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Marseille : jusqu'à 6 mois de prison ferme requis contre les 18 policiers de la BAC Nord

Le procureur adjoint a notamment déploré lundi 19 avril l'image "redoutable" et "peu glorifiante" de la police renvoyée dans ce dossier.

Une statue de la déesse de la justice équilibrant les balances (illustration)
Une statue de la déesse de la justice équilibrant les balances (illustration)
Crédit : LOIC VENANCE / AFP
Florine Boukhelifa & AFP

Ils sont jugés pour des vols de drogue, de cigarettes et d'argent. Des peines allant jusqu'à six mois de prison ferme ont été requises lundi 19 avril contre 18 ex-policiers de la brigade anticriminalité des quartiers Nord de Marseille. La confiance "envers certains services de police, cette confiance mérite d'être revue", a cinglé le procureur adjoint de Marseille André Ribes au cours de son réquisitoire, rappelant que c'était à partir du travail des policiers que le parquet dirigeait les enquêtes.

"À long terme (...) le doute restera dans la tête de tout le monde, c'est la pire des choses", a insisté le magistrat, qui a demandé la peine la plus lourde, soit six mois de prison ferme, à l'encontre de dix des 18 prévenus, dont deux occupaient alors les fonctions de chefs de groupe au moment des faits, en 2012. Le parquet, qui a requis la peine minimale d'un an avec sursis contre cinq prévenus, a déploré l'image "redoutable" et "pas glorifiante" de la police renvoyée dans ce dossier.

Il y neuf ans, lorsque l'affaire avait éclaté, le procureur de Marseille de l'époque, Jacques Dallest, avait évoqué une "gangrène", accusant les policiers de la Bac Nord de "se payer sur la bête" et de "prélever leur dîme" auprès de certains des dealers et revendeurs de cigarettes de contrebande qu'ils contrôlaient.

Un "sentiment de toute-puissance" ?

Au cours du procès entamé depuis une semaine, les fonctionnaires ont été longuement interrogés sur ces discussions enregistrées pendant six mois, en 2012, par la police des polices, avec la "sonorisation" de leurs véhicules et la mise sur écoute de leurs bureaux, où ils se vantaient d'avoir profité d'interpellations pour récupérer de l'argent ou encore des stupéfiants. "Des discussions sans ambiguïté", a estimé lundi la vice-procureure Maud Gauthier, en s'interrogeant sur "le sentiment de toute-puissance" des prévenus.

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"Ce qu'on découvre dans ces sonorisations, c'est sidérant. N'importe quelle personne qui l'entend reste muet. Ils disent qu'ils plaisantent, mais ils encourent 10 ans, ça ne me fait pas rigoler", a insisté André Ribes, rappelant que trois des prévenus avaient reconnu certains faits. À la barre, les policiers ont expliqué que la résine de cannabis et la liasse de billets retrouvées dans leur vestiaire étaient destinées à rémunérer des indicateurs, de même que les 23 barrettes de "shit" retrouvées au domicile d'un des prévenus.

Ces pratiques se réalisaient "en dehors de toute procédure", a insisté Maud Gauthier, en pointant l'absence de procès-verbal lors des interpellations et des saisies. La magistrate a également souligné "les explications plus que variantes" concernant l'intrusion illégale dans l'appartement d'un dealer, évoquée par quatre policiers. Finalement chassés, ils avaient échoué sur le fil à voler "2.000 euros", selon les sonorisations.

La "politique du chiffre" invoquée

Questionnés sur leurs nombreuses interpellations liées au trafic de drogue, alors que les consignes de la hiérarchie étaient de se concentrer sur les vols à l'arraché et les atteintes aux personnes, les fonctionnaires ont mis en cause la "politique du chiffre". Cette Bac se targuait alors d'être la meilleure de France, avec plus de 4.000 interpellations par an.

Cependant, cette "pression de la politique du chiffre, (...) elle s'est appliquée à tous les services. Ici vous n'avez pas toute la police nationale et heureusement", a taclé André Ribes, tout en reconnaissant que les fonctionnaires jugés bénéficiaient tous de "lettres de félicitations" de leur hiérarchie. Le magistrat a aussi fustigé le ton employé par les policiers, comme cette fois où l'un d'entre eux est entendu sur les écoutes interpeller d'un "toi, viens ici !" un jeune homme qu'il soupçonne sans preuve de porter une chaîne en or volée : "Si c'était moi (...), je me retourne dans la rue et je regarde s'il n'y a pas un chien derrière moi".

Avant ce procès pénal, trois des 18 prévenus avaient déjà été révoqués, suite à l'enquête de l'IGPN. Les 15 autres avaient écopé d'exclusions temporaires ou de blâmes et sont toujours policiers. Depuis, l'un d'eux a même retrouvé un poste à la Bac Nord. Après les plaidoiries, mardi et mercredi, le délibéré est attendu jeudi.

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