassaigne (PCF) pour la gauche. Matignon a d'ailleurs promis "un discours offensif" du chef du gouvernement, qui veut saisir "l'occasion de souligner la vacuité de certaines polémiques."

L'occasion de se réaffirmer pour les oppositions

Ces motions de censure sont davantage l'occasion pour les oppositions de se réaffirmer comme telles. Car depuis le début du mandat d'Emmanuel Macron, elles sont restées plutôt silencieuses. Le symbole est donc très fort : avec ces motions de censure, les oppositions se font une place et clament haut et fort leur désapprobation de la politique du gouvernement. L'objectif de tous les députés de l'opposition est de "mettre en lumière l’incapacité du gouvernement à exercer ses pouvoirs institutionnels", comme on peut le lire dans le texte des deux motions.

Si l'objectif est commun entre droite et gauche, les deux camps tiennent toutefois à ne pas créer de confusion. Chamboulé par l'arrivée du mouvement En Marche!, le clivage gauche-droite fait son grand retour avec le dépôt de deux motions distinctes. Sur BFMTV, Olivier Faure avait dit ne pas vouloir "participer à cette confusion qui existe et qu’Emmanuel Macron cherche à entretenir d’un ‘vieux monde’ qui s’opposerait au ‘nouveau monde' ", ajoutant ne pas vouloir "accréditer l’idée qu’il y aurait aujourd’hui une gauche et une droite qui se confondent, ce qui n’est pas le cas". Une distinction d'autant plus importante à réaffirmer, que l'opposition avait l'air de faire front commun en claquant la porte de la commission d'enquête de l'Assemblée.

Par ailleurs, pour la première fois depuis longtemps, la gauche s'est montrée unie. Aucun des groupes de gauche n'ayant un nombre de voix suffisant (58 voix sont nécessaires) pour déposer une motion de censure, le Parti Socialiste, la France Insoumise et le Parti Communiste ont choisi de se rassembler.

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2018-07-31 13:40:00
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