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Lys Assia lors du premier concours Eurovision de la chanson, le 24 mai 1956 à Lugano (Suisse).
Crédit : JACQUES MUNCH / AFP
Avant les shows XXL, l’Eurovision a commencé dans une petite salle de théâtre, avec des chansons très sages. Le 24 mai 1956, à Lugano, en Suisse, la Suissesse Lys Assia s’impose avec Refrain, une romance douce qui devient la toute première chanson à entrer au palmarès du concours.
L’Eurovision naît dans une Europe qui se relève à peine du conflit mondial. "Le concours naît juste après la guerre parce qu'il y a une volonté de vouloir construire ce qu'on appelle une Europe culturelle", rappelle Laurent Marsick, journaliste au service culture de RTL, dans le podcast événement de RTL, L'Eurovision en 7 chansons. "L'idée, c'est de rapprocher ou réconcilier les pays par la culture et par la télévision", ajoute Oranie Abbes, chercheuse spécialiste de l’Eurovision.
Derrière le projet, on trouve l’UER, l’Union européenne de radio‑télévision, qui a signé un premier exploit technique en diffusant en direct le couronnement d’Élisabeth II en 1953. Au départ, pourtant, l’idée n’est même pas de faire un concours de chanson. "La première idée qu'ils ont, c'est de faire un festival de cirque", raconte Laurent Marsick. "Finalement, ça ne se fera pas avec le cirque parce qu'ils découvrent, et c'est normal et logique, que la chanson, ça s'exporte."
L’idée d'un festival musical, elle, existe déjà en Italie. Les organisateurs s’inspirent du Festival de Sanremo, créé en 1951, rendez‑vous incontournable avec des chansons inédites en compétition, devenu un tremplin majeur pour de jeunes artistes. Mais le premier Eurovision, le "Grand Prix de la chanson européenne" pour être précis, n’a pas grand‑chose à voir avec la grande compétition pop que l’on connaît aujourd’hui.
"En 1956, le concours ressemble davantage à un gala musical international qu'à une compétition pop moderne", explique Oranie Abbes. Laurent Marsick résume : "C'est un concours très sage. C'est un concours de chansons policées." "Les chansons, elles, relèvent surtout de la tradition, de la variété ou de la chanson orchestrale d'après‑guerre", abonde Oranie Abbes.
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Découvrir l'émissionCe soir‑là, seules sept nations sont en lice : l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg, les Pays‑Bas et la Suisse. Particularité que l’on ne reverra jamais ensuite : chaque pays présente deux chansons. "Il y a une raison qui est une raison technique, en fait", explique Laurent Marsick. "Si on fait chanter sept pays avec une chanson de trois minutes, on fait une émission de 21 minutes. Et donc ils décident de faire chanter deux fois les candidats parce que ça permet d'avoir une vraie émission, et on choisit entre les chansons qu'ils ont chantées la chanson gagnante."
Parmi les douze concurrents, une Suissesse polyglotte : Lys Assia. "Ce n'est pas vraiment une inconnue", rappelle Oranie Abbes. "Elle est déjà installée dans le paysage musical germanophone et francophone." "Elle avait fait une chanson qui s'appelait 'Oh mein Papa, qui a été un vrai tube là‑bas", précise Laurent Marsick.
Ce soir‑là, Lys Assia tente d’abord sa chance en allemand avec Das alte Karussell ("Le vieux carrousel" en français). Mais c’est son second titre qui va entrer dans l’histoire : Refrain. "C'est une chanson qui est finalement très classique. Elle est douce, elle est maîtrisée. Dans la tradition de la chanson européenne d'après‑guerre", décrit Oranie Abbes. " C'est une chanson de l'époque des années 1950, donc il n'y a pas de gros mots à l'intérieur. C'est quelque chose de très, très sage", renchérit Laurent Marsick.
Après 1h10 d’émission, le verdict tombe. Le jury européen décerne le Grand Prix Eurovision 1956 de la chanson européenne à Refrain. On ne saura jamais combien de points a reçu Lys Assia lors de cette première édition : le détail du vote est gardé secret. Mais, comme aujourd’hui, la chanteuse suisse remonte sur scène, reçoit un bouquet de fleurs... et doit chanter à nouveau sa chanson, mais tout ne va pas se passer comme prévu.
Laurent Marsick se souvient d’une confidence de la chanteuse : "Moi, je l'avais rencontrée, Lys Assia. C’était une dame, une dame délicieuse, et elle m'avait raconté que, morte de trouille, en fait, elle commence sa chanson, elle est prise par l'émotion... Et du coup elle va recommencer."
Des années plus tard, Lys Assia résumera elle‑même l’esprit de cette première édition. "C'était un autre monde, c'était une autre époque ", confiait‑elle en 2015. " L'idée qu'on avait, c'était d'ouvrir les frontières, que les gens, les cultures se connaissent et ça, voilà, on l'a fait et on a gagné. "
L’histoire de Lys Assia avec l’Eurovision ne s’arrête pas ce soir‑là. Elle revient dès l’année suivante, en 1957, avec L’enfant que j’étais, toujours pour la Suisse, mais cette fois‑ci elle termine à l’avant‑dernière place. À l’inverse, en 1958, elle frôle la victoire : candidate avec Giorgio, une chanson en allemand et en italien, elle se classe deuxième.
Elle aurait pu s’arrêter là. Mais plus de cinquante ans après, au début des années 2010, elle tente encore de représenter la Suisse et participe à la sélection nationale qui doit désigner le représentant helvète. Elle ne parvient pas à se qualifier, ce qui ne l’a jamais empêchée de faire des apparitions très remarquées. "Elle venait, on la voyait. Quand elle arrivait, c'était un peu comme la reine d'Angleterre qui arrive au milieu de ses fans", raconte Laurent Marsick.
Lys Assia, première gagnante du concours Eurovision de la chanson, lors d'un événement à Düsseldorf (Allemagne), le 1er mai 2011.
Crédit : HENNING KAISER / DPA / AFP
Lys Assia, première gagnante de l’Eurovision, est morte en 2018 à l’âge de 94 ans. Jusqu’au bout, elle en est restée une supportrice invétérée. "Elle était très attachée à ce concours, très loin des polémiques", insiste Laurent Marsick. "Dès qu'on lui pose une question sur la politique ou quoi que ce soit, elle disait 'Mais c'est pas ça l'Eurovision. L'Eurovision, c'est de l'amour, c'est du partage, c'est de la chanson, c'est de la musique.' Elle restait sur ça."
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