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Sénégal : "On se retrouve en prison aux côtés de criminels", un projet de loi prévoit de doubler les peines contre l’homosexualité

L’Assemblée nationale du Sénégal doit examiner mercredi 11 mars un projet de loi visant à durcir la répression de l’homosexualité, avec des peines pouvant atteindre dix ans de prison. Cette initiative intervient dans un climat de tensions marqué par des arrestations et des critiques d’organisations de défense des droits humains.

Bassirou Diomaye Faye, nouveau président du Sénégal, le 28 mars 2024.

Crédit : SENEGALESE PRESIDENCY / AFP

AFP

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Les députés de l’Assemblée nationale du Sénégal se réuniront en session plénière mercredi 11 mars 2026 pour examiner un projet de loi visant à renforcer les sanctions contre les relations entre personnes de même sexe. Selon un document de la chambre unique du Parlement reçu par l’AFP, le texte prévoit de doubler les peines encourues, qui pourraient atteindre jusqu’à dix ans de prison.

Le projet de loi avait été rendu public le mois dernier par le Premier ministre Ousmane Sonko. Outre le durcissement des peines pour les relations homosexuelles, il prévoit également de punir de trois à sept ans d’emprisonnement toute personne faisant "l’apologie" de l’homosexualité.

Une vague d’arrestations ces dernières semaines

Le débat parlementaire intervient dans un contexte de répression accrue contre des personnes soupçonnées d’homosexualité. Début février, 12 hommes, dont deux célébrités locales, ont été arrêtés et accusés d’"actes contre nature", une expression utilisée pour désigner les relations entre personnes de même sexe.

Selon la presse locale, cette opération a été suivie d’une série d’arrestations quasi quotidiennes visant au moins 30 personnes. Certaines auraient été identifiées à la suite de dénonciations ou de fouilles de leurs téléphones.

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Dans plusieurs cas, les médias ont publié les noms des personnes arrêtées. Une pratique qui a conduit le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (CORED) à rappeler aux rédactions l’importance de respecter la "dignité humaine" et la "vie privée des individus".

Sur place, la communauté gay vit dans la crainte. Au micro de RTL, El Hadj confie ne plus oser sortir de son petit appartement à Dakar sauf pour aller travailler. "Tu te réveilles un beau jour et tu entends qu’on a attrapé cinq personnes, le lendemain tu entends qu’on en a attrapé deux, voilà ce qu’il se passe. A cause de ton orientation sexuelles tu es en danger, et ça ne devrait pas être le cas en 2026". 

Un sentiment qu’il partage avec son ami désormais résident en France, qui lui a été arrêté en 2021 pour homosexualité. "J’ai fait trois mois de prison, on ne fait de mal à personne. On se retrouve en prison aux côtés de criminels" exprime-t-il au micro de RTL.    

Un sujet sensible dans un pays très religieux

Très majoritairement musulman et profondément religieux, le Sénégal considère largement l’homosexualité comme une déviance. Dans certains dossiers récents, des personnes arrêtées ont également été accusées d’avoir délibérément transmis le VIH, ce qui a alimenté une virulente rhétorique antihomosexuelle.

Le durcissement de la législation est par ailleurs une promesse ancienne du camp au pouvoir, politiquement porteuse dans le pays. Depuis plusieurs années, des associations religieuses très influentes réclament une criminalisation plus sévère de l’homosexualité, appelant régulièrement les autorités à renforcer les sanctions.

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