En Direct
5 min de lecture
Maître Vincent Brengarth s'est pourvu en cassation après la condamnation à quinze ans de réclusion criminelle de son client Abdelhakim Sefrioui en mars 2026
Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Je m'abonne à la newsletter « Infos »
La plus lourde condamnation au procès de l'assassinat de Samuel Paty attribuée à un homme qui n'a jamais été en lien avec le terroriste auteur de l'assassinat du professeur d'histoire-géographie, c'est ce que dénonce Maître Vincent Brengarth, avocat d'Abdelhakim Sefrioui.
Le 16 octobre 2020, Samuel Paty sort du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine où il enseigne (Yvelines). Un islamiste radicalisé de 18 ans l’attaque au couteau et le tue. Cet attentat est l’aboutissement d’un engrenage mortel. Le professeur était visé par une campagne de haine en ligne sur les réseaux sociaux. Il lui était reproché d’avoir montré des caricatures du prophète Mahomet en classe.
Après un premier procès en 2024, le lundi 2 mars 2026, la cour d'assises d'appel spéciale de Paris a rendu son verdict : les quatre accusés qui avaient interjeté appel ont été condamnés à entre six et quinze ans de prison. Les peines les plus lourdes, pour association de malfaiteurs terroriste, ont été prononcées à l'encontre des deux instigateurs des dénonciations en ligne.
Brahim Chnina, le parent de la jeune élève qui a menti et propagé la fausse rumeur selon laquelle elle aurait été exclue du cours, 54 ans, a été condamné à dix ans de réclusion criminelle. Abdelhakim Sefrioui, militant islamiste de 66 ans, a quant à lui, écopé de quinze ans de réclusion criminelle. Le prédicateur a participé à une vidéo publiée cinq jours avant l'attentat et intitulée L'islam et le prophète insultés dans un collège public. Dans cette séquence, on aperçoit le collège où les faits se sont produits, accompagné du commentaire : c'est là "où l'abject a encore eu lieu".
Condamnés respectivement à treize et quinze ans de prison en première instance, leurs peines ont été pour l'un réduite et pour l'autre confirmée. La cour d'assises estime que les deux hommes ont lancé une "fatwa numérique". Selon la motivation de la cour, publiée par l'AFP, leurs diverses prises de parole sur les réseaux sociaux ont "préparé" les conditions "d'une infraction terroriste". Pour l'avocate générale, les deux hommes sont "à l'origine du mal et de l'effroi".
Me Vincent Brengarth déclare dans Les Voix du crime : "Il y a une concentration de l'attention médiatique autour d'Abdelhakim Sefrioui" qui écarte les "deux personnes qui ont été jugées pour des faits de complicité, qui étaient au plus proche". Ces deux autres accusés, qui à l'origine comparaissaient du chef de complicité, ont vu les faits qui leur étaient reprochés être requalifiés.
Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, ont été condamnés à six et sept ans de prison pour association de malfaiteurs, mais sans que son caractère terroriste ne soit retenu. Proches du tueur, les deux hommes qui ont vu leurs condamnations réduites étaient poursuivis pour avoir véhiculé l'assassin devant le collège et l'avoir aidé à se procurer des armes.
Abdelhakim Sefrioui est le seul des accusés à conserver le même quantum de peine. La peine requise était de 20 ans, ce que regrette son avocat : "Vous avez une peine qui est demandée contre des personnes, pour le chef d'association de malfaiteurs, qui est supérieure à celle qui est demandée pour ceux qu'on considère comme étant les complices, autrement dit, qui avaient connaissance du projet d'attentat en lui-même et qui auraient participé matériellement à sa mise en place". Il ajoute : "Ce qu'on a cherché à travers ce dossier, c'est un caractère exemplaire. On a voulu faire un exemple".
Selon les motivations de la cour relatées par l'AFP, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ont désigné comme "ennemi de l'islam" le professeur "dans le contexte particulièrement sensible de la republication des caricatures" par Charlie Hebdo alors que le procès des attentats de janvier 2015 se tenait. Pour la cour, les deux hommes avaient conscience des risques encourus par l'enseignant.
Imaginez, condamner quelqu'un à quinze ans de réclusion criminelle, alors même que vous pouvez l'enlever de l'équation et conduire au même résultat, moi je trouve que ça interpelle
Maître Vincent Brengarth, avocat d'Abdelhakim Sefrioui
Pour l'avocat, l'infraction d'association de malfaiteurs terroriste n'est pas constituée. À partir du moment où le terroriste a identifié le collège et le professeur antérieurement à l'intervention de son client, ce dernier aurait dû être acquitté, affirme-t-il. Selon Maître Vincent Brengarth, le raisonnement dont a fait preuve la cour pourrait donner lieu à des dérives qui menaceraient les libertés publiques. "Si demain on entreprend le même raisonnement, ça veut dire que tout responsable public pourrait se voir reprocher une action violente", explique-t-il.
"Moi je pense qu'il n'y a aucune responsabilité nulle part", déclare Me Vincent Brengarth à propos de son client dans Les Voix du crime. Puisque le terroriste a pu identifier le collège de Conflans-Sainte-Honorine et Samuel Paty avant l'intervention d'Abdelhakim Sefrioui, pour l'avocat, contribuer à une polémique publique ne fait pas pour autant que son client désigne comme cible le professeur. Il ajoute : "Imaginez, condamner quelqu'un à quinze ans de réclusion criminelle, alors même que vous pouvez l'enlever de l'équation et conduire au même résultat, moi je trouve que ça interpelle."
À l'issue d'un procès plein de rebondissements marqué par la récusation de deux magistrates après la mise en cause de leur impartialité ou encore par l'actuel ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez qui a écrit à la présidente de la cour pour rectifier sa déposition, Me Vincent Brengarth a annoncé se pourvoir en cassation. Il conclut en espérant un troisième procès à l'avenir : "Moi j'y crois encore (...) Ce sont des dossiers qui sont coûteux d'un point de vue humain et d'un point de vue financier (...) Mais en revanche, moi, j'ai toujours eu cette énergie de penser qu'il était question de droit".
Bienvenue sur RTL
Ne manquez rien de l'actualité en activant les notifications sur votre navigateur
Cliquez sur “Autoriser” pour poursuivre votre navigation en recevant des notifications. Vous recevrez ponctuellement sous forme de notifciation des actualités RTL. Pour vous désabonner, modifier vos préférences, rendez-vous à tout moment dans le centre de notification de votre équipement.
Bienvenue sur RTL
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte