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Le centre pénitentiaire de Villepinte
Crédit : PHILIPPE LOPEZ / AFP
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Toujours aucune trace du détenu qui s'est évadé, samedi 7 mars, de la prison de Villepinte (Seine-Saint-Denis). Cette fuite intrigue par sa simplicité apparente : pas de violence, pas d'explosion, mais une supercherie bien préparée impliquant deux individus se faisant passer pour des policiers.
Selon les premiers éléments, deux hommes se sont en effet présentés à l'établissement pénitentiaire munis de faux documents judiciaires, se présentant comme des fonctionnaires de police venus récupérer un détenu dans le cadre d'une réquisition. Les documents (faux mandats et papiers administratifs) auraient suffi à convaincre les agents présents de leur remettre le prisonnier.
Ilyas Kherbouch, né en mars 2005, connu de la justice pour de multiples faits de vols aggravés, était emprisonné pour purger quatre peines et placé en détention provisoire comme suspect dans deux autres affaires.
Le détenu a ainsi pu quitter la prison sans difficulté apparente. L'évasion n'a été découverte que deux jours plus tard, un délai qui interroge fortement sur les procédures de contrôle en vigueur dans l'établissement.
Au cœur des interrogations : le fonctionnement du greffe pénitentiaire, un service essentiel au sein des prisons. Il est chargé de suivre la situation pénale des détenus, de contrôler les transferts et de valider les procédures d'entrée et de sortie.
Dans certains établissements, ce service fonctionne sept jours sur sept. Mais ailleurs, notamment dans les petites structures ou dans les sites où on manque de moyens, il n'est pas toujours présent le week-end. À Villepinte, c'est le cas depuis plusieurs années. L'absence de greffe est alors compensée par un gradé qui assume cette fonction en plus de ses responsabilités en détention.
En cas de doute, ce gradé peut théoriquement contacter un responsable de direction ou un agent du greffe d'astreinte. Reste à savoir si cette organisation a joué un rôle dans cette évasion particulièrement inhabituelle. L'administration pénitentiaire a lancé une enquête interne afin de déterminer les circonstances exactes de la fuite.
Invité de l'émission RTL Midi, ce mercredi 11 mars, Yoan Karar, secrétaire général adjoint du syndicat FO Justice, affirme ne pas être surpris par cette situation. Selon lui, le problème est structurel : "On dénonce depuis des années un système archaïque dans l'administration pénitentiaire. Aujourd'hui encore, on doit exécuter des réquisitions sur simple papier".
Il pointe notamment le manque de numérisation des procédures. "À l'heure où on est quand même sur l'ère du numérique, on en est nous à devoir faire des actes procéduraux, à devoir remettre des détenus sur la simple démonstration de papier, de papier A4, où il y a des indications, des coups de tampon, mais qui sont très facilement fabricables à partir d'un ordinateur et d'une imprimante".
Pour le syndicaliste, il serait donc possible, aujourd'hui, de faire sortir un détenu avec de faux documents. "C'est ce qu'on dénonce", martèle-t-il au micro de RTL. Selon Yoan Karar, les réquisitions permettant de récupérer un détenu reposent encore souvent sur de simples documents imprimés.
"Ce n'est pas un billet de banque, pour le coup, il n'y a pas d'hologramme, rien du tout, c'est juste un document écrit de façon informatique, un tampon, une signature, et malheureusement, on ne peut pas vérifier la véracité de ce document. Donc, on se retrouve avec des évasions", ajoute-t-il.
Dans RTL Midi, le responsable syndical rappelle le précédent de l'attaque du fourgon pénitentiaire d'Incarville, en 2024, lors de laquelle le narcotrafiquant Mohamed Amra s'était évadé. Une affaire qui avait déjà mis en lumière, selon lui, le "manque de communication" et d'outils numériques au sein de l'administration pénitentiaire.
L'autre question soulevée par cette évasion concerne le délai : comment la disparition d'un détenu a-t-elle pu passer inaperçue pendant deux jours ? Selon Yoan Karar, les détenus sont bien contrôlés plusieurs fois par jour. Les agents pénitentiaires vérifient leur présence à chaque prise de service (le matin, l'après-midi et le soir) et des contrôles supplémentaires peuvent aussi être effectués de manière "aléatoire".
Mais dans ce cas précis, le secrétaire général adjoint du syndicat FO Justice explique que la situation administrative du détenu a brouillé les pistes. "Dès l'instant où vous avez une réquisition pour une garde à vue, vous savez que le détenu ne sera pas dans l'établissement pour un délai maximum de 48 heures".
Autrement dit, les agents pensaient que le prisonnier avait été légalement extrait de la prison dans le cadre d'une procédure judiciaire. Ce n'est qu'une fois ce délai écoulé, lorsqu'il n'a pas été ramené à l'établissement, que l'anomalie a été repérée. Ceci explique ainsi pourquoi l'évasion n'a été découverte que deux jours plus tard.
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