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Paris : dix pompiers jugés pour des violences sexuelles après un bizutage

Dix membres de l’équipe de gymnastique de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris vont être jugés lundi pour un bizutage qui a mal tourné.

Un camion de pompiers (illustration)
Un camion de pompiers (illustration) Crédit : NICOLAS MESSYASZ/SIPA
Paul Véronique
Paul Véronique
et AFP

"Tradition" centenaire ou "pratiques d'un autre temps" ? Dix membres de la prestigieuse équipe de gymnastique de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) sont jugés à partir de lundi 3 décembre à Paris pour des violences et atteintes sexuelles lors d'un bizutage qui a mal tourné.

Le 6 mai 2012, l'équipe des pompiers rentrait en autocar de Colmar dans le Haut-Rhin après une représentation sportive quand deux jeunes recrues ont été appelées successivement dans le "bronx", le nom donné à l'arrière du bus.

Le premier, Maxime B., a eu son slip arraché, a reçu des fessées, de violentes morsures sur les fesses. Un collègue lui a donné une bouteille en plastique à mordre pour l'aider à supporter la douleur alors qu'il pleurait. Il a reçu un coup à la tête lors d'une bousculade quand il a tenté de récupérer la mascotte, un perroquet en peluche, dont il avait la garde. Choqué, il est resté prostré plusieurs minutes.

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C'était ensuite au tour de Jérémy D. Et là encore fessées, pincements, morsures aux fesses jusqu'au sang. Sur ses plaies et jusqu'à l'anus lui était appliqué du baume du tigre.Mais ça ne s'est pas arrêté là : après avoir défié et insulté ses collègues, il est retourné dans le "bronx" où plusieurs pompiers sont accusés, entre autres, d'avoir alors frotté leurs fesses nues sur son visage.

"Ces pratiques sont d'un autre temps"

La scène a été filmée avec un téléphone. Jérémy D. affirme également avoir subi une pénétration anale d'abord avec un doigt, puis une bouteille en plastique, alors qu'il était maintenu au niveau des bras et des jambes. Il a déposé plainte à son arrivée à Paris et l'affaire a rapidement fait la une des médias. La prestigieuse équipe de gymnastique, vitrine de la BSPP avec ses 50 gymnastes de très haut niveau, a été dissoute près d'un siècle après sa création. 

À l'issue de l'enquête, la qualification de viol n'a pas été retenue, mais trois des prévenus seront jugés devant le tribunal correctionnel pour "atteinte sexuelle". La plupart comparaîtront pour "violences volontaires" et deux d'entre eux pour s'être "abstenus d'empêcher un crime ou un délit contre l'intégrité corporelle" de Jérémy D.

Pour l'avocat des deux victimes Me Nicolas Cellupica, "ces pratiques sont d'un autre temps". Maxime B. et Jérémy D., aujourd'hui âgés de 28 et 30 ans, "veulent entendre que les dix prévenus ont pris conscience que derrière ce qu'ils ont appelé un rituel, un chahut, il y a en réalité des faits très graves". Les hommes qui seront jugés "les accablent, les ridiculisent depuis le départ", selon l'avocat. Ses clients "ont cruellement manqué de soutien de la part de leur hiérarchie", critique-t-il.

"Une tradition quasi-centenaire"

Quelques jours après la révélation du scandale, le général Gilles Glin, alors commandant de la BSPP, avait déclaré que cette équipe de gymnastique "fonctionnait comme un clan, une caste, avec cette règle d'or: 'ce qui se fait dans l'équipe reste dans l'équipe'". Il avait dit avoir le "sentiment d'une trahison car ces faits sont totalement inacceptables et contraires à nos valeurs".

Pendant l'enquête, des pompiers avaient raconté que ce bizutage était "une tradition quasi-centenaire", "ne reposant sur aucune forme de contrainte", que nombre d'entre eux étaient passés par là. L'un d'eux avait reproché à Jérémy D. d'avoir "sali l'image de l'équipe de gymnastique". Beaucoup avaient affirmé qu'il avait tout prémédité, car il devait quitter l'équipe en raison de réduction d'effectifs.

Pour Lee Takhedmit, l'avocat d'un des prévenus qui sera jugé pour "violences volontaires", les faits se sont déroulés "dans un contexte festif qui a dérapé". Jérémy D. "a été bizuté à sa demande", affirme-t-il. Son client, Clément A. âgé de 29 ans, n'est plus pompier mais peintre. "Son rêve a explosé en vol", explique Me Takhedmit.  "Cette affaire a été un cataclysme pour tout le monde", résume Me Cellupica. Maxime B. et Jérémy D. sont toujours sans activité. Le procès qui démarre lundi se terminera le 17 décembre. 

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