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Trahie par une écoute téléphonique ? Avant le procès du meurtre de Corinne Di Dio, l'avocate de "Ma Dalton" estime que "cette phrase ne prouve pas sa culpabilité"

PODCAST - En 1995, le corps de Corinne Di Dio est retrouvé dans une malle immergée dans un bras de la Seine. Son ex-belle-sœur, Marie-Thérèse Garcia, est mise en cause avant que l'enquête ne soit clôturée. Près de trente ans plus tard, une phrase relance les soupçons à son encontre. La principale suspecte, âgée de 79 ans, est en détention provisoire depuis 2023. Dans "Les Voix du crime", son avocate explique pourquoi, malgré des éléments à charge, elle est convaincue de son innocence.

Maître Najwa El Haïté est l'avocate de Marie-Thérèse Garcia, suspectée du meurtre de son ex-belle-soeur, Corinne Di Dio en 1995

Crédit : JOEL SAGET / AFP

Le corps de Corinne Di Dio a été retrouvé démembré dans une valise : 30 ans après, l'avocate de la principale suspecte se prépare au procès "où sa cliente jouera sa vie"

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Maëwenn Le Coroller-Richard & Marie Zafimehy

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Un cold case vieux de trente ans est-il en passe d'être résolu ? En 2023, Marie-Thérèse Garcia s'inquiète de la disparition de sa petite-nièce Leslie. Elle s'est volatilisée quelques mois auparavant, avec son compagnon Kevin, dans les Deux-Sèvres. Les enquêteurs placent les proches du couple sur écoute. 

Au téléphone avec son neveu, le père de la victime, la grand-tante déclare : "Il vaut mieux qu'on les chope avant qu'on sache qui c'est parce que moi, je vais les emmener en morceaux dans une valise, en tous petits morceaux, parce que moi je suis capable de te faire un grand sourire et en même temps, je te plante un couteau dans le dos". Les corps sans vie de Leslie et de Kevin sont ensuite retrouvés. Un procès d'assises se tiendra prochainement.

"Découper en morceaux", "valise". Il s'agit du mode opératoire employé pour tuer Corinne Di Dio en 1995, l'ex-belle-sœur et amie de Marie-Thérèse Garcia. Cette mère de 37 ans avait été retrouvée, décapitée et démembrée, dans une malle immergée dans un bras de la Seine dans l'Eure. À cette époque, Marie-Thérèse Garcia, surnommée "Ma Dalton" pour son fort caractère et "Mamie trésor" par certains de ses proches, avait été mise deux fois en examen et avait bénéficié de deux non-lieux mettant alors fin aux poursuites. 

Mais les enquêteurs font le rapprochement et relancent l'enquête. Dans Les Voix du crime, son avocate, Maître Najwa El Haïté, regrette : "C'est sur cette phrase qu'elle a été inquiétée par la justice (...) Moi je suis persuadée de l'innocence de ma cliente". L'instruction met en lumière plusieurs preuves matérielles qu'elle juge confondantes qui viennent s'ajouter aux éléments à charge contre Marie-Thérèse Garcia. Des traces de sang ont été retrouvées à son domicile, ainsi que des éléments pileux dans la malle qui a servi à couler le corps de Corinne Di Dio. 

D'autres éléments à charge et d'autres suspects

Maître Najwa El Haïté nie l'existence des traces de sang. Elle rétorque : "Le Blue Star (produit qui permet de révéler des traces de sang) interagit, selon les experts, avec l'eau de Javel. Et ces traces, on les retrouve dans la buanderie. Vous êtes amené à nettoyer la buanderie avec des produits à base d'eau de Javel donc c'est un faux positif". À propos des poils, l'avocate déclare que Marie-Thérèse Garcia, proche de la victime, avait pour habitude de la côtoyer et donc de semer des cheveux à divers endroits. Ils auraient pu se retrouver malencontreusement dans la valise du crime. L'une des filles de la suspecte, Nancy, et sa fille Bettina désignent aussi par leurs témoignages leur mère et grand-mère comme étant la coupable. Pour l'avocate, Nancy, témoin à charge, "peut mentir parce qu'elle hait sa mère et veut la voir condamnée".

"D'après les enquêteurs", indique l'avocate, le mobile retenu serait que Marie-Thérèse Garcia, proche de l'ex-conjoint de Corinne Di Dio, Antonio Marquez, et père de son enfant, Romain, aurait formé "un clan" pour mettre fin aux jours de la mère de famille avec qui il était en conflit. Antonio est également mis en examen dans cette affaire, mais se trouve en cavale. Il est visé par un mandat d'arrêt européen. 

Pour la défense, la justice n'a pas mis suffisamment de moyens pour le retrouver : "On a trouvé en ma cliente la coupable idéale". Un autre homme, aujourd'hui décédé, aurait dû être mis en cause selon Me Najwa El Haïté : Jean-Jacques Maurice. Cette "figure du grand banditisme" en voulait à Corinne Di Dio, explique l'avocate, de l'avoir dénoncée à la police après un braquage. Entendu par les enquêteurs avant son décès, il avait nié toute implication.

Pour l'avocate, des mots qui dépassent la pensée

En mai 2023, Marie-Thérèse Garcia est placée en garde à vue, mise en examen et envoyée en détention provisoire. La femme de 79 ans conteste les faits : jamais elle n'aurait pu faire de mal à Corinne Di Dio, dit-elle. Elles avaient "un lien de confiance" et le jour de sa disparition, elle affirme avoir gardé le fils de la victime, Romain. 

Me Najwa El Haïté, marquée par ce dossier, a décidé de l'aborder dans son livre Maître, Sortez-moi de là !, paru en février 2026 aux éditions Mareuil. "On se dit qu'une phrase peut vous amener en détention provisoire et vous amener à être présumée coupable", dénonce l'avocate. 

Selon elle, sa cliente, en colère face à la disparition de Leslie, a eu des "mots qui ont dépassé sa pensée". Le meurtre de Corinne Di Dio, dont elle se préoccupe depuis 30 ans, qu'elle garde en tête depuis des années, aurait pu, selon Me El Haïté pousser inconsciemment sa cliente à employer ces termes. Mais pour autant, "cette phrase ne prouve pas sa culpabilité", exprime-t-elle dans Les Voix du crime.

Aujourd'hui en détention provisoire à la maison d'arrêt pour femmes de Versailles, Marie-Thérèse Garcia prépare sa défense en vue de son procès qui devrait se tenir en juin 2026. L'avocate dénonce les conditions de détention de sa cliente. "Vous avez une vieille dame qui a bientôt 80 ans, en détention depuis 2023 (...) Moi je la vois dépérir", explique-t-elle en regrettant les rejets de ses demandes d'aménagement de peine. Après une grève de la faim, divers problèmes de santé et une tentative de suicide en prison, pour l'avocate, l'issue du procès déterminera "la vie" de "Ma Dalton".

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