3 min de lecture Justice

Terrorisme : un père et son fils jugés à Paris après 18 mois passés en Syrie

La famille S. est jugé jeudi 27 et vendredi 28 septembre à Paris. Elle avait été arrêtée avec des milliers d'euros et de la documentation particulièrement inquiétante lors de son retour vers la France.

Les membres d'un groupe jihadiste, en Syrie, près d'Alep, le 19 juillet 2012.
Les membres d'un groupe jihadiste, en Syrie, près d'Alep, le 19 juillet 2012. Crédit : AFP
ClaireGaveau
Claire Gaveau
et AFP

Après 18 mois de jihad en Syrie, leur retour avait particulièrement inquiété les autorités. Il faut dire que Lotfi S. et son fils aînés, qui sont jugés jeudi 27 et vendredi 28 septembre à Paris, étaient rentrés en France bardés de milliers d'euros et d'une importante documentation.

Mi-octobre 2013, Lotfi S., un Franco-Tunisien aujourd'hui âgé de 50 ans, avait quitté le 
Val-d'Oise avec ses deux fils, Karim, bon élève devenu étudiant, et son cadet, un lycéen de 15 ans. Direction la Syrie et les zones tenues alors par l'organisation islamiste Ahrar al Sham, où se trouvait déjà le meilleur ami de Karim, Anass. Ils rejoignent ensuite Raqqa, fief syrien de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), autoproclamé État islamique quelques mois plus tard.

Père et fils ont longtemps assuré n'avoir voulu partir que quelques jours, pour récupérer Anass. Un récit "concerté" impossible à croire, selon les enquêteurs, qui relèvent que leur départ se voulait sans retour : l'appartement du père avait été vidé, comme les comptes bancaires de la famille.

À lire aussi
Jean-Luc Mélenchon le 4 octobre 2018 La France insoumise
La colère de Jean-Luc Mélenchon : stratégie ou problème de tempérament ?

Pour consoler leur mère, divorcée de Lotfi S., les fils lui avaient expliqué une fois partis que le jihad armé était une "obligation". Les S. sont alors restés 18 mois en Syrie. Interpellés début mai 2015 alors qu'ils tentaient de passer en Turquie, ils avaient été expulsés vers la France.

Qu'ont découvert les enquêteurs ?

Sur eux avaient été retrouvés 8.300 euros et 3.700 dollars, saisie "inédite" dans ce type de procédure, selon les enquêteurs.

Mais pas seulement. C'est surtout la saisie du matériel informatique qui a particulièrement inquiété les enquêteurs. Ces derniers ont en effet découvert une propagande jihadiste fournie et une "abondante documentation technique sur le pilotage d'avion et les produits chimiques", selon l'accusation. Des dizaines de photos de cartes d'aviation, des procédures d'atterrissage, des photos des pièces d'identité de deux des auteurs des attentats du 11 septembre 2001 à New York, des indications sur le pilotage d'un Boeing, des manuels de confection d'explosifs...

Sur un ordinateur avaient également été découvertes des recherches Google Maps de l'emplacement de la Tour Eiffel et du pont d'Iéna à Paris. Pour le juge, le tout "laisse prospérer de vives inquiétudes sur les réelles intentions" de la famille et sur "leurs motivations quant à leur retour sur le sol national". 

Quels rôles en Syrie ?

Se posera donc au tribunal la question du pourquoi ce retour en France. Un certain flou subsiste autour du séjour syrien des S. qui assurent n'avoir jamais combattu, prétendent ne pouvoir citer aucun jihadiste français malgré un long séjour dans la capitale du "califat" et justifient une grande partie des éléments accablants par une nécessité de "jouer le jeu" du jihadisme pour se fondre dans la masse.

Une thèse "difficilement soutenable" pour le juge, et ce notamment au vu des responsabilités de Lotfi S. au sein de Daesh. Gérant de société avant son départ, cet homme radicalisé de longue date semble avoir mis sa formation d'ingénieur télécoms au service de l'organisation au point d'en devenir un haut responsable des télécommunications.

Quelles sont les peines encourues ?

Lotfi et Karim S. encourent dix ans d'emprisonnement. Le cadet, âgé aujourd'hui de 20 ans, comparaîtra en octobre devant le tribunal pour enfants.

Présumé mort en Syrie, Anass sera quant à lui jugé par défaut, procédure habituelle quand manque une preuve irréfutable du décès. Ce bon élève avait disparu sans crier gare en mars 2013, alors qu'il était encore mineur. Parti, selon les enquêteurs, "sous l'influence néfaste" de la famille S., il aurait été tué au combat au bout de quelques mois, à l'âge de 18 ans. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Justice Jihad Terrorisme
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7794938781
Terrorisme : un père et son fils jugés à Paris après 18 mois passés en Syrie
Terrorisme : un père et son fils jugés à Paris après 18 mois passés en Syrie
La famille S. est jugé jeudi 27 et vendredi 28 septembre à Paris. Elle avait été arrêtée avec des milliers d'euros et de la documentation particulièrement inquiétante lors de son retour vers la France.
https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/terrorisme-un-pere-et-ses-fils-juges-a-paris-apres-18-mois-passes-en-syrie-7794938781
2018-09-27 08:35:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/_UV3SXe8RUTD-SeFZv8jjQ/330v220-2/online/image/2017/0301/7787482090_les-membres-d-un-groupe-jihadiste-en-syrie-pres-d-alep-le-19-juillet-2012.jpg