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Le racisme anti-pauvre bientôt puni par la loi française

Le 14 juin, les députés doivent adopter une nouvelle loi pour punir ceux qui discriminent les plus pauvres.

Des SDF devant l'entrée d'un magasin parisien, le 28 octobre 2012
Des SDF devant l'entrée d'un magasin parisien, le 28 octobre 2012
Crédit : AFP / Archives, Thomas Coex
Le racisme anti-pauvre bientôt puni par la loi française
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Loïc Farge
Loïc Farge

Comment appelle-t-on celui ou celle qui discrimine les homosexuels ? Un homophobe. Comment appelle-t-on une personne qui hait les étrangers ? Un raciste. Et une personne qui n'aime pas les pauvres ? En fait, il n'y a pas d'équivalent à "raciste" ou "homophobe" pour désigner celui qui a un "préjugé de classe", dit le mouvement ATD Quart Monde qui, dans une vidéo, appelle les Français à créer un néologisme. Il n’y a pas de mot. Mais surtout, il n’y a pas de sanction, pas de poursuite possible contre celui qui discrimine. Ça va changer.

Les députés vont ajouter dans la loi un critère de discrimination : la discrimination pour "précarité sociale". Vingt critères de discrimination sont aujourd'hui reconnus dans le Code pénal : les origines, le handicap, l’orientation sexuelle, l’âge, les convictions religieuses ou politiques, le lieu de résidence (depuis 2014). Un vingt-et-unième critère sera ajouté avec la future loi. Ceux qui sont discriminés en raison "de leur situation économique apparente ou connue" pourront aller devant le tribunal.

Des mots jetés au visage

Les associations n'y avaient pas pensé. Ce sont les personnes en situation de pauvreté qui ont réclamé cette loi. Ce sont elles qui raconté combien des mots, qu’on tous employés - "cassos" pour cas social ou "clochard" -, entendus ou jetés au visage, les plongeaient en peu plus dans l’exclusion.

Ce qui a permis de comprendre aussi, c’est une polémique au musée d’Orsay en 2013. Un couple et un petit garçon avaient payé leurs billets pour voir des Van Gogh. Ils ont été expulsés par quatre gardiens parce qu’ils sentaient mauvais. Van Gogh, l'accès des plus pauvres à la culture, l'histoire révélée par Le Figaro, et un ministère de gauche très embarrassé : ce scandale a fait accélérer l’écriture d’une loi.

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Est-ce qu’on a encore besoin d’une loi ? C’est précisément la question que nous avons posée à la présidente d'ATD Quart Monde. Claire Hédon explique que de telles lois existent déjà en Belgique, au Québec et en Amérique latine. "Une loi comme celle-là met des bornes et des limites. Les familles du quart-monde issues de la grande pauvreté pourront dire : 'On n'a pas le droit de me parler comme ça, on n'a pas le droit de dire 'cassos', on n'a pas le droit de ne pas me donner de logement sous prétexte que je vis dans la précarité", lance-t-elle, espérant que "cela interpellerait peut-être les politiques sur les propos qu'ils peuvent tenir, beaucoup basés sur la peur de l'autre".

Mettre un nom sur une vaine souffrance

"Les personnes en situation de pauvreté ont envie de s'en sortir, alors qu'on les accuse au contraire d'être assistées. Au contraire, elles mettent de l'énergie pour s'en sortir, et même énormément d'énergie. C'est cela dont on ne se rend pas toujours compte", insiste Claire Hédon.

Les lois contre les propos homophobes ou racistes ont été efficace à faire reculer les discriminations dans notre société, insiste la présidente d'ATD Quart Monde. L'association ne souhaite pas multiplier les procès contre les bailleurs, les employeurs ou les personnels de santé qui refuseraient des soins. La menace de 45.000 euros d'amende et quelques procès emblématiques pourraient, en effet, suffire à changer les mentalités. Et à ce que l’on mette un nom sur ce qui fait souffrir vainement ceux qui souffrent déjà.

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