3 min de lecture Faits divers

Seine-Saint-Denis : deux hommes torturés après la disparition de 70 kg de cannabis

Deux hommes longuement torturés après la disparition d'une cargaison de cannabis en 2014, ont raconté leur calvaire devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis lundi 28 janvier.

Un plant de cannabis (illustration).
Un plant de cannabis (illustration). Crédit : AFP / Brendan Smialowski
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Eléanor Douet
et AFP

Devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis lundi 28 janvier, deux hommes ont raconté comment ils ont été longuement torturés après le vol d'une cargaison de cannabis en 2014, dont les suspectaient les commanditaires du trafic. Si l'un avait dénoncé les faits à la police, le deuxième n'en a parlé qu'à contrecœur.

Costume et chemise sombres, mains arrimées à la barre, voix basse parfois brisée par l'émotion, René (*), 49 ans, a détaillé les sévices qui lui ont été infligés en Seine-Saint-Denis à l'automne 2014 après la disparition de plus de 70 kg d'herbe de cannabis qu'il ramenait d'Espagne. Huit personnes, dont cinq comparaissant détenues, sont accusées de l'avoir enlevé, torturé ou de ne pas l'avoir secouru.

Sa version, celle d'un vol de la marchandise par des hommes armés, n'avait pas convaincu les commanditaires du trafic. Il avait été enlevé en même temps que son dealer, Maxime (*), chez qui il s'était rendu après le braquage.

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"Une sauvagerie et une violence extrêmes"

Il affirme avoir subi "une sauvagerie et une violence extrêmes", sans cesse sommé de répondre aux mêmes questions : "Petit père, qu'est-ce que t'as fait de nos affaires ?" "Mais je sais pas, j'ai rien fait, j'ai été braqué, merde", rapporte cet ancien ouvrier du livre, père de trois enfants et aujourd'hui "toxicomane abstinent".

Les violences pleuvent : coups, brûlures jusqu'au sexe, supplice de la noyade. "Je me demande 'Qu'est-ce qu'ils vont me faire encore, à quelle partie de mon corps ils vont s'attaquer ?'" Ses plaies sont lavées à l'eau de javel, il a le nez et deux dents cassés (dents qu'il avalera à cause de son bâillon).

"Le geôlier le plus sadique" lui arrache aussi trois boucles d'oreille, qu'il doit aussi avaler. Il est libéré contre la promesse d'hypothéquer son pavillon. Au cours de son récit, la femme dont l'appartement a servi à la séquestration et son ex-dealer, torturé comme lui, pleurent.  

J'ai appris à vivre avec

Maxime,à la fois partie civile et l'un des huit accusés
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Maxime est à la fois partie civile et l'un des huit accusés. Il est soupçonné d'avoir participé à une seconde séquestration de René, beaucoup plus courte, quelques jours après la première. Il reconnaît des violences à son encontre, mais réfute l'avoir privé de liberté. 
René s'était échappé par la fenêtre.

Il s'était ensuite réfugié dans le Sud-Ouest et s'était rendu à la police trois mois et demi plus tard, malgré la peur des représailles. Sa dénonciation a déclenché une enquête qui a fait tomber le réseau d'importation de cannabis. Les principaux protagonistes du trafic ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Bobigny en mars 2018 à des peines de quatre à sept ans de prison ferme.

René a été déclaré coupable pour son rôle de chauffeur mais le tribunal l'a dispensé de peine, une décision rarissime. Maxime, 45 ans, a été condamné à trois ans de prison avec sursis.

Entendu à son tour par la cour, il rechigne à évoquer les violences qui lui ont été infligées. Il n'a jamais porté plainte et affirme "ne reconnaître personne en particulier" dans le box des accusés. "Je n'ai pas forcément envie de replonger dans le sujet, ajoute-il. J'ai appris à vivre avec".

Je sens bien que c'est des putains de barrés, ça les amuse même.

Maxime lors de sa garde à vue
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Alors ses avocats demandent la diffusion à l'audience d'une partie de ses auditions de garde à vue. Sur les images, on le voit relater posément l'enlèvement, puis s'effondrer en larmes au moment de décrire une énième scène de violences. "J'avais la pression du sécateur ou de la paire de ciseaux autour de mes doigts. Ils étaient plusieurs, ça tapait, ça bousculait, ça menaçait", sanglote-t-il à l'époque. "J'ai peur de souffrir, qu'ils fassent souffrir ma fille, poursuivait-il. Je sens bien que c'est des putains de barrés, ça les amuse même."

Mais "à ce jour", assure Maxime devant la cour, "tout va bien" et il n'a "pas de crainte particulière" pour sa vie. Le verdict n'est pas attendu avant le 7 février.

(*) les noms ont été changés  

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