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Des lunettes de soleil (illustration)
Crédit : Fred TANNEAU / AFP
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Le phénomène est récent mais croissant : le parquet de Paris a ouvert plusieurs enquêtes après avoir été saisi de plaintes concernant des femmes filmées dans la rue avec des lunettes connectées, sans leur consentement.
Le parquet a précisé avoir été "saisi de plaintes portant sur des atteintes à l'intimité de la vie privée liées à l'usage de lunettes connectées", selon des informations de l'AFP, confirmées par RTL.
L'association e-Enfance, qui gère la ligne 3018, numéro national dédié aux victimes de violences numériques, avait alerté le 8 septembre sur le phénomène croissant des vidéos humiliantes réalisées avec des lunettes munies de caméra et diffusées en ligne.
Le parquet a lui aussi fait état d'une "tendance montante sur les réseaux sociaux consistant à filmer des femmes dans la rue avec des lunettes connectées sans leur consentement et publier les vidéos en ligne".
Il a précisé que les enquêtes étaient ouvertes pour "diffusion, par service de communication au public en ligne, d'un montage ou contenu généré par traitement algorithmique non apparent représentant l'image ou les paroles d'une personne sans son consentement", un délit faisant encourir deux ans de prison et 45.000 euros d'amende.
Il a ajouté que dans certains cas, elles l'étaient aussi pour "agression sexuelle", "lorsque les faits s'accompagnent de gestes sexuels non consentis".
Selon e-Enfance, les cas signalés au 3018 suivent un scénario récurrent : un créateur de contenus aborde une jeune femme ou jeune fille dans un lieu public, et la filme discrètement à l'aide de ces lunettes.
Il cherche à "provoquer une réaction, la mettre mal à l'aise ou la placer dans une situation embarrassante" avant de diffuser la séquence sur les réseaux sociaux, principalement TikTok. Sortie de son contexte ou mise en scène, elle est proposée à une audience pouvant compter plusieurs milliers d'utilisateurs.
Les personnes filmées deviennent souvent la cible de moqueries, d'insultes misogynes, voire de menaces, souligne l'association, qui cite notamment le cas d'une jeune fille filmée lors de la Fête de la musique à Paris.
Après l'avoir abordée, un homme portant des lunettes connectées Meta l'a filmée et a posté la vidéo sur TikTok, Instagram et X, où elle est devenue virale. La jeune fille a reçu des "commentaires haineux et des menaces de mort".
"Plusieurs des comptes concernés sont ceux de créateurs dont l'activité repose précisément sur ce type de contenus. Même lorsque les victimes demandent la suppression des vidéos, les auteurs refusent de les retirer", a dénoncé e-Enfance, qui disait le 8 septembre avoir reçu, via le 3018, une vingtaine de signalements de femmes, principalement avec des lunettes Meta.
Le 3018 a obtenu de TikTok le retrait de plusieurs vidéos. Mais certaines ont été remises en ligne ensuite tandis que les comptes concernés continuaient à publier de nouvelles séquences.
"Il faut revoir l'encadrement de ces dispositifs dès leur conception. Et quand des créateurs font de l'humiliation d'inconnus leur fond de commerce, les plateformes doivent appliquer une tolérance zéro et suspendre les comptes récidivistes", a demandé Véronique Béchu, directrice de l'Observatoire de l'association e-Enfance 3018.
Les lunettes connectées, bardées de capteurs, caméras, hauts-parleurs et dont les verres servent aussi d'écran, sont vues par les gourous de la tech comme la nouvelle révolution dans les objets "intelligents", après les montres et bracelets.
Mais alors que les ventes commencent à décoller un peu partout, un retour de bâton s'opère en Europe, avec des appels à les bannir des espaces publics, voire à en interdire la vente.
Au Royaume-Uni, des médias ont sonné l'alarme tout l'été contre ces "lunettes perverses". La ville d'Oslo, en Norvège, a décidé de les bannir dans les établissements scolaires.
Sollicité courant septembre par l'AFP, l'Américain Meta a rappelé avoir instauré des garde-fous pour empêcher les utilisateurs de filmer des personnes en secret.
"Chaque paire est équipée d'une lumière LED qui clignote quand vous filmez ou prenez des photos, et qu'on ne peut pas éteindre", a souligné un porte-parole. En outre, cacher la lumière témoin ou la détériorer désactive automatiquement la caméra, a assuré Meta.
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